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Venu tout droit de Conakry, le 3e Vice Président du Comité d’Audit et de Surveillance des Secteurs Stratégiques de l’Economie (CASSSE), Habib Ann (au centre sur la photo), a rencontré le samedi 21 février 2009, dans la salle de conférence de la Mission Permanente auprès des Nations Unies, les intellectuels guinéens de New York et environnants, pour développer la compréhension du Gouvernement sur cette nouvelle structure stratégique et recueillir éventuellement quelques suggestions relatives aux techniques de stratégie de surveillance des deniers publics.
Etaient présents à cette rencontre, Son Excellence Monsieur l’Ambassadeur, Alpha Ibrahima Sow, le nouveau Conseiller politique et diplomatique du Président de la République, M. Paul Goua Zoumanigui, le Consul, M. Babara Touré et M. Camara.
Comme à l’accoutumé, c’est M. Paul qui, dans un rôle de modérateur, après les habituels salamalecs, la traditionnelle bienvenue à l’assistance et le rappel des circonstances dans lesquelles ce Comité a vu le jour, introduira M. Habib Ann, le 3e Vice Président du CASSSE.
Financier de formation, Ann se proposera d’abord de présenter le Comité d’Audit et de Surveillance des Secteurs Stratégiques de l’Economie (CASSSE) et définir ensuite sa mission générale, avant d’illustrer ses propos par des exemples concrets.
Selon Habib, ce Comité qui a été créé par les nouveaux maîtres de Conakry, et présidé par le Ministre de la Défense, 2e Vice Président du CNND, le Général de Brigade Sékouba Konaté, assisté de trois Vices Présidents dont un expert en audit, un juriste et un financier, est un véritable bureau d’intelligence économique.
Sa mission générale est de permettre, non seulement de comprendre ce qui s’est passé durant ces 50 dernières années, mais aussi de savoir pourquoi notre pays est toujours à la traine dans la sous-région. C’est pourquoi sa première tâche sera d’auditer tous les systèmes qui ont été fonctionnels et ceux qui ne l’ont pas été. Concentrer l’audit sur les domaines stratégiques, les mines, les télécommunications, le département des impôts, la douane …le port autonome, pour savoir ce qui n’a pas marché et recouvrer les créances dues à l’Etat.
Dans ce domaine, les résultats obtenus sont éloquents. Déjà près 56 milliards de nos francs ont été collectés par le Comité en guise de recouvrement des créances de l’Etat. Aussi, l’administration et plusieurs compagnies publiques et parapubliques ont- elles été auditées.
A cela s’ajoute le rôle de surveillance des secteurs stratégiques. Pour cela, le Comité fera office de Bureau de Stratégie qui va étudier le passé, recouvrer les créances et proposer des stratégies pour le futur qui permettront de créer plus de compétitivité dans l’économie nationale et permettre ainsi à la Guinée d’emboiter le pas aux pays émergeants.
En termes de missions spécifiques, le CASSSE doit :
- Lancer, dans le cadre de la justice et de la légalité, des poursuites contre les auteurs de détournement des deniers publics ;
- Evaluer l’équité des conventions minières aux normes internationales ;
- Restructurer et privatiser les entreprises publiques et parapubliques qui sont en redressement ou en liquidation judiciaire ou qui ont carrément laissé les clefs sous le paillasson.
- Superviser les secteurs de l’économie qui génèrent beaucoup de ressources à l’Etat, tels que le port autonome et ses services associés, les mines, le transport, le commerce, les télécommunications, la douane, l’énergie, les banques et assurances ;
- Proposer et exécuter une stratégie de transparence des revenus et dépenses de l’Etat en coordination avec le Ministère du Contrôle d’Etat et du Ministère de l’Audit.
Pour mener à bien ce travail avec professionnalisme et dans l’indépendance, le 3e Vice Président a précisé que son Comité sollicitera l’assistance des cabinets d’avocats, d’audits et d’expertises financières et des instituts internationaux reconnus en la matière.
Sur le plan du leadership, Habib Ann, qui a été impressionnant durant tout ce débat, a rassuré que le Président et les trois Vices Présidents seront assistés par des membres permanents sur place et des personnes ressources. Car vu l’immensité de la tâche, le Comité aura besoin des capacités intellectuelles des Guinéens à travers le monde.
Etant donné que c’est le Bureau de Stratégie qui est très important, Ann étalera, dans un langage technique, sa définition et son objectif.
Pour les initiateurs, le Bureau de Stratégie est une unité d’intelligence économique au service du Président de la République et du Gouvernement, qui fonctionne comme une cellule de veille économique.
Puisque ce Bureau va d’abord, définir les grandes orientations de développement économique, planifier la restructuration des entreprises publiques et parapubliques et établir des programmes de contrôle de gestion de tous les départements en collaboration avec le Gouvernement. Cela pour éviter la dilapidation des revenus de l’Etat comme par le passé. Ensuite, il va créer une base de données des cadres et experts Guinéens au niveau local et mondial. D’où la mission du 3e Vice Président du Comité d’Audit à New York et ailleurs.
Pourquoi, le concept de Bureau de Stratégie est un modèle gagnant ?
Parce que ce modèle a permis à un certain nombre de pays de sortir, grâce à des équipes de reformes, de la pauvreté en moins de 30 ans et d’intégrer le club des pays émergeants.
Ces pays ont commencé par prendre appui sur une petite équipe dédiée au pilotage des reformes à accomplir. Cette équipe a bénéficié de compétences techniques de plus haut niveau de l’accès direct au sommet de l’Etat et d’un important budget de développement. C’est la combinaison de ces trois facteurs qui ont permis à ces Bureaux de Stratégie de réaliser d’ambitieux programmes de reformes malgré les intérêts partisans et les résistances administratives.
Au final, seule une infime minorité de pays en développement a pu s’affranchir de la pauvreté en une génération tout en maintenant un niveau de croissance du PIB par habitant supérieur à 4%.
La réalisation d’un tel résultat a nécessité de profondes reformes microéconomiques touchant à de nombreux domaines : fiscalité, commerce extérieur, marché foncier, marché du travail, marché financier, infrastructures, les cadres réglementaires des secteurs clés, etc.
Comment les pays les plus réformateurs s’en sont-ils pris à leurs débuts ?
Une étude récente a examiné cette question en se concentrant sur cinq pays, choisis en vertu de leurs patrimoines culturels et administratifs différents :
Le Botswana, le Cap-Vert, la Malaisie, l’Ile Maurice et le Taiwan.
En dépit des conditions initiales extrêmement difficiles, ces pays ont obtenus des résultats remarquables.
Le Botswana par exemple qui ne comptait que 22 diplômés d’université et douze kilomètres de routes revêtues en 1966, était le pays le plus pauvre au monde.
L’économie mauricienne reposait quasi exclusivement sur le sucre et était sujette à excès de violences durant la décennie de l’indépendance en1968.
Notre voisin le Cap-Vert, ne disposait pas de secteur privé et figurait parmi les pays ayant les pires indicateurs du développement humain au monde en 1975.
C’est dans les mêmes situations que se trouve aujourd’hui notre pays, la Guinée.
Voici le taux de croissance respectif actuel de ces cinq pays émergeants :
Taiwan 11.1 % ; Botswana 10,6%, Malaisie 7,5 %, Ile Maurice 6,5 %, Cap-Vert 5 %.
Aussi, la même étude a montré que toutes ces économies ont commencé à s’appuyer sur une petite équipe comme le CASSSE de la Guinée, spécialement en charge des reformes et rattachée au sommet de l’Etat. Elle était chargée de l’élaboration et de l’actualisation de la stratégie de reforme, de la négociation avec des parties prenantes, ainsi que de la coordination et mobilisation des ressources nécessaires à la mise en œuvre du programme de développement.
Dans le cas de la Malaisie, l’équipe était appelée « Econmic Planning Unit » et était composée, au début des années 60, de 15 personnes dont la moitié était constituée d’expatriés;
Le Cap-Vert s’est appuyé sur trois conseillers en 1975.
Le Botswana s’est doté d’une Cellule de Planification Economique qui a démarré ses activités en 1965 avec seulement deux économistes ;
Le Taiwan pour sa part, disposait de son « Council For US Aid » créé en 1948 et chargé d’administrer l’aide américaine. Ce conseil rendait directement compte au Président et avait en son sein les meilleurs ingénieurs du pays et d’éminents économistes américains.
Ces petites équipes en charge de reformes faisaient partie intégrante du processus politique tout en étant déchargées des questions administratives quotidiennes. Elles ne perdaient pas de temps aux activités quotidiennes. Leurs rôles étaient focalisés sur les stratégies à adopter. Elles prenaient du recul pour observer l’état de l’économie et proposer des solutions. Cette méthode a été la meilleure manière de tirer partie des rares compétences techniques disponibles, d’optimiser l’impact sur la formulation des politiques et d’exécuter les six fonctions de ces équipes qui sont :
1- Formuler et actualiser les stratégies de développement économique ;
2- Conduire le dialogue avec le secteur privé ;
3- Mobiliser, soutenir et former les dirigeants politiques ;
4- Mener les grandes négociations d’intérêts stratégiques ;
5- Mobiliser et allouer des ressources nécessaires à la mise en œuvre des stratégies ;
6- Surmonter les résistances de l’administration.
Ces différentes fonctions ont généré un effet positif important qui est la transparence. Et cette transparence a permis de réduire les chances de corruption, encourager la démocratie, responsabiliser le gouvernement et réduire la vulnérabilité aux conflits.
Sur le plan macroéconomique, certains avantages seront enregistrés tels que : la réduction de l’inflation, la réduction du déficit fiscal, la distribution équitable du revenu national, l’augmentation de l’index de compétitivité internationale, la réduction du coup du capital et l’augmentation des investissements due à l’amélioration du niveau de confiance des investisseurs parce qu’il y a moins de corruption.
Avec une réelle volonté politique et économique, rien ne pourra empêcher la Guinée de réussir là où ces 5 pays ont pu sortir de la crise économique qui était la leur. C’est pourquoi, Habib Ann terminera son exposé sur un appel solennel à toutes les bonnes volontés, à tous les intellectuels locaux ou expatriés d’assister le Comité d’Audit dans ce grand combat contre la corruption, le gaspillage des deniers publiques, bref contre cette pauvreté sans précédent.
Certes, tout le monde ne peut pas appartenir à ce Bureau de Stratégie, mais toutes les personnes ressources qui peuvent mettre à la disposition du Bureau, leurs compétences dans des domaines spécifiques seront en contact permanent avec le Comité d’Audit. C’est dans le souci de mobiliser ces compétences, qu’un site internet sera créé à cet effet pour permettre aux cadres guinéens de l’extérieur de faire des propositions de stratégies, car seuls la concertation, la participation effective de tous l es fils du pays au dialogue et la neutralité des pouvoirs publics seront en mesure de sortir la Guinée de ce gouffre.
Ensuite un débat intéressant et très riche en idées sera ouvert. Les uns passeront à côté de l’objectif recherché de la conférence à savoir la collecte des propositions relatives à l’aspect stratégique de la mission du Comité d’Audit. Les autres par contre, relèveront des tares qui pourront empêcher, dans le futur, le Bureau de Stratégie à mener à bien sa mission d’audit et de surveillance. Nous avons retenu entre autres, l’injustice, la possible dépendance du Comité au chef de l’Etat, son instrumentalisation à des fins politiques, la complaisance dans le recrutement, l’inefficacité de l’administration, la corruption, le budget trop élevé de l’armée nationale, le manque d’infrastructures de télécommunication.
A toutes ces questions, des réponses adéquates ont été fournies par Ann. Et apparemment, l’auditoire a été satisfait de la façon dont s’est déroulé cette rencontre entre l’intelligentsia Newyorkaise et un des Vices Présidents du CASSSE.
Le mot de la fin reviendra à son Excellence Monsieur l’Ambassadeur, Ibrahima Sory Sow qui remerciera et félicitera le conférencier pour sa brillante intervention et surtout sa maitrise du dossier. Et enfin, en remerciant également les intellectuels qui étaient présents à la conférence, l’Ambassadeur encouragera la tenue fréquente de telles rencontres entre les intellectuels guinéens en vue de donner à chacun, la chance de participer à l’édification d’une Guinée paisible, prospère et démocratique.
Bangaly Condé « Malbanga »
pour www.guineeactu.com
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