Un décret du président de la transition, le général Sékouba Konaté, a fixé le premier tour des élections présidentielles au 27 juin 2010. Et, à plusieurs reprises, en Guinée comme à l’extérieur du pays, Sékouba Konaté a réitéré sa volonté d’organiser le scrutin à la date indiquée. Toutefois, et à en croire certaines indiscrétions, cette date sera immanquablement reportée et l’on estime que le premier tour du scrutin présidentiel aura probablement lieu à …fin novembre 2010.
S’il y a une constance au niveau des populations guinéennes, les acteurs politiques tout comme la communauté internationale, c’est l’organisation enfin dans ce pays d’élections libres, transparentes et acceptables par tous. Mais là où les avis divergent, c’est la date de ces élections. Des partis politiques comme le RPG et l’UFDG veulent de ces élections maintenant et tout de suite, se sentant peut-être ''prêts'', quitte à ce que des élections bâclées soient organisées.
En réalité, leurs inquiétudes se situent ailleurs. Le spectre des audits – dont les résultats sont déjà disponibles attendant le feu vert de Sékouba Konaté pour publication – plane sur Cellou Dalein Diallo, qui voudrait des élections maintenant avant la publication du résultat des investigations de la Commission d’audit. Cette commission a clos ses travaux en ce qui concerne les affaires Air-Guinée, les Rails, Friguia, autant de dossiers dans lesquels revient le nom du leader de l’UFDG. L’affaire du détournement des 23 millions de dollars de la koweitian investment autority (affaire fonds koweitien) par Idrissa Thiam et sa bande, est également close et l’on n’attend plus que la publication des résultats et le transfert de tous ces dossiers à la justice.
Quant au leader du RPG dont la cotte de mobilisation est au plus bas, la question de la limite d’âge reste le cauchemar du Pr (?) Alpha Condé, 76 ans révolus, malade, et qui vient dernièrement de subir deux opérations chirurgicales difficiles. Le souci de monsieur Condé qui veut vite aller aux élections, c’est d’empêcher le Conseil national de transition (CNT) de statuer sur la limite d’âge. Et l’âge et la maladie faisant, c’est naturel que monsieur Condé soit pressé. Toutefois, les membres du CNT ont déclaré que personne ne sera exclu.
Il faut comprendre par là qu’ils feront en sorte que ni les audits, ni la limite d’âge ne viennent empêcher un délinquant économique et un mathusalem d’être candidat. Un raccourci fort simple trouvé par le CNT ou plutôt une irresponsabilité grave qui aura des conséquences fâcheuses inévitables pour le pays. Parce que, la Guinée a aujourd’hui l’occasion de bâtir des lois fortes pour ce pays et qui résiste au temps. C’est une occasion historique qu’il ne faut pas rater. Il ne s’agit pas de Cellou Dalein Diallo ou du Pr (?) Alpha Condé, c’est plus fort que ça, mais il s’agit du devenir de cette nation. Et à ce niveau, le CNT a un rôle historique à jouer. Les lois qui sortiront des travaux du CNT doivent pouvoir résister au temps afin d’éviter désormais à ce pays toute dictature personnelle.
L’histoire, ce faisant, jugera, en bien comme en mal, tous ceux qui auront été chargés de faire ces lois. Parce que, si l’on en croit certaines indiscrétions provenant de ce CNT, l’on voudrait laisser le soin au président élu de toiletter définitivement la Loi fondamentale en ce qui concerne les aspects âges et c’est à ce même président que devra revenir l’opportunité ou non de donner suite aux audits. Si ces idées se matérialisaient, la Guinée raterait là également une autre occasion. S’agirait-il alors vraiment de malédiction ?
Il est un secret de polichinelle qu’avec les réalités africaines, le nouveau président fera en sorte que les lois qu’il fera soient à son avantage. Pour éviter dans ce sens toute dictature personnelle à l’avenir, le CNT a pour mission de doter le pays de lois inviolables afin que leur non-respect entraine une désobéissance civile. Les femmes et les hommes qui composent ce CNT ne sont pas forcément les meilleurs de ce pays, mais on ne peut les accuser de ne pas aimer ce pays et leurs enfants à qui des lois bien faites profiteront.
A eux de ne pas sacrifier ce pays sur l’autel des ambitions d’un leader politique. C’est pourquoi même pour la date des élections, certains pensent qu’il ne faut pas se précipiter pour installer un prince, mais travailler en sorte, quel que soit le temps, afin que le résultat des urnes ne soit pas contesté. Certains membres de la CENI ont déjà compris cela et estiment, en toute logique et techniquement, que la date de novembre 2010 est mieux indiquée pour le premier tour du scrutin présidentiel.
Nous y reviendrons.
Germaine TOGBA
Source : Aujourd'hui en Guinée
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