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En décidant de confirmer par décret présidentiel le porte-parole du gouvernement désigné par le Premier ministre Kabiné Komara, le capitaine Dadis Camara a fait d’une pierre deux coups.
Il confirme ainsi Kabiné Komara à son vrai poste de premier des ministres, “membre du gouvernement“ et rappelle qu’il est le seul maître à bord qui “embarque“ et “débarque“ à volonté.
Dadis rappelle aussi que la longévité de ce gouvernement militaire (coloré de quelques civils) dépend des mélodies hebdomadaires qui vont lui chatouiller les oreilles. Autant troquer la plume contre une kora et accorder ses cordes vocales aux lacets des bottes du président du CNDD.
Ces mains propres qui puent...
Komara et ses prédécesseurs préfèrent l’humiliation et le crucifix à la démission dans l’honneur. S’il ne peut pas désigner un porte-parole ordinaire du gouvernement dont il est dit être “le chef“, alors que vaut-il réellement ? A sa place, d’autres iront élever des chèvres dans leur village. Mais notre “célèbre banquier“ ne fera certainement pas exception à la règle.
Notre “brillant banquier“, le nouveau premier des ministres de la junte guinéenne, était directeur du Département administratif. Au sein d’Afric Eximbank ce n’est pas un poste fameux puisque sa tâche essentielle se résumait à l’accueil, aux réservations d’hôtels, aux voyages et bref, aux relations publiques. De là, au poste Premier ministre, “ça vaut la peine de s’accrocher à tout prix“ en attendant les jours meilleurs comme ses prédécesseurs.
Komara est actionnaire de la banque Afric Eximbank. A l’époque, il fallait un minimum 300.000 $ (trois cent mille dollars US) pour y avoir des actions. En Guinée cependant, quand on est directeur des Investissements publics comme l’avait été Kabiné Komara, on n’a pas besoin de se salir les mains en puisant dans les caisses de l’Etat. Une simple “astuce“ suffira pour résoudre un tas de petits problèmes : achat d’un appartement à Paris ou une villa à Dakar ; acheter des actions dans une banque ou investir dans... quoi encore ?
A titre d’exemple, accordez à un gros investisseur une exonération fiscale se chiffrant à 40 millions de dollars sur dix ans. En contrepartie, vous aurez votre petit million de dollar dans un compte en Suisse ou dans une banque de votre choix si le liquide vous donne la chair de poule.
M. Kabiné Komara est un homme très modeste. Du moins dans ses dépenses personnelles. Il ne touche guère à ses dividendes à Eximbank. Mais à sa nomination au poste de Premier ministre, il était obligé de faire escale à Paris. Il rentre à Conakry très tôt à bord d’un vol spécial d’Air France au lieu d’attendre le vol régulier prévu à 16 heures. Vous comprenez combien cela coûte d’être seul à bord d’un avion et en même temps ne pas être autorisé à désigner un simple Porte-parole.
Les raisons d’une glissade mortelle
Avec les soi-disant “audits“, on ne fait jamais allusion à ces gouverneurs qui se sont succédés à la Banque centrale guinéenne de 1985 à 2008. L’un d’eux, très proche du défunt président Lansana Conté, était l’unique signataire de tous les comptes de l’Etat guinéen à l’étranger. Il faudrait qu’il rende compte aux guinéens sur ses activités au compte de Lansana Conté.
Mais il ne faut pas se leurrer. Lansana Conté est le parrain du capitaine Moussa Dadis Camara et il a l’obligation de protéger la famille du défunt.
L’économie guinéenne se portait relativement assez bien jusqu’au moment où le Gouverneur de la Banque centrale guinéenne décida de transférer la réserve d’or de 80 tonnes du Crédit Suisse à Merrill Lynch. Cette réserve garantissait la stabilité du franc guinéen. Les conséquences de ce retrait ne se sont pas fait attendre : dégringolade du franc guinéen et la marche infernale de l’économie vers le bas.
Interrogé à l’époque sur “les raisons qui font glisser le franc guinéen“, le Gouverneur répond sans ambiguïté que c’est “parce que l’économie se porte bien“. Et cela lui avait valu, dans l’hebdomadaire satirique guinéen Le Lynx, un surnom lié à la glissade de la monnaie guinéenne.
Qu’a-t-on fait de cette réserve de 80 tonnes d’or après le transfert du Crédit Suisse à Merrill Lynch ?
Personne n’a l’air de s’en soucier encore moins cette Junte qui, rappelons-le, est sous serment de protéger les héritiers de Lansana Conté.
Les mines ont été une véritable aubaine pour la famille de Lansana Conté et ses proches. Le CNDD qui projette de faire des audits à FRIGUIA doit aussi remonter à l’origine de la création d’ACG (Alumina Company of Guinea). Selon certaine indiscrétions, des membres de la famille Conté et certains de ses parents seraient actionnaires. Il faut surtout examiner et faire la lumière sur le rôle de cette “Company“ dans l’acquisition des actifs de FRIGUIA.
La Junte, la drogue et ses barons cachés
La saisie de drogue en Guinée totalisait plus de 1.000 kilos en 2007. Entre le 19 août et le 15 septembre 2008, elle totalisait plus de 7.499 kilos soit une saisie totale de 8.499 kilos de drogue par les services de police. Une valeur marchande totale de plus de 532 milliards de F Cfa.
Lors des dernières assises de Conakry en novembre 2008, un seul cas de trafic de drogue figurait parmi les accusés. La mauvaise volonté du gouvernement était évidente. Le CNDD qui veut faire croire à l’opinion de son engagement à lutter contre ce fléau, protège les barons de la drogue en traduisant en justice quelques petits délinquants civils et militaires.
Le président du CNDD avait déclaré à la télévision guinéenne qu’il savait que des “…conteneurs remplis de drogue sortent du port [Ndlr : de Conakry] tous les jours“ et qu’il connaissait “tous les narcotrafiquants“. Il avait affirmé que ces derniers “seront tous arrêtés...“. Mais depuis cette médiatique les vrais barons, connus de tous, sont toujours en liberté.
Il ne faut pas se taire en donnant un chèque en blanc au capitaine Moussa Dadis Camara qui nous sort beaucoup de promesses dans un paquet de mensonges. Déjà, les démagogues politico religieux voient en lui un Moussa à l’image de Moïse qui mènera la Guinée vers “la république promise“ par le Parrain du CNDD.
Pour l’instant, le capitaine amuse la galerie avec des “voleurs de poulets“ tout en protégeant les gros prédateurs de l’économie guinéenne et les vrais barons de la drogue.
Amdy Salam Diaw
pour www.ondes-guinee.info
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