lundi 18 février 2008
Lansana Conté, le dernier lion de la tanière
Lansana Conté

Le 3 avril 1984, un groupe d’officiers supérieurs et subalternes use du coup de force, pour éviter que le pouvoir ne tombe entre les mains des présumés héritiers du président Ahmed Sékou Touré, décédé il y a juste une semaine.

L’opération n’aura duré que juste le temps de mettre aux arrêts tous ces dignitaires ayant, 26 années durant, abusé du peuple et contraint de nombreux intellectuels à l’exil. Ceux n’ayant pu avoir cette chance seront incarcérés au  Camp Boiro, un pénitencier tristement célèbre, pour avoir servi de lieu de détention à bien des serviteurs de l’Etat, anciens compagnons de l’indépendance tombés dans la disgrâce, après avoir été victimes de délation et autres machinations des proches de la famille présidentielle.

La junte militaire sous la conduite du colonel Lansana Kouyaté s’empare du pouvoir et se livre à des promesses dont, entre autres, respecter de tous les droits civiques, combattre l’injustice, l’intolérance, lutter contre la pauvreté, réaliser le bien-être social.

Si les premiers sentiments sont les meilleurs, il faut reconnaître que la gestion du pouvoir au fil des années a permis de comprendre que le président Conté qui s’est débarrassé de ses premiers compagnons - Diarra Traoré, le deuxième homme du régime a été liquidé, après avoir été accusé de fomenter un coup d’état - pour disposer d’une marge de manœuvre suffisante, ne veut pas de contestations. L’avènement du pluralisme politique dans les années 90, quelques mois avant le Sommet de la Baule, n’est qu’un subterfuge assez subtil, pour mettre son pouvoir à l’abri des mouvements générés par le vent démocratique qui a eu raison de certains pouvoirs dictatoriaux comme celui du général Moussa Traoré du Mali. Le président Conté parviendra à tirer son épingle du jeu, mais sans pouvoir convaincre de sa volonté de souscrire au partage du pouvoir.

Cependant, le général Conté, redoutant d’éventuels remous sociaux avait, auparavant, suggéré qu’il y ait seulement deux partis politiques dans le pays. Ce à quoi s’opposeront les futurs leaders politiques dont chacun envoûté par ses ambitions, n’entendait qu’à se voir un jour élu président de la République. C’est ainsi qu’il y eut autant de partis que de sensibilités. Un fait qui va aboutir, à la longue, à une sorte de confusion au sein de l’opposition politique guinéenne. Du côté du pouvoir, les premiers sentiments devaient subir des influences perverses. Le président Conté qui comptait sur l’apport des Hauts cadres guinéens - dont certains condamnés à mort par le régime défunt - rentrés de l’exil à la faveur de la mesure de tolérance instaurée, se serait vu isolé si des anciens dignitaires de la période révolutionnaire, ayant échappé à « l’échafaud », ne l’avaient rejoint pour lui manifester leur fidélité. Deux camps venaient de se constituer par le fait des intérêts. La mouvance présidentielle et tout ce qu’elle comporte de partis et associations, d’une part, et de l’autre, l’opposition politique désunie du fait de la cacophonie qui y existe. L’environnement du pouvoir finira par être le lieu de rencontre de tous ces anciens rescapés du système décrié, désormais devenus les défenseurs acharnés du nouveau pouvoir.

Les choses vont commencé à pourrir, puisque, toute idée d’alternance politique était désormais assimilée à une action de déstabilisation du régime militaire soutenu par le parti du pouvoir.  Les élections qui vont suivre, au fil des années, auront les mêmes  résultats. Le président Conté devient le champion imbattable. L’opposition politique, fatiguée, finira par se livrer à des prises de positions spectaculaires où discours et dénonciations joueront un rôle plutôt émouvant. Les dernières grèves qui ont conduit à la nomination d’un premier ministre chef du gouvernement, ne changeront rien à la donne. Le président Conté ne partage ni son pouvoir ni ne supporte une collaboration sur les bases d’un compromis dont il n’a pas lui même, volontairement, défini les règles. Le cas actuel, fondé sur un certain protocole d’accord, ne représente à ses yeux qu’un défi auquel sa nature ne peut se soumettre. L’homme est d’autant tout entier dans son esprit qu’il l’est dans son fauteuil. Il ne faut, cependant, pas tomber dans l’erreur, en pensant qu’un mouvement de masse le fera lâcher prise. Le président Conté ne se divertit que dans l’adversité et n’entend fléchir que pour revenir encore plus fort à la charge.

Ne faudrait-il pas composer avec lui en attendant que le destin qui l’a propulsé, de façon inattendue, à la tête du pays, l’en retire un de ces jours, comme ce fut le cas de son prédécesseur qui avait même eu le sentiment d’être immortel ?

Le vieux lion au soir de son règne est plus dangereux que lorsqu’il avait encore la maîtrise des ses actions. A bon entendeur salut.

Correspondance de Conakry pour www.guineeactu.com    

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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