dimanche 25 avril 2010
Le cafard enchanté : Ibrahima Fofana, un homme de trempe
Moïse Sidibé

La nature s’acharne sur les hommes. En Chine, un nouveau tremblement de terre vient de causer dégâts et désolation. Plus de 2000 morts déjà enregistrés sans qu’aucune presse ne crie à la négligence des autorités chinoises comme le cas de 2008. Et cette fois aucune demande de l’aide internationale n’est entendue, autant dire que la Chine peut se suffire toute seule.

Tremblement de terre par-ci, vulcanisation à grande échelle par-là, et le manque à gagner des compagnies aériennes est si criant que certaines d’entre elles risquent, si elles ne peuvent voler, de déposer bilan, dit-on. Les nuages de cendres qui obstruent la visibilité sont si denses qu’aucun avion n’arrive à se déployer, mettant ainsi en souffrance des milliers de voyageurs sans que ceux-ci ne soient pris en charge par les compagnies, qui brandissent le cas de force majeure. Où sont les assurances des compagnies en cas de force majeure ?

Ce qui est sujet inconnu et non développé dans toute cette pagaille, c’est l’impact de cette cendre sur la santé des populations prochainement. En tout cas, cette cendre semblable se répand à longueur de journée sur la cour d’assise de Conakry sans que les services d’hygiène de Guinée n’en fassent état pour situer les populations qui mangent et dorment à la belle étoile de la presqu’île de Kaloum. Cette poudre d’alumine qui enveloppe Conakry est-elle moins ou plus nocive sur la santé que cette cendre qui enveloppe une bonne partie de l’Europe ? Ce qu’on sait par contre, c’est que cette cendre volcanique a empêché le déplacement de nombre chefs d’Etat et de gouvernement aux funérailles de Maria et de Lech Kaczynski à Cracovie, tous deux morts dans un accident d’avion à Smolensk.

En Guinée, un accident de la route vient de causer la perte d’éminents syndicalistes et de deux journalistes sur la route tordue de Tormélèn, à l’entrée de Fria. Des funérailles nationales ont été organisées à leur intention. Tout semble avoir été dit à ce sujet qui a choqué tout le pays.

Mais en quoi la mort de Dr Fofana et de Magbé Bangoura a-t-elle fait l’effet d’un tremblement de terre en Guinée?

Tout a commencé avec le réveil du mouvement syndical aux débuts des années 90, quand les premières revendications se sont fait connaître au sein de l’éducation nationale. Le SLEG (syndicat libre des enseignants de Guinée) filiale de l’USTG (Union syndicale des travailleurs de Guinée dirigée par Ibrahima Fofana) et la FSPE (fédération syndicale de l’éducation) et filiale de la CNTG (confédération nationale des travailleurs de Guinée dirigée à l’époque par Dr Samba Kébé), entraient en action pour la première fois. De tergiversations en tergiversations, les mouvements syndicaux prendront la grande envolée à partir de 2002, quand le général Lansana Conté tomba si malade que, certains caciques du pouvoir, ne le croyant pas en mesure de se rétablir, iront vandaliser la Banque Centrale pour provoquer une inflation exponentielle. La cherté de vie et le pouvoir d’achat des travailleurs guinéens se dégradaient de jour en jour. Les syndicats, longtemps en veilleuse, se réveilleront pour brandir des menaces de débrayer. L’Etat en banqueroute ne savait où donner de la tête. Un subterfuge sera trouvé avec le coup fumant d’Enco 5, dont les soi-disant coupables courent toujours. Cela avait suffi à retarder les menaces d’aller en grève. Mais pour autant, cette affaire de coup manqué contre le général n’améliore en rien les conditions de vie des travailleurs. Lounsény Fall va remplacer Lamine Sidimé à la primature, mais ce dernier, après un bras de fer avec la Sogepam de Mamadou Sylla, jettera l’éponge en plein sommet sur le bassin du Niger, à Paris. Une claque, on ne peut plus retentissante pour le pouvoir d’alors, en apparence car, si la démission de Fall a été vue comme une indexation de la politique intérieure à l’extérieur, mais à l’intérieur, ce coup fumant arrangeait quelque peu le pouvoir en place. Manœuvre dilatoire ou pas, allez savoir, mais les menaces des syndicats avaient été mises en berne. Sans Premier ministre, chacun mettait un peu d’eau dans son vin et, pour trouver un nouveau PM, le général Lansana Conté ne se montrait pas du tout pressé. Finalement, Cellou Dalein Diallo sera l’élu à ce poste et il va faire des promesses mirobolantes, faisant savoir, à l’occasion, que la reprise avec l’UE est en bonne voie. Le 9e FED était alléchant. Auparavant, Rabiatou Serah Diallo prendra la tête de la CNTG. Il fallait donc donner un délai au nouveau PM. Les syndicats se laissaient encore aller à ce jeu. A chaque fois, le pouvoir jouait à la prolongation. La mauvaise humeur et l’acrimonie enflaient et gonflaient à faire sauter le couvercle. Mais les syndicats de l’éducation noyautés, le leader de la FSPE sera nommé Directeur préfectoral de l’éducation à l’intérieur du pays pour créer la division. Cellou sera demi pour avoir tenté de s’attaquer à la Sogepam de l’homme d’affaires et ami de Lansana Conté, Mamadou Sylla. Il sera remplacé par Fodé Bangoura, bombardé ministre d’Etat aux affaires présidentielles. Celui-ci ira plus loin que les prédécesseurs pour mettre l’homme d’affaires au gnouf que le général viendra, en personne, sortir du trou : La justice, c’est moi ! Dès lors, les syndicats n’ont plus d’interlocuteur valable. Le choc frontal n’était plus évitable.

Auparavant, dans cette situation délétère, dans ces mêmes colonnes, nous avions eu à mettre le pouvoir en garde d’ignorer les mouvements syndicaux comme tampon entre lui et les travailleurs. Dans cette mise en garde, nous avions mis le doigt sur le fait que, en faisant semblant d’ignorer le rôle des syndicats en leur faisant perdre toute crédibilité aux yeux des travailleurs, avec ces difficiles conditions de vie, en cas de mouvements sociaux, ce serait une insurrection générale que personne ne pourra désamorcer. C’est alors que les caciques et thuriféraires du régime vont indexer Rabiatou et Ibrahima Fofana comme des pyromanes. La dame de fer aura l’occasion de faire une apparition sur les écrans de la RTG pour protester : Je suis une femme et une mère qui met le feu pour faire bouillir la marmite et non pour brûler le pays… Cette déclaration suffira pour faire connaître Rabiatou Serah Diallo aux Guinéens.

Avec son compère Ibrahima Fofana, une grève sera projetée pour la période des examens de fin d’année 2006. Le pouvoir décide d’aller outre et tient vaille que vaille à aller aux examens en réquisitionnant des enseignants venus d’on ne sait où pour surveiller et pour corriger. L’aveuglement était à son comble. Le bras de fer va se terminer par une vingtaine de morts, dont la plupart, selon le pouvoir, était composée de maçons, de menuisiers et de soudeurs. L’on a rabiboché tant bien que mal et les enseignants reviendront à la table des négociations pour conduire les examens les plus calamiteux jamais connus en Guinée : Fraudes et fuites ont été le lot de cette session. La grève ainsi est reportée à l’ouverture pour ne pas faire année blanche. Mais à l’ouverture de l’année scolaire 2006-2007, rien ne sera en vue. Un préavis de grève sera lancé pour la première semaine de janvier 2007. Cette grève se prolongera pendant 3 semaines. Fodé Bangoura sera taxé de connivences avec les syndicats. Il sera demi pour faute lourde. Même le général Kerfalla sera mis dans les mauvaises grâces. Un couvre-feu sera décrété et à la fin de ce couvre-feu, il s’agissait de le reconduire mais l’assemblée nationale, si monocolore qu’elle fut, ne vota pas pour la reconduction du couvre feu alors que Kerfalla, au même moment, procédait aux réquisitions en tous genres pour le nouveau couvre feu. L’assemblée nationale avait joué aussi sa partition dans cette affaire.

Les négociations bloquaient quand les syndicalistes sont venus voir le général au Petit Palais : ils seront éconduits par cette boutade : Vous avez décrété la grève générale, moi aussi, je suis en grève. Allez débloquer, et on verra. Le soir, Eugène Camara sera nommé Premier ministre. Ibrahima Fofana prononcera cette phrase lapidaire : C’est une provocation ! Le reste, on sait ce qui s’était passé dans 30 des 33 préfectures de la Guinée. L’issue sera gagnante. A eux deux, Rabiatou Serah et Ibrahima Fofana ont secoué et loché la montagne pour faire tomber des bribes de démocratie avec à la clé la formation du gouvernement de consensus.

Mais pendant toute cette longue et périlleuse lutte, le duo Rabiatou et Ibrahima Fofana n’a pas eu le soutien de tout le monde, notamment de Mamadou Mara et de celle qui deviendra sa compagne sur la route enchantée de Fria, Magbé Bangoura, qui voyaient leurs revendications sous l’angle politique. Evidemment qu’ils ne sont pas les seuls, et parmi ceux qui pensaient que le gouvernement Kouyaté était illégal, ils sont nombreux… Chanter la palinodie est parfois une symphonie mais généralement une mélopée.

Enfin, il faut être honnête envers tout le monde, et surtout envers les morts pour se livrer à des conjectures, comment peut-on s’empêcher de voir que Dr Ibrahima Fofana, qui vient de faire débrayer les banques, qui n’avaient pas repris du service et pour les mêmes motifs que les travailleurs de Friguia, pouvait-il débloquer la situation identique là-bas ? Avait-il une chance de se faire entendre ? Difficile de dire avec exactitude ce qui allait en sortir de ces difficiles, voire impossibles négociations, qui, de toute évidence sont des négociations de la dernière heure. Dr Fofana avait voulu se dédoubler et il n’avait pas le don d’ubiquité… C’est sans doute en voulant jouer à ce jeu inconnu qu’il a trébuché, ne serait-ce qu’une seule fois dans la vie. Actuellement, Ibrahima Fofana n’est plus là pour débloquer la situation et les méfaits commencent à se faire sentir. Si les banques ne rouvrent pas, ce sont les stations d’essence qui bloquent car leurs sous ne pouvant être sécurisés, ce sont les malfrats et casseurs qui prendront le dessus puisqu’en ce moment, les services spéciaux sont appelés à titre de témoins devant la cour d’assise, laissant libre cour (de récréation) aux grands bandits. Soit dit en passant, la cour s’est engluée dans une querelle impitoyable de procédures et les avocats de la défense se sont retirés de l’audience de ce mercredi 21 avril en attendant que la cour suprême donne son verdict sur le pourvoi en cassation de l’arrêt de renvoi de la chambre d’accusation dans le cas ministère public contre Ousmane Conté et Cie.

Quant aux autres considérations sur le véhicule et autres superstitions, il faut s’en référer à la fatalité, et que les morts violentes ne doivent pas être vues comme des récompenses de la justice immanente mais le sort de chacun avait déjà sa prédestination.

Et c’est à juste raison que le pays tout entier lui a réservé, à lui et à ses compagnons de route des égards dignes de leurs rendements pour la justice et le bien-être des Guinéens.

Enfin, pour nous de la presse qui avions eu à le côtoyer ou à l’observer de loin, c’est un homme de trempe, inaccessible à l’intimidation, qui vient d’achever sa course et qui vient de s’éteindre. Une telle trempe, de celle de Nelson Mandela, serait-on tenté de dire sans crainte de piquer un fard. Ainsi, le Nelson Mandela de la lutte syndicale de Guinée s’en est allé. Si les prières des hommes sont pour quelque chose pour émouvoir le Bon Dieu, c’est le repos éternel qu’ils ont tous souhaité à Ibrahima Fofana et son inhumation a réveillé tous les morts de Kameroun ce lundi 19 avril 2009, tant du monde et du monde avait foulé tous les coins et recoins du cimetière.


Moïse Sidibé
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
 

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Vos commentaires
sylla, lundi 26 avril 2010
bel article ,mais à propos du cendre islandais sur son éventuel impact sur la sante des gens nombreux sont des experts qui disent aujourd`hui avec certitude que circulé il n`y à rien avoir c`est a dire RAS sur la santé. revenons sur la chine nul peut s`etonné aujourd`hui que la chine n`aie demandé de l`aide humanitaire aux autres puissances étant donné que la chine et la troisième puissance économique ,voir 2eme et bientôt 1ere même si le pays de l oncle sam veille au grain .merci mon beau

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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