 |
L’histoire dit qu’un jour de l’an 334 avant JC, une divinité fixa le joug au limon du char de Gordias par un nœud et promit l’empire d’Asie à qui le dénouerait. Alexandre le Grand qui est expéditif n’a pas cherché de midi à quatorze heures. Il le trancha d’un coup d’épée. La suite, on la connaît : Alexandre conquit un empire si vaste et si grand que les historiens de l’Antiquité n’avaient pas hésité de qualifier de « conquête du monde ». Ni César, ni Napoléon, nul n’a jamais pu réaliser un tel exploit. Et pourtant Alexandre le Grand, le plus grand conquérant de l’histoire et contrairement à son nom, était un homme de petite taille, 1m50, un poussah ! La Macédoine n’était pas dans un sac de nœuds comme la Guinée qui traverse une période tumultueuse de son histoire. La situation socio politique est des plus délétères depuis le 28 septembre et le 3 décembre 2009. Dans un état d’urgence, des mesures exceptionnelles s’imposent. Les pressions sont tous azimuts et de tous ordres, et la presse à citron ne chôme pas. C’est ainsi que ce vendredi 7 mai, on était convié à une conférence de presse organisée dans un hôtel par l’ambassade des USA. Une conférence expéditive qui n’a duré qu’une trentaine de minutes et au cours de laquelle il est ressorti la position et le souhait des Etats-Unis sur processus de transition amorcé en Guinée et de l’importance particulière qu’ils accordent à une élection paisible et répondant aux normes de la « Communauté Internationale ». Pour cela, les USA vont avoir un bon œil sur les réformes et restructurations de l’armée, de la gendarmerie, de la police, de la douane et de la justice. Le monsieur d'Africom a dit que les propositions faites par le général Cissé sont très positives, soit, mais sont-elles approfondies et suffisantes ? Les questions étaient très limitées mais on avait voulu lui poser la question de savoir si la promulgation par ordonnance de la constitution était dans les normes de la « Communauté internationale », mais visiblement, le temps faisait défaut et on a bombé rapidos à la cour d’assises. Voilà que la question rebondit et El Tigre (un tigre du Bengale ou un tigre de cirque ?), sans chercher de midi à quatorze heures, vient, lui aussi, de trancher le nœud guinéen d’un coup de signature pour libérer cette constitution retapée par les Rabiatou, Mariétou et Sabitou. Auparavant, Tibou Kamara, devenu trop volubile, parlant trop pour dire peu, était venu en « éclaireur » pour tâter le terrain et suggérer le référendum. Dans les conditions normales de températures et de pression, quand il est journaleux, oui, mais dans ce cas, il a été immédiatement taxé de vouloir lancer l’hameçon pour jouer aux prolongations, de même que JMD, d’ailleurs. Après avoir essuyé les feux croisés, le ministre secrétaire général d’El Tigre a été obligé de venir s’expliquer plus succinctement et plus clairement. C’est donc ce constat qui aurait décidé le prési de la transition de couper court avec les supputations, et voilà cette fameuse transition promulguée par ordonnance. On apprend que les forces sont d’accord, donc pas de pétards ! Les leaders politiques de tout bord ont, semble-t-il, pris acte, puisqu’on n’a entendu personne piper mot à ce sujet. Et les journaleux sont témoins. Quitte à la future assemblée nationale de la revoir ou de l’adopter.
Le deuxième nœud gordien tranché est cette réforme au sein des forces armées. Plus de coloration ethnique n’est visible et tout semble avoir été effacé par des coups de balai. Ainsi, les officiers et hommes d’expérience disgraciés par Dadis reviennent dans les structures de commandement avec un effet de satisfaction au sein de la grande muette, et la dissolution des services spéciaux chargés de la lutte antidrogue et contre le grand banditisme a fait pousser un long et grand soupir de soulagement.
Après les révélations choquantes et troublantes faites à la barre de la cour de Doura Chérif, même Sidi Souleymane N’Diaye, le procureur général, était devant les faits accomplis. Il s’était levé et s’est élevé contre « les faits graves » de violations bestiales des droits de l’homme constatées dans les auditions des accusés mais systématiquement démenties à leur tour par les officiers cités à comparaître. La bonne foi se mêlant à de la mauvaise, chacun a pu séparer la bonne graine de l’ivraie. Le ministère public, qui représente et qui défend les intérêts de la société, si empereur des poursuites qu’il soit, n’est pas resté insensible à ce qui se passe actuellement à la cour d’assise de Conakry. Et c’est à juste raison, d’ailleurs, qu’il va être sur la même longueur d’onde que les avocats de la défense, une des rarissimes fois, pour accéder à leur demande de mise en liberté provisoire sous contrôle judiciaire de trois détenus dont les dossiers sont vides et qui ont troublé et heurté les sensibilités.
Sans provocation aucune et sans autres considérations, nous sommes redevable à Zimolo de nous avoir donné l’opportunité de rester quelques jours de plus au bâtiment B-13 pour pouvoir aujourd’hui nous souvenir de ce qui se passait aux services spéciaux à une époque qui reste gravée dans la mémoire et dans l’histoire de la Guinée.
Aujourd’hui, avec le recul, on est en droit de dire que les services spéciaux chargés de la lutte antidrogue et contre le grand banditisme fonctionnaient à l’auto destruction. Et après « Dix jours dans les geôles du CNDD » passés en compagnie des innocents raflés dans les rues et dépouillés de leurs biens sans aucune forme de procès, en compagnie des cambistes arnaqués, en compagnie des militaires et gardes rapprochés des généraux, en compagnie des narcotrafiquants et des malfrats divers, on avait attiré l’attention sur les effets nocifs de ce service et on avait crié à la fermeture de ce bâtiment B-13 pour qu’un nouveau camp Boiro ne renaisse pas de ses cendres.
Ordres et contre ordres assortis d’insubordinations étaient le fondement du service. Il suffit que le supérieur tourne le dos pour qu’un contre-ordre tombe. Indiscipline, refus d’obtempérer, insubordination… allez savoir !
On vient d’avoir la confirmation avec les auditions des accusés. Dadis et Tiégboro avaient dit de libérer les « petits poissons » mais on ne sait pourquoi les Zimolo et Kalonzo les ont retenus, mais ce qu’on sait, par contre, c’est qu’ils sont à la barre: l’accusé devient l’accusateur. Quand les « sardines » attaquent les requins, n’est-ce pas le monde à l’envers ou le retour du boomerang ? En tous cas, nous aussi, nous avions été victime d’une telle situation ! Quand le ministre JMJ (bal du samedi soir), le président du CNC et celui de l’AGEPI avaient fait assez de vent devant Dadis Camara pour lui faire connaître qu’un journaleux était coffré par le CNDD, il avait donné l’ordre à Tiégboro de le libérer mais c’était sans compter avec Zimolo, et quand Tiégboro a tourné le dos, le lieutenant Boiro, l’adjoint de Zimolo, est revenu sur ses pas pour dire en me désignant : « Tout le monde sauf lui ! » « Et pourquoi ? » avaient demandé en chœur et avec étonnement les jeunes gendarmes qui avaient participé à « m’endurcir » la peau pendant les scènes de tabassage, Boiro avait répondu simplement : ordre du capitaine ! Tant mieux, j’ai eu à connaître presque toutes les cellules pour pouvoir affirmer ou infirmer ce que disent les uns et les autres. Les services spéciaux, il faut le dire haut et fort, étaient tout puissants à l’époque et aucun officier supérieur ne pouvait extirper qui que ce soit de leurs griffes. Dans tout le CNDD, seul Coplan pouvait se faire obéir par les services spéciaux, c’est vous dire…
Comment ceci a-t-il pu se passer comme cela ? Il fallait voir le contexte dans lequel le CNDD se trouvait : Le CNDD avait un besoin d’affirmer sa légitimité, il avait besoin de se sécuriser et les caisses de l’Etat étaient vides. Dans ces conditions, il fallait ouvrir les chantiers et les actions d’envergures étaient nombreuses et débordantes pour Dadis Camara qui voulait être au four et au moulin, et il n’était pas un homme politique aguerri et expérimenté, très, très loin s’en faut ! Par la force des choses, il s’est vu au commandement avec son impulsion et sa paranoïa, confondant vitesse et précipitation pour tout mener à vau-l’eau. Aussi, il n’a pas été aidé par un entourage animé des sentiments d’affirmation ethniques à fleur de peau. Cela a fini par le détourner de sa vocation première. Une vocation que personnellement nous lui avions souhaitée, et parfois, en nous dressant contre tout le monde.
Donc Dadis occupé fébrilement et fiévreusement à tout pour ne rien faire avancer, aux services spéciaux, il y avait libre cour puisque dans une telle situation, l’amnésie des chefs débordés par des occupations de tous ordres était instantanée.
En dehors de ce qui se passe actuellement à la barre avec des dossiers vides puisque les 250 millions de dollars promis par l’Oncle Sam ne sont pas tombés parce que « l’argent des Américains ne se bouffe pas « cadeau », comme disait un accusé, les experts de la lutte contre la drogue envoyés à Conakry sont retourné sans rien dire, ça veut dire qu’il n’y a rien à dire sur la drogue en Guinée.
C’était prévisible. On avait pris tambours et trompettes pour annoncer à tous vents que tous ceux qui ont de la drogue chez eux n’ont qu’à la déposer au carrefour vite, sinon…
Et voilà, tous les gros oiseaux se sont envolés sur d’autres cieux, laissant les services spéciaux sur la paille et pire, le peu de drogue qu’ils ont pris, 22 kilos, nous a-t-on dit à l’époque, les Tiégboro avaient invité la presse à une scène d’incinération : Brûler les preuves et vouloir poursuivre les coupables, telle est l’intelligence des services spéciaux…
Quant aux différents sites identifiés par nos « super experts » en la matière comme étant dangereux pour la santé et qu’il fallait évacuer à plus de 500 mètres, personne ne pouvait exécuter ces recommandations, et aucun habitant n’est encore mort des émanations toxiques depuis. Que dire à ce sujet ? La société MOSMART aussi n’a pas pu produire son biocarburant… Des pertes et des pertes se sont entassées les une sur les autres. Et comme pour confirmer tout cela, l’Etat qui a engagé les poursuites judiciaires contre les présumés narcotrafiquants vient de jeter l’éponge en retardant le procès tant que faire se peut, par le non paiement des honoraires des avocats de la partie civile, qui ont débrayé depuis une semaine. Les jurés ne sont pas encore rentrés dans leurs droits, et quand on sait que certains ont été appelés de l’intérieur, c’est pénible, et pour le bouquet final, ce sont les gardes pénitentiaires qui revendiquent leurs droits depuis près ou plus de dix ans. Ils ont débrayé ce mercredi en fermant toutes les prisons et interdit toutes les entrées et sorties.
Pour autant, peut-on dire que l’Etat a jeté le bébé et l’eau du bain ?
Et comme les activités débordent, il faut voir du côté de l’Europe pour constater que la Grèce est sous perfusion et que cette perfusion n’est pas du goût des Allemands qui viennent de le faire savoir à leur chancelière. L’élargissement de l’Europe de façon inconsidérée peut faire des surprises. On dit craindre la contagion de la banqueroute de la Grèce à l’Espagne et au Portugal, mais ce qu’il faut appréhender, c’est la fragilité des pays de l’Est qui ont intégré l’Europe et qui ne sont pas bien préparés, en passant directement et sans transition de l’économie planifiée à l’économie de marché. Comment éviter que l’effet domino se fasse avec ce patatras qui semble avoir des « vertus » de contagion, comme la crise financière ?
750 milliards de dollars pour renflouer le navire grec en perdition mais avec quel taux d’intérêt ? Cela ne pourrait-il pas attirer d’autres à se déclarer en détresse pour mieux rebondir sur le dos des autres ?
Moïse Sidibé L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
|
 |