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La nouvelle augmentation du prix du pétrole à la pompe aurait suscité des réactions vives, si l’argument de la conjoncture internationale qui la rend opportune n’avait été tenu. Cependant, le contexte économique de notre pays, avec tout ce qu’il génère comme misère sociale se prête-t-il à l’application de certaines mesures fussent-elles dictées par des intérêts plus alléchants ? Surtout que le gouvernement Kouyaté, né d’une situation de crise, a pour mission essentielle de soulager des populations fatiguées de la précarité de leurs conditions d’existence. Au Burkina Faso, au Cameroun, au Sénégal, en Côte d’ivoire ce sont les manifestations contre la vie chère qui sont à l’ordre du jour. En Guinée, c’est avec résignation que la situation est vécue. En lieu et place de la grève promise, c’est un nouveau calvaire qui est servi aux Guinéens, comme pour leur dire : « Nous ne manquons pas d’initiatives pour vous agiter ». Seulement, la charrue semble avoir été placée devant les bœufs. Les mesures d’accompagnement viendront bien après, pourvu que l’occasion soit donnée. En vérité, la grève ne pouvait avoir lieu, puisque les syndicalistes ne savaient plus contre qui sortir les masses populaires. La date butoir du 31 mars était moins celle d’un poisson d’Avril en perspective que celle d’un poulet de mer. La surprise réservée est enfin révélée : Une augmentation du prix du carburant et du transport. Tout le reste viendra de lui-même, comme par enchantement, sur le marché de la consommation. Si le gouvernement, soutenu par ses syndicalistes - ce qui est tout légitime - estime avoir répondu à des exigences dictées par ce phénomène implacable appelé conjoncture internationale, la conjoncture nationale, particulièrement difficile pour le pauvre consommateur ne fera que céder la place. Surtout que la Guinée n’a pas encore commencé d’exploiter son pétrole off-shore. Les populations étouffent sous les effets négatifs des nouvelles dispositions. Le transport, sur certains tronçons, a été majoré de près de 90%. Il faut s’attendre, dans les prochains jours à de nouvelles flambées de prix des denrées de première nécessité sur le marché. Si le gouvernement estime gagner quelques longueurs, dans son bon économique sur les autres pays, la prise en compte des gémissements populaires lui permettrait d’éviter des excès dans l’adoption de certaines mesures impopulaires. La pauvreté du Guinéen n’est pas une caricature pour amuser la galerie, c’est le vécu quotidien. La suppression des taxes sur les denrées alimentaires, et tous ces bus indiens dont on vante les performances sont en passe d’appartenir aux contes persans. Et même si les taxes étaient supprimées, quels effets immédiats cela aurait-il sur le pouvoir d’achat des populations dont les 60% sont sans emploi ? Faut-il rappeler à l’intention de ceux qui pensent que pour lutter contre la vie chère, il faut la rendre plus chère, que le salaire du Guinéen est le plus bas de tous les pays qui en sont frappés. Le salaire de base d’un professeur d’enseignement secondaire au Mali est de 90.000 FCFA, (plus de 900.000GNF) soit le triple de celui de son collègue guinéen. Quand le SLECG avait demandé au gouvernement, il y a juste deux ans, une augmentation de 500% en faveur des enseignants, il savait bien de quoi il parlait. Il reste à savoir comment le gouvernement Kouyaté parviendra à gérer la nouvelle situation, sans faire déborder le vase. Où est le changement souhaité ? Thierno Dayèdio, L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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