dimanche 6 juin 2010
Le cafard enchanté – Entrée par effraction dans la démocratie
Moïse Sidibé

Affrontements en offshore : Après que les Coréens du nord eurent coulé un navire de leurs frères du sud sans que le problème n’aille plus loin qu’un arrangement à l’amiable, et les deux super puissances n’ont pas semblé dire grand-chose à ce sujet, une « flottille », dit-on pro-palestinienne a tenté de violer l’embargo mis en place par Israël, et celui-ci a réagi énergiquement pour fait jaser le monde entier. Tout semble avoir été préparé pour cela puisque tout le monde était conscient qu’Israël allait riposter avec violence mais personne n’a levé le petit doigt et on a laissé cette flottille aller à l’abordage, tout en sachant que ce ne sont que des militants pacifiques qui étaient dans cette embarcation. Si tout le monde condamne cette attaque (en eaux internationales ou en eaux territoriales israéliennes ?), personne n’a pipé mot sur le navire sud-coréen, qui était aussi en zone internationale ou dans les eaux nord-coréennes ?

Le protégé de la Chine et de la Russie est plus tranquille que le protégé des USA mais Israël vient de déclarer qu’un autre aventurier sera frappé de la même manière. Alors ?

Pour le moment les deux super puissances sont dans l’expectative. Mais la chanson d’un artiste illustre bien ce qui vient de se passer en haute mer : « Si tu me tapes dans le dos, je te tape dans le ventre »

France-Afrique et non plus Françafrique ! Nicolas Sarkozy avait dit rupture, mais le revoilà sur les mêmes traces. Seulement, lors de ce sommet, on ne parlera pas de corruption ni de la bonne gouvernance, ni des droits de l’homme et des animaux mais de la place de l’Afrique dans la gouvernance mondiale. Les Africains réclament deux places permanentes au conseil de sécurité des Nations Unies avec le droit de veto pour pouvoir taper du poing sur la table à tout bout de champ, mais il y a réticence de la part des autres. Les « grands » de ce monde craignent que, si le continent noir a ces deux droits de veto, les Africains puissent le brandir pour sauver El Béchir des griffes de la CPI et que, dans ce cas, les violations des droits de l’homme, les crimes contre le génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité ne pleuvent comme pluie de grêles sur un champ de vigne. Au moment où ces lignes sont écrites, et on ne reviendra pas dessus, la conférence de Nice est en pleine clôture et la déclaration finale nous est encore inconnue mais il ne faut pas s’attendre à ce que la doléance des Africains soit acceptée. D’ailleurs, la France n’a pas seule la décision d’élargir le conseil de sécurité, elle doit en référer à ses autres copains que sont les USA, la Russie, la Grande Bretagne et la Chine. Le Brésil, l’Allemagne et l’Inde attendent en embuscade pour cet élargissement. Mais même deux places, certains pensent que pour tout un continent, c’est peu. Cela ressemble à la seule place que l’Afrique avait pendant longtemps en coupe du monde, puis elle a droit à trois et maintenant elle a cinq. De seize équipes, on est venu à vingt quatre et maintenant on en est à trente deux. Si le conseil de sécurité, au lieu de cinq en venait au moins à dix, il n’y aurait pas de deux poids, deux mesures dans un autre monde utopique. Quand les poules auront des dents ?

Sénégal : Le père Wade vient de laver la tête à Mme l’ambassadeur des USA, non pas qu’il travaille dans un salon de coiffure, mais il l’a savonnée en bonne et due forme devant les caméras de la TV sénégalaise. Croyez-vous que la rebelle ambassadrice ait abdiqué sous les sarcasmes du père de Dadis ? C’est mal la connaître puisqu’elle a dit ce qu’elle pense, point ! Du coup, c’est le père Wade qui dit renoncer à l’aide américaine pour garder son honneur et sa dignité, les Américains n’ont qu’à garder leurs sous. Bon, nous, ici, on se rappelle que son fils Dadis Camara avait pris Bernard Kouchner en grippe en disant qu’il n’a pas affaire avec un cuisinier mais qu’il a affaire au chef cuisinier, Sarkozy, qu’il respecte et qu’il adore. Qu’à cela ne tienne, c’est la France qu’il a attaquée et cette France ne l’a pas laissé avaler cela comme simplement un bonbon. En plus, notre Dadis national avait aussi cuisiné Pantchenko, il l’a amené comme un sac devant lui, lors d’un Chaud Dadis show, pour le copieusement savonner. Quelle conclusion s’impose ? Tel père, tel fils ? Mais puisque le père fait comme son fils, ne pourrait-on pas dire l’inverse ?

A chacun ses analyses !

Guinée, le 27 juin, entrera par effraction dans la démocratie : Le 25e sommet regroupant la France et l’Afrique ne ressemble pas au sommet de la Baule où il a été question de l’alternance démocratique, on ne parle pas non plus de la bonne gouvernance, des conflits armés et de tout un tas de problèmes auxquels le continent est quotidiennement confronté mais de la participation du continent à la gouvernance mondiale avec une ou deux places permanentes au conseil de sécurité.

Entrée par effraction dans la démocratie : Déjà la Cour suprême est indexée par les différents candidats pour la non validation de leur candidature. Ils crient haut et fort à la partialité. Ce que le citoyen lambda ne comprend pas, c’est pourquoi le MATAP et la CENI n’ont pas activement pris part à la sélection des candidats pour qu’en cas de litige, la Cour suprême tranche. Dans ce cas précis, c’est celle-ci qui est le premier et le dernier recours et son arrêt est sans appel. Vice de forme ou vice du consentement ?

Ensuite, le nombre de candidats étant pléthorique, il avait fallu éliminer par « substitution ». Les charges liées à cette élection étant lourdes. Au départ, semble-t-il, une quinzaine étaient au programme et le budget était ficelé à cet effet mais à l’arrivée on en compte 24. Pourquoi, dans ce cas ne pas placer la barre plus haut dans les cautions pour une décantation plus orthodoxe, puisque nécessité fait loi ?

Les journaleux des groupes multimédias qui croyaient obtenir 300 mille FG par jour ont vu leurs primes réduites à 200 mille. Le ministre de la communication était hier sur les antennes de la TV pour donner des explications. Sont-elles à la satisfaction des intéressés ? La question reste posée.

A part ce problème de nèm-nèm, il y a aussi que le collège médical est critiqué pour avoir fermé les yeux sur certains malades qui ont si bien dissimulé leur mal pour être poussifs dans quelques jours. On a vu le président nigérian « par défaut » changer certaines institutions comme la commission qui a organisé l’élection là-bas. Ce qu’il faut faire remarquer, c’est que ce ne sont pas les programmes de campagne de Good Luck Jonathan que les populations du Nigéria ont épousés mais ceux de Yar’adua. Il ne faut pas que de tels cas se produisent au pays des Rivières du Sud.

Les audits sont aussi mis sous silence mais si le prochain prési de la Guinée nouvelle, cleptomane et mythomane, replonge la main dans le sac, récidive ou double infraction, ça va se savoir !

Le problème des candidats du CNDD est sur la table : On dit que Boubacar Barry, Bouna Keita, et Papa Kolly Kourouma étaient aussi du gouvernement du CNDD et que leur candidature avait été réceptionnée sans anicroches. Un problème qui reste à être élucidé par la Cour suprême qui a validé toutes ces candidatures. En tout cas, les Guinéens restent dans l’expectative, quant à la neutralité de la cour de « Syma »

Et puis, la constitution par ordonnance aussi reste comme une grosse épine dans le pied de la Guinée qui veut marcher de pas fermes en commençant par les pas de clerc.

Tant pis, tous les moyens sont bons pour aller à dame ou en démocratie, le rail ou la rail, pourvu que le train passe mais si le train roule sur la rail, n’y aura-t-il pas déraillement ?

La question reste posée !

Mais on ne peut pas se quitter sans parler de La Cour d’assises qui polarise toute l’attention des populations guinéennes et de la CPI.

Cette audience du mercredi 2 juin, au moment où les bacheliers vont au four et au moulin, la Cour d’assises de Doura Chérif, on pourrait appeler la cour du roi Pétaud, est dans la tourmente.

Le ministre d’Etat chargé de ce qu’on connait par cœur n’est pas venu à la barre, ce mercredi, ce qui suffit largement à la défense pour crier à la fuite et à la démission. Tiégboro a peur de la défense, qui avait juré d’avoir sa hure avec 15 avocats, prêts à une cuisson digne du nom. Tiégboro, selon la défense, aurait vu Mamadi Kalo dans son quartier à Lambandji et qu’il aurait reçu des menaces mais la défense est formelle, Kalo n’a jamais quitté un seul instant la Maison centrale pour quelque motif. Elle se pose la question comment Kalo pourrait-il être à la fois à la maison centrale et en même temps à Lambandj, comme s’il avait le don d’ubiquité, encore moins l’anneau de Gigès, qui le rend invisible du régisseur de la maison centrale pour n’être vu que de Tiégboro seul…

Quelqu’un avait dit un jour devant Dadis « La victoire a beaucoup de parrains, la défaite est orpheline ». La défaite est effective, puisque le ministre d’Etat n’a pas comparu devant la cour mais ce qui reste à dire dans cette affaire, c’est que les Guinéens doivent retenir que Tiégboro, en lui-même, n’est pas totalement responsable de cette « humiliation », comme il le considère, mais, en couvrant les patatras de ses agents, personne ne peut plus le sortir de cette ornière, et comme il veut l’assumer tout seul, qu’il en prenne toutes les conséquences.

Entre le ministère public et la cour il y a court-circuit. La cour a critiqué les décisions, le réquisitoire du ministère public, alors que celui-ci réfute et récuse ces critiques avec fermeté. La cour n’a pas à critiquer les réquisitoires du ministère public. Sidy Souleymane N’diaye était dans tous ses état ce vendredi et nous a même envoyé sur les roses, mais il est revenu s’excuser sur son comportement vis-à-vis de la presse. Sidy Souleymane N’diaye est en toute confiance et est prêt à être remplacé si les autorités le jugent nécessaire. Il est confiant quant à ses prises de réquisition concernant l’acquittement ou la condamnation des personnes ici inculpées. Il affirme n’avoir reçu d’injonction de qui que ce soit. Le ministre de la justice ne lui a donné aucune directive, encore moins le procureur général, Paul Matrasi Fofana. Selon Sidy Souleymane N’Diaye, ce sont des personnes respectueuses du droit. Il fera exactement ce que le droit exige, sans complaisance et sans faiblesse. Le monde entier a l’œil sur ce procès.

Si après ce procès, d’autres trouvent à redire, que pensera-t-on de l’entrée de la Guinée des sept merveilles du monde dans un monde de démocratie : Entrée par effraction ? En violation de tout ce qui doit l’être ? Personne n’empêchera le Cafard d’être enchanté à ce sujet, avec tout ce qui peuple comme irrégularités dans cette élection présidentielle.


Moïse Sidibé
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
 

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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