lundi 24 mai 2010
Le cafard enchanté – La grande course nationale: Prix du président de la République
Moïse Sidibé

Un casse-tête pour Doura Chérif, dénégations systématiques pour dénégations systématiques. Saura-t-on dénouer cet imbroglio si bien élaboré dans la tactique de défense des deux bords ?

Pour les accusés c’est « selon le document », autrement dit « la vérité du ministre », pas celle de Porthos mais deTiégboro.

Pour les officiers des services spéciaux chargés de la lutte contre le grand banditisme et la drogue, c’est la dernière arme des accusés que de retourner l’argument contre l’accusateur. Selon Kalonzo, il n’a participé à aucune arrestation nuitamment, il n’a torturé personne, il n’a donné l’ordre à personne de sonner Kalo à lui faire perdre une dent, il n’a privé personne de nourriture, encore moins les enchaîner dans les toilettes comme des siamois en triplé. C’est un officier supérieur assermenté, qui connaît son boulot. Et puis il a été affecté comme attaché militaire de liaison à l’usine de Fria peu de temps après les arrestations, il ne connaît rien de tout ce qui s’est passé après. Mais concernant la somme litigieuse (15 millions selon les Kalo et 10 millions selon les officiers), la somme a été déposée pas à lui directement mais elle a été déposée sur le bureau derrière lequel il était assis. Doura Chérif, on ne cesse de le dire, possède l’art de tirer les vers du nez, même à un officier de gendarmerie bien calé dans sa tactique de défense à tous prix ; mais avant que Kalonzo ne se décide à reconnaître que c’était son bureau et que c’était à lui que le magot a été déposé, il a fallu faire des aller-retour. Sur certaines questions à virage serré, Kalonzo se retournait lentement et désigne Zimolo comme responsable comme sur le cas du véhicule de Charles Pascal Tolno de Pascal, qui est avec le service logistique.

Quand Zimolo est à son tour rappelé à la barre, il a aussi mis barre sur toutes les « affabulations » malicieusement tissées contre lui. Il dit qu’il s’attendait à ce que les accusés le diabolisent : c’est leur dernier recours, c’est normal ; il ne s’étonne pas.

Mais lui, il n’a pas participé aux arrestations nocturnes, il n’a pas participé aux interrogatoires et enquêtes ; il n’a torturé qui que ce soit, il n’était pas chef, c’est Kalonzo qui l’était et lui, il ne s’occupait que de l’ordinaire de la troupe (le petit déjeuner doit être préparé à 4 heures du matin, le manger à midi et le soir…)

A la question de savoir quels sont ceux qui étaient chargés des arrestations, des interrogatoires, Zimolo dit que ce sont des cellules bien réparties et structurées, mais il ne se souvient d’aucun chef ni d’aucun membre de ces différentes structures ; d’aucun nom, sauf d’un certain Fall qui est mort. Doura trouve cela bien bizarre ! Zimolo ne connaît et ne se souvient que d’un mort, celui qui ne peut plus témoigner devant la barre. En un mot Kalonzo et Zimolo ne se reconnaissent aucune responsabilité dans tous les dérapages des services spéciaux et balancent la patate chaude à leur excellence Tiégboro Camara. Celui-ci va être obligé de parer, de dévier ou de capter tous les coups francs de ses deux ailiers virevoltants qui sont ses deux adjoints, et la cour y veille !

Puisque Tiégboro est le capitaine et le gardien de but des services spéciaux, celui qui détient la clé de l’énigme, Doura, l’arbitre, est obligé de le convoquer à la barre pour le mercredi 19 mai avec un carton jaune. Et c’est là que l’étrange ironie de l’histoire va produire du spectacle. Qui ne se rappelle que Tiégboro avait invité Doura Chérif à un banquet à son bureau au Bâtiment B13 ?

C’était pourquoi ? C’est maintenant au tour de Doura Chérif d’inviter Tiégboro à la barre. Mais comme tôle ce n’est pas tôle, invitation n’est pas invitation. Cela va de soi.

Ce mercredi la comparution de Tiégboro tant attendue n’a pas eu lieu ce mercredi comme prévue. Pour l’opinion, c’est un aveu de faiblesse de la part du ministère public, mais quand le président de la Cour a renvoyé la balle dans son camp, Sidi Souleymane N’Diaye a éclairé la lanterne de tous sur la non comparution du ministre d’Etat à la présidence chargé des services spéciaux comme ne faisant pas partie du gouvernement mais du cabinet présidentiel, ce qui ne pouvait l’empêcher de répondre à une juridiction comme la cour d’assises, personne n’étant au-dessus de la loi, il comparaîtra. Il s’empresse de rassurer que toutes les démarches avaient été entreprises à cet effet au niveau de la plus haute hiérarchie, le ministère public ne comprend pas la non comparution de Téigboro, qui avait pourtant eu contact avec lui ce matin, et que celui-ci avait promis de le rappeler pour une réponse mais le ministère public est resté à attendre vainement. C’est une condition extrêmement pénible à expliquer. En retournant la balle dans le camp de Doura Chérif, il dira que si la cour délivre un mandat d’amener contre Tiégboro, ce mandat sera exécuté.

Le monde s’attend à un face à face entre les deux, qui ont souhaité s’inviter ardemment, et ce face à face on l’avait intitulé « Dura Chérif, Sed Tiégboro » et ça veut dire simplement la loi est dure, c’est la loi.

En lieu et place de Tiégboro, la cour s’est contentée de continuer avec l’interrogatoire de Gassien et de Saturnin Bangoura. Face à des dénégations systématiques des deux côtés, c’est-à-dire, tant du côté des accusés que du côté des accusateurs, on avait vu cela comme un vrai casse-tête chinois pour le président des assises actuelles. On se demandait comment sortir de ce bourbier, de cette ornière et de ce piétinement qui fait maintenant près de trois mois sans aucune avancée notoire mais ce mercredi Doura est passé à la vitesse supérieure, comme pour effacer un doute quant à sa façon un peu molle de conduire ces assises, aux yeux de nombre d’observateurs et surtout du côté des gendarmes cités comme témoins. En passant à la vitesse supérieure, Saturnin est de nouveau cuisiné. Contrairement à la dernière fois où il n’était pas cuit, cette fois il semble bien l’être, puisqu’il a perdu les pédales et est devenu bêcheur et arrogant, ce qui ne sert pas du tout sa cause. Dans ses déclarations, Saturnin va loin en révélant à la barre qu’il avait favorisé le recrutement de plus de 300 personnes dans l’armée. On ne sait pas si Doura Chérif en tiendra compte mais Saturnin lui a retourné l’ascenseur quand le président lui a demandé que lors de leur arrestation le lieutenant colonel Tiégboro avait dit que leur pourvoir, celui de Conté, est terminé et que c’est leur tour, au CNDD, mais que tout a une fin sauf la volonté de Dieu, Saturnin rétorquera que tout a une fin et même la place de Doura Chérif n’est pas éternelle, demain quelqu’un viendra à sa place. Si le président est resté insensible à cette répartie « ad hominem », Saturnin doit se racheter et faire la cour à la cour et non s’attirer ses foudres.

Dans le même esprit des lois, le PM avait convoqué une conférence de presse la semaine dernière pour faire une grosse gaffe. Au lieu de parler et de se limiter à la situation carcérale en Guinée et des différents problèmes de la justice guinéenne, et il est allé droit au but pour ordonner au ministre de la justice la libération d’une centaine de détenus pour faits mineurs et sans jugement pendant un temps qui dépasserait le temps de leur détention s’ils avaient été condamnés pour ces mêmes délits. Une décision que beaucoup avaient vue comme une immixtion de l’exécutif dans le judiciaire, puisque le procureur général était resté derrière sans parole. Si cette image ressort da la Guinée, la CPI prendra acte sur la capacité de la justice guinéenne à juger les auteurs des évènements du 28 septembre 2009. Si cette conférence avait laissé le temps de tout débattre, il se serait rendu compte de ce fourvoiement, pour rectifier le raté, hélas !

La grande course nationale, prix du président de la République. Sur la centaine de chevaux candidats à cette course nationale, la caution rébarbative de 400 millions de francs guinéens a fait renoncer plus d’un. Déjà, les alliances se concluent plus tôt que prévu, mais aussi, tous les chevaux doivent passer à l’infirmerie pour savoir lequel a la pousse parce que la Guinée veut éviter ce qui s’est passé récemment et ce qui vient de se passer au Nigéria. Quel que soit le remplaçant, il ne sera pas l’élu direct de cette élection. Pour cela il faut rappeler que certains médecins, comme le Dr Awada, doivent ausculter les candidats avec plus de profondeur puisque certains peuvent dissimuler leur mal : se rappelle-t-on ou va-t-on rappeler ?

Mais dans tout cela, il faut avoir l’esprit spartiate. Si l’on plaçait tous les candidats au stade du 28 septembre et les soumettait au départ d’une course de 800 mètres, ceux qui feront l’arrivée sans coup férir sont déclarés sains et aptes à briguer cette présidence mais dans ce cas les tests peuvent ne pas être d’une fiabilité face à toutes les maladies. Au moment où nous écrivons ces lignes, une dizaine de candidats ont passé le test médical et auraient versé la caution sans attendre les résultats, et se croient déjà admissibles. Tel est le cas ? Ce qui est admirable dans cette situation, c’est l’esprit de fair play qui règne au niveau de tous les leaders politiques. Tous les prétendants au titre : Alpha, Bêta, Gamma, Lambda …jusqu’à Oméga sont tous animés d’un seul esprit, celui d’une élection paisible. La convivialité est débordante. C’est un exemple qui fera leçon sur le continent si la sincérité est dans leur propos.

Il ne saurait en être autrement, après cinquante ans d’expériences et les mauvaises intentions et velléités qu’on prête aux politiciens guinéens, aucun ne doit se baser sur le soutien ethnique pour prendre le pouvoir, et puis, une famille politique à elle seule ne pourrait diriger cette Guinée de toutes les contestations et de toutes les contradictions. Chacun de nos leaders a bien compris que celui qui mettrait la supériorité ethnique en politique d’une nation est celui-là qui souffre du syndrome de l’infériorité génétique de son ethnie. Une introspection n’est plus à leur être recommandée. Mais comme plus de précautions ne nuisent pas, on vient de redéployer toutes les forces de sécurité sur tous les plans pour encadrer ces élections que les pessimistes voient comme ayant de l’électricité dans l’air.

Si tous les accords de Ouaga seront respectés à la lettre par la détermination d’El Tigre (qui a tant soit peu perturbé les audiences de la cour d’assises ce mercredi, juste au moment où le débat sur la comparution de son ministre d’Etat Tiégboro Camara battait son plein, pour faire un peu de sport en faisant du jogging devant le Palais de justice et suivi d’une foule enthousiaste), il ne reste pas moins que la promulgation par ordonnance de la Constitution va être sans précédent dans les annales de la démocratie ambitionnée.

Que diront les analystes malveillants demain, en dépit de sa volonté louable?


Moïse Sidibé
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Didin`déee, mercredi 26 mai 2010
je vous en felicite pour ce resumé des resumés le condencé des grands titres et si tous les pseudo-analystes sont comme vous il n`y aura pas de crise cardiaque Car en lisant certains çà te mène à l`énervement, la haine, etc Ils y mettent les leurs
Youssouf Bangoura, mardi 25 mai 2010
Waouu, merci pour ce beau compte rendu du palais de la justice, il faut forcement que Tiegboro accete de temoigner ne serait-ce que sa version des faits, mais il le faut, pour sa credibilité en tant qu`officier superieur et, il doit surtout prouver aux yeux de tout le monde qu`il n`a rien à se reprocher, parce que des grosses sommes ont disparues dans cette affaire . Il doit aussi le faire pour aider la justice guinéenne et la rendre credible aux yeux de la communauté internationale . Et si, malgré tout, il refuse d`obeir, il doit être limogé et obligé à temoigner. Concernant les elections presidentielles, ma plus grande peur est de voir un des predateurs de notre maigre economie devenir president, et oui, j`ai trop peur pour ça, tous ces candidats pourris( à part bien sûr ceux qui n`ont jamais été ministres et Sidya qui a prouvé ce dont -il est capable )ne peuvent rien nous apporter . Les dalein, kassory, Ousmane Kaba, lansana Kouyaté, Somparé, Mamadou Sylla, Rougui Barry et autres sont parties prenantes de notre malheur. Il faut que les guinéens dans la plus grande majorité accepte le changement, on est pas contre ces gens là, mais on les veut pas comme dirigeants, l`unique ambition qui les anime est d`être presdent, point barre .

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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