dimanche 9 août 2009
Le brûlot: C’est le bouquet !
Moïse Sidibé

Cinéma : Ce mardi, 4 août, les forces de l’ordre ont mis le grappin sur Aboubacar Sylla, le bossu de l’Indépendant/le Démocrate. Un fait banal, courant et sans importance, comme tant d’autres qui se passent tous les jours dans Conakry s’il était conduit avec méthode et procédure, dans le respect de la personne humaine.

 
D’abord, interpeller un citoyen pour une affaire domaniale, qui remonterait à l’année 1989, donc vieille de 20 ans et surtout courante, faut-il nécessairement une bonne douzaine d’hommes armés pour un spectacle, en pleine circulation ? Scénario digne d’un film de gangsters pour un fait véniel. Cette démonstration musclée avait pour but manifestement d’humilier. Certains pensent que c’est pour lui faire ravaler sa conférence de presse passée, mais les auteurs ont  manqué le coche, puisque Aboubacar Sylla a été libéré peu après. C’est avec rage et détermination dans la voix que nous avions pu le joindre au téléphone pour un brin de causette. Pour un quelconque motif, il était loisible aux forces de l’ordre de le convoquer ou de procéder à une arrestation à domicile au cas où il y a eu refus d’obtempérer.

 
Les institutions de la république, à notre entendement, plus en période d’exception qu’ordinaire, doivent fonctionner avec efficience et rigueur mais aussi et surtout adéquatement et rationnellement, et ne pas verser dans les excès et dérives, pour ne pas les rendre banales et vulgaires. Tous les yeux sont tournés vers la Guinée en ce moment et la junte doit savoir marcher sur des œufs; mais au lieu de cela, elle s’est emportée par sa promptitude à la réaction épidermique, celle qui conduit à la répression. Voilà une chose diamétralement opposée à sa vocation, qui est celle du Conseil National pour la Démocratie et le développement.

 
Si le problème domanial ne peut et ne doit cautionner une telle démonstration de force, tout porte à croire que les propos au vitriole de Aboubacar Sylla sur les réalités crues et patentes de la Guinée ont dérangé. En effet, lors de sa conférence de presse au Novotel, l’homme n’était pas allé du dos de la cuillère dans les maux qui gangrènent le pays. Personne ne sait dire avec précision si c’est le problème domanial ou ses déclarations politiques devant la presse qui lui ont valu cette mésaventure. Quel que soit le cas, Cellou Dalein Diallo vient d’avoir un autre compagnon d’infortune, des gnards qui dérangent !
 
Mais la junte doit savoir quelque chose, les exactions politiques et la torture journalière endurcissent un homme politique si elles ne le brisent pas. Pourquoi se salir les mains dans ce domaine ? Si aucune charge ne donne raison à cette arrestation musclée, c’est un spectacle qui a fait flop et four. Se donner autant de mal pour rien… Voilà un cas de violation des droits de l’homme qui va faire du bruit et un mauvais clabaudage dont le CNDD se serait bien passé. Quel bouquet !

 
Autre chose et indépendamment de ce fait divers qui est tombé incidemment, il y a que Sarkozy et Dadis ont des points communs : Comme des ménagères courant par-ci, courant par-là, avec le balai que voilà... Seulement, ils sont comme la mouche de coche. Toutes les promesses faites pendant la période électorale, les Français les attendent toujours ; Tous les chantiers ouverts à l’avènement du CNDD, rien n’est conduit à terme et les Guinéens sont sur leur faim. Ne dit-on pas : « qui trop embrasse, mal étreint » ?

Dans tous les deux cas, à part quelques mesures de sauvetage superficiel, rien de fondamental n’a changé dans le domaine politique, économique et social. Sarkozy a réussi à désarçonner le PS pour au moins une décennie. Dadis a réussi à provoquer la scission dans les « Forces vives ». Il y a désormais le clan de 2010, favorable au CNDD et le clan de 2009. Seulement, la pression est plus accentuée sur Dadis que sur Sarkozy. Les services sociaux de base comme l’électricité et l’eau, le panier de la ménagère, poisson et viande, sont encore hors de portée mais les prix ne sont pas stables surtout à l’approche du ramadan, qui avance à grands pas pour cette fin d’août, ce qui nous rappelle tristement le 27 août 1977. et comme si cela ne remplissait pas la corbeille, comme si la tuile venait à tomber sur la tête des Guinéens, comme si c’est le bouquet, c’est l’Union Européenne qui annonce un moratoire sur l’aide au développement de la Guinée pour mettre fin à la récréation, aïe! Et enfin, ce que les deux ont de plus commun encore, c’est leur prestance et leur pétulance qui se sont refroidie par la bénédiction et le concours des circonstances différentes. Sarkozy avait trop présumé de son énergie ou de sa compulsion à faire du footing, même sous la chaleur;  Dadis, ce n’est pas pour avoir marché à Dubreka et à Ratoma à donner l’eau aux populations qu’il s’est épuisé mais à force de vouloir être au four et au moulin dans toutes les affaires, de jour comme de nuit. Mais aussi, il faut se méfier de leur réveil, s’ils reprenaient du poil de la bête, d’où la pression continue de l’UE.

Concernant la suspension de l’aide de l’Union Européenne, ce qu’il faut faire comprendre aux Guinéens, c’est que Louis Michel est un vieux singe. Il connait si bien les chafouineries et simagrées politiques des dinosaures africains. Ce ne sont pas les Moussas (les paresseux du livre qui veulent perdre du temps) et qui font curieusement nombre dans le CNDD, qui lui apprendront à faire les grimaces politiques. La junte peut tirer au flanc à volonté et les protestations de certains n’y feront rien. Si la Guinée veut des fonds du l’UE, il n’y a pas quatre chemins à emprunter, il faut choisir le plus court. Trop de temps a été perdu à des futilités.

Que peut-on dire des secteurs qui avaient grand besoin de sang neuf ?

Education : Tant bien que mal, l’année scolaire vient de prendre fin avec les examens sans trop de bruit. Les sujets avaient été choisis avec beaucoup de complaisance, aux dires de certains enseignants qui ont blanchi sous le harnois. Des sujets trop banals, et les candidats qui ont témoigné sur les différentes antennes montrent que les candidats aux différents examens étaient loin du niveau qu’ils briguent. Comme ils ne seront pas les seuls mis en cause, il faut mettre dans leurs paniers les correcteurs, dont certains aussi se plaignent d’être en compagnie des correcteurs «incorrects et insuffisants». Dans le passé, au temps de la Révolution, quand il y avait encore une éthique dans l’éducation, n’était pas correcteur qui le voulait. Les corrections n’étant pas rémunérées, c’étaient les plus méritants de chaque établissement qui se rencontraient aux centres de correction. Depuis que ces corrections sont une source de revenus, les «affaires-affaires» dominent les centres d’examen. Quand on m’a dit qu’une certaine dame faisait partie du secrétariat du Bac, je n’en revenais pas. Ce n’est pas bien de dire du mal de quelqu’un démuni mais celle-là n’a pas même le niveau du primaire, et si elle est au secrétariat du Bac, comme tant d’autres à la correction de ce même Bac, et par-dessus le plancher avec la nouvelle formule »tolérance zéro», on est bien curieux de connaître la suite de ce cinéma.

A part cela, il faut dire que le pré universitaire et l’enseignement technique et la formation professionnelle sont trop condensés dans un même secteur. La preuve est que dans la Formation professionnelle, il y a formation à deux vitesses. Le projet AMORE a un cycle de deux ans avec ses questionnaires différents des autres CFP, qui ont un cycle de trois ans avec des questionnaires autres. Que cherche-t-on dans ce domaine où la pagaille s’est installée confortablement? A quel marché seront déversés ces futurs sortants?

Hors de la formation, il y a aussi qu’un contrôle s’est instauré périodiquement à la recherche des fictifs pour une Nième  fois. On attend le résultat de cette mission qui a nécessité pas mal de sous à l’Etat, mais il ne faut pas trop attendre de cette mission! Il y a cependant une astuce simple et pas coûteuse qui peut faire plus de résultat que ces missions de taupes...

La Santé: A part choléra, typhoïde et autres maladies courantes, dont la transmission s’effectue par l’eau non potable, il faut ajouter les déchets et produits toxiques. On avait fait une campagne de distribution des bouteilles de chlore et des mousquetaires, pardon, des moustiquaires imprégnées, pour une partie de la population, et puis...silence et fin! Concernant les produits découverts à Gbessia port I et II, une mission d’experts internationaux était dans les murs de la capitale. Si la mission était venue avec grand bruit, elle est partie à l’anglaise. Pendant ce temps, les populations avaient été auparavant alarmées par la dangerosité et la toxicité de ces satanés produits. Ceux de Faban ne savent plus à quel Saint se vouer. On dit que les militaires y ont élu domicile avec un groupe électrogène. A notre question de savoir s’ils sont masqués, on nous répond «non», ce qui fait dire que ce lieu n’est pas si diabolique qu’on ne l’a fait entendre. Si les experts internationaux sont partis sans rien dire alors que la situation était dans une urgence qui affolait, c’est que ce ne sont pas les vrais produits toxiques, et dans ce cas peut-on dire que nos experts nationaux se sont plantés? Même la distribution des moustiquaires imprégnées et du lait, qui avait débuté, a fini par s’estomper.

 Alors...bombes artisanales et Al Qaeda, drogue et quoi d’autre, de quoi s’agit-il, au fait? Et le cas Fria?

Quant à la sécurité, le secrétariat d’Etat, devenu ministère, est en émulation avec les malfrats, qui sont loin de désarmer. Le nouveau commandant Tiégboro, qui ne porte pas son nouveau grade et qui donne sa tête à couper que les chefs de quartier auront chaud avec lui s’il découvrait des choses louches dans leur juridiction. Les pauvres chefs de quartiers ont des soucis à se faire puisqu’ils n’ont aucun moyen à leur disposition, sans compter que beaucoup d’entre eux n’ont pas la popularité indispensable pour conduire de telles opérations. Dans chaque quartier de Conakry il y a un nid de fumeurs de chanvre indien. Les consommateurs de cette denrée proscrite se regroupent dans des écoles ou sous des toits non occupés ou abandonnés, et cela au su et au vu de tout le monde.

Le ministre exige que les groupes d’auto défense se forment mais avec les mains nues? Comment armer ces groupements? Faut-il actionner les polices communales qui flemmardent et qui vivent des recettes du gardiennage des parcs autos, et qui ne savent pas comment manier les armes à feu, unique dissuasion ?

Maintenant qu’il faut aller aux élections vaille que vaille, advienne que pourra, il s’agit de garder la tête froide et de procéder dans un ordre chronologique suivant les nécessités de la base au sommet. Cela revient à dire que le redécoupage des circonscriptions électorales est une absolue nécessité. Lors des communales des années 90, l’on avait rogné une grande partie de la commune de Matam au profit de Matoto. Un manque de vision car Matoto est devenue tentaculaire et a dépassé les limites d’une seule commune. Il faut revoir cela, même cas pour Ratoma.

Quant aux élections, commencer par les communales et communautaires cette année, détecter les insuffisances, le cas échéant, pour les rectifier aux législatives et parfaire les présidentielles pour l’apothéose finale en 2010. C’est plus sage!

Actuellement, l’étau de l’UE s’est refermé sur la junte avec ce moratoire sur l’aide au développement. Le CNDD saura avec lucidité et diplomatie se tirer de cette guêpière?

La question reste en l’air!

A la revoyure!

 

Moïse Sidibé
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com

 

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Vos commentaires
OUAMOUNO DAVID, lundi 10 août 2009
Ouf!!! enfin un article qui fait preuve de rigueur, d`objectivité et surtout de clairvoyance. C`est de ces types de propositions que le guinéen a besoin, loin des idées partisannes qui ne pourront que mettre de l`huile dans le feu. Si quelqu`un devrait manqué d`objectivité en critiquant farouchement le CNDD, ça devrait être Mr Moïse, mais c`est mal le connaitre. A vous relire!

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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