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"Ce n'est pas vous qui m'aviez donné le pouvoir, vous parlez à un Président de la République .Ne me parlez pas comme ça. Je suis président de la république. Si aujourd'hui, je me rends en Allemagne, c'est votre chancelière qui va me recevoir. Respectez mon statut. Ce n'est pas votre vocation de vous immiscer dans nos affaires intérieures. J'ai beaucoup de respect pour vous pour ce que l'Allemagne m'a légué et parce que vous représentez la nation allemande. C'est une provocation, vous voulez créer des problèmes. Je ne suis pas votre égal. Ne me prenez pas pour votre gamin... Allez- y vous asseoir !"
Cette sortie mémorable du gaffeur National a mis tous les Guinéens responsables dans l'embarras, car ne reflétant pas la manière ordinaire de comportement dans les relations internationales. Quel était le crime de lèse-majesté dont le charmant diplomate s'était rendu coupable?
L'esprit de la "conférence"
« J’ai dit que je suis d’accord avec les élections en 2009 sans consulter les membres du CNDD, les membres du gouvernement, les guinéens de l’intérieur et ceux de l’extérieur. Il ne reste plus que 4 mois pour la fin de l’année». En clair, une demande de chèque en blanc par Dadis, pour la durée de la transition. Nos partis politiques, à l'exception notable du seul NFD de Moctar Diallo, font assaut de courbettes devant le "Génie" national.
D'où la question du diplomate, représentant de L'UE " Il y’a des inquiétudes, vous avez dit que vous ne serez pas candidat pour les élections en 2009, est ce que ça veut dire que vous pourrez être candidat en 2010 ? "
Dadis devait simplement confirmer ce à quoi il s'était solennellement engagé devant les forces vives et la communauté internationale. Nous apprenons incidemment que Dadis , qui exige de manière frénétique le respect, ne consulte pas les autres membres du CNDD pour parler en leur nom, ce qui est bien le reflet de son caractère solitaire. Le bien nommé "président" de la transparence se révèle être un vulgaire champion de l'opacité et du manque de respect.
Dadis finit par s'excuser un peu n'importe comment:
"J’ai accompagné des députés allemands au camp Alpha Yaya. Nous avons rencontré le président Dadis. C’était d’ailleurs la première fois que je le voyais en tenue civile. Il portait un T-shirt noir sur lequel était écrit Puma qui est une marque de vêtement sportif allemand. Il a parlé de ses expériences en Allemagne dans les années 90 pour 3 ans et celles de 2003 à 2005. Il a dit qu’il a été agréablement surpris par la qualité de la formation qu’il a reçue en Allemagne. Il a dit qu’il est un patriote guinéen qui a comme référence l’Allemagne. Il a même demandé aux députés d’envoyer des investisseurs allemands en Guinée. Dans une atmosphère détendue, nous avons convenu que c’était un malentendu, moi je lui ai rassuré ma loyauté et ma disponibilité au nom de l’Allemagne et de l’Union Européenne à soutenir la Transition en 2009".
Le moins que l'on puisse dire, c'est que Dadis manipule la diplomatie de la même manière que nos militaires tirent à la mitrailleuse, c'est-à dire avec une lourdeur certaine et sans discernement, et un évident manque de nuances. Monsieur l'ambassadeur est le représentant de son pays et de la Communauté Européenne. Ces notions doivent dépasser la capacité de synthèse de certaine Excellence. Côté vestimentaire, je ne vois pas la Chancelière allemande recevoir l'ambassadeur des "Rivières du sud" en bonnet de Donzo et jupe témouré.
Il ne manquerait plus que notre vaillante Excellence nous signe un énième décret demandant à tous les Guinéens de porter le chapeau tyrolien, de mettre un peu d'eau dans leur..bière bavaroise (pardon aux non buveurs) et de ne plus circuler qu'en Mercédès (même vieilles, ce sont d'excellentes voitures..)
Leçon essentielle à tirer de cet incident
Le (fin) diplomate allemand, sans rien céder sur les principes (transition en 2009, sans compromis possible) a adroitement mis l'incident sur le compte d'un simple "malentendu". Evidemment que tout le monde le croit…Du baume sur l'égo hypertrophié de son Excellence et une bonne leçon pour nos "diplomates", qui ne brillent souvent que par leurs capacités à aligner des titres ronflants abandonnés partout ailleurs. Et se font invariablement rouler par le premier aigrefin venu.
La leçon, pour Dadis, est tout autre: il se ridiculise un peu plus. Mais il semblerait qu'il n'en ait pas vraiment conscience. A se demander à quoi servent la vingtaine et plus de conseillers spéciaux du "président".
La diplomatie, c'est avant tout un art complexe, et comme tout art, n'est pas à la portée du premier (fusil) venu.
Thierno A DIALLO
www.guineeactu.com
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