samedi 8 mars 2008
Le calvaire continue de plus belle

En observant scrupuleusement le mot d’ordre de grève lancé par l’Intercentrale CNTG-USTG en janvier et février 2007, nombreux sont les Guinéens qui caressaient légitimement le secret espoir de voir leurs conditions de vie s’améliorer au fil des jours. Aujourd’hui, l’on est au regret de constater que cet espoir s’est finalement mué en une grosse désillusion.

La Guinée fêtera en octobre prochain le cinquantième anniversaire de son accession à l’indépendance. Et tous les spécialistes s’accordent à reconnaître que ce pays regorge d’immenses ressources naturelles à faire pâlir de jalousie n’importe quel autre pays en développement. Le sol et le sous-sol guinéens sont d’une richesse exceptionnelle. Sous l’ancien régime, le président Ahmed Sékou Touré ne ratait aucune occasion pour rappeler que la Guinée est bel et bien un « scandale géologique ». La bauxite,  le fer, l’or, le diamant, l’uranium et le pétrole font partie de la fabuleuse richesse du sous-sol guinéen. Toutes les quatre régions naturelles du pays enregistrent une pluviométrie abondante leur permettant de mettre en valeur les terres cultivables qui s’étendent à perte vue. Mais paradoxalement, après bientôt un demi-siècle d’indépendance, les Guinéens, dans leur majorité, continuent de végéter dans une misère qui ne dit pas son nom. Depuis quelques années, la plupart des ménages guinéens assistent, impuissants, à la chute vertigineuse de leur pouvoir d’achat. Les revenus des travailleurs n’arrivent plus à couvrir leurs charges familiales et sociales. A cause d’un incroyable laisser-aller dans le secteur stratégique du commerce, les prix des denrées alimentaires et des articles de grande consommation sont fixés de façon fantaisiste et anarchique. Face à cette situation particulièrement difficile, les syndicalistes ont cru devoir prendre leur responsabilité en demandant au Gouvernement et au Patronat de tout mettre en oeuvre pour améliorer substantiellement les conditions de vie des travailleurs. En 2006 et 2007, l’Intercentrale CNTG-USTG, élargie à l’ONSLG et l’UDTG, a déclenché des mouvements de grève sur toute l’étendue du territoire national. Et tous les observateurs s’accordent à reconnaître que lesdits mouvements ont été largement suivis pour amener le Gouvernement et le Patronat à se pencher sérieusement sur les conditions de vie des travailleurs des secteurs public et privé. En janvier et févier 2007, les populations guinéennes ont ouvertement exprimé leur désir de changement, en descendant massivement dans les rues, aussi bien à Conakry que dans les principales villes de province. Mais malheureusement, comme il fallait s’y attendre, de regrettables événements ont été enregistrés pendant ces deux mois. A en croire les résultats d’une enquête menée par le Conseil national des organisations de la société civile guinéenne, il y aurait eu quelque 180 personnes tuées pendant les douloureux événements de janvier et février 2007. Au lendemain de la crise, un vent d’espoir avait soufflé sur l’ensemble du pays. Beaucoup avaient pensé, naïvement peut-être, que leur vie allait changer de fond en comble. L’on a enregistré par exemple une relative baisse des prix suite à la nomination de Lansana Kouyaté au poste de Premier ministre. Mais un an après, l’on constate avec beaucoup d’amertume que la situation semble revenir à la case départ. Les prix des denrées alimentaires connaissent à nouveau une flambée extraordinaire. Le sac de riz n’est plus à portée de la bourse du Guinéen moyen. Une situation d’autant plus inquiétante que cette céréale constitue l’aliment de base de l’écrasante majorité de la population. La plupart des denrées de première nécessité coûtent désormais les yeux des consommateurs. A quand la fin du calvaire des populations guinéennes ? La question mérite vraiment d’être posée.

Mamy Dioubaté
L’indépendant, partenaire de www.guineeactu.com  

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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