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Le 22 décembre dernier, le Général Lansana Conté rendait l’âme, laissant derrière lui une Guinée plus que jamais pauvre et un peuple à l’agonie à qui il manque tout, vraiment tout. Des soins de santé adéquats, de l’eau, de l’électricité. Un pays à qui il manque des infrastructures routières, sportives et culturelles. Un pays où il manque des écoles, des universités, des instituts de recherche et de formation professionnelle de qualité. Un pays où il manque la sécurité, la liberté et la justice. Cette liste est bien évidemment loin d’être exhaustive. Il manque tout, je me répète, et il en manque partout. Aucun domaine sociopolitique ou économique du pays n’est épargné. Partout c’est la même précarité, c’est le sable sec du désert.
Lansana Conté est donc parti avec ses qualités, mais aussi avec ses énormes défauts. Ces qualités, pour moi, sont d’abord qu’il fut un bon soldat guinéen. Il a été jusqu’au bout, durant ses années de simple soldat, fidèle aux institutions de la République. Un soldat qui a été partout où les autorités politiques ont voulu qu’il aille pour servir son pays et les peuples opprimés. Il a rendu à la Guinée et à l’Afrique, en tant que soldat, de grands services qui méritent selon moi, d’être dits. Qu’il en soit remercié ! C’est aussi quelqu’un qui dit ce qu’il pense. Certainement pas toujours dans le sens souhaité et en adéquation avec ses fonctions, mais il a le mérite de dire à sa façon ce qu’il pense.
Cependant, du bon et loyal soldat, Lansana Conté est passé au titre du plus mauvais Président africain du 20e siècle. Ce grand défaut, l’histoire l’aura noté à l’encre indélébile. Lansana Conté a dirigé la Guinée d’une main de fer pendant 25 ans. Il a confisqué la liberté, formé des clans dans le pays, bafoué les institutions de la république, banalisé l’Etat et personnalisé le pouvoir public. La Guinée de Lansana Conté a été une République bananière. Un pays où la corruption, le grand banditisme, le clientélisme, le trafic d’influence, l’impunité, on peut en citer des centaines de chapelets, ont fini par être la règle. Une dictature pure et dure. Un pays qui a perdu toute foi en la constitution qui fonde la légitimité de l’Etat et de la puissance publique.
C’est dans cette constellation que l’armée, oui encore elle, a dû agir pour esquiver la continuation du système Conté, avec l’arrivée du CNDD et son Président, le Capitaine Moussa Dadis Camara au pouvoir. Mais, je suis partagé ! Je suis partagé entre un sentiment de méfiance et un sentiment d’optimisme bien contrôlé.
A entendre le Capitaine Moussa Dadis Camara parler, il est difficile de résister à la tentation d’être extrêmement optimiste. Surtout lorsque l’on est quelqu’un de bien déterminé à travailler à ce que la jeunesse ait son mot à dire dans ce pays. J’ai dû me battre contre mes convictions de légaliste pour lui offrir le bénéfice du doute. Je veux croire que sa jeunesse et son inexpérience pourront constituer un atout pour aller dans le bon sens. L’expérience ayant montré que ce n’est pas toujours qu’elle (je parle ainsi de l’expérience elle-même) constitue un atout dans l’exercice d’un métier ou d’une autre fonction, même celle politique, même celle de chef de l’Etat.
A présent, il y a donc lieu de penser, non sans angoisse, à ce que la Guinée, pour la première fois de son histoire, connaisse des élections libres et démocratiques. Les propos du premier ministre qui vont dans ce sens ne peuvent que permettre davantage d’espérer. On ne peut pas en tout cas soutenir qu’il ne connaît pas les problèmes guinéens. En effet, il en a cité les plus pertinents lors de la passation de service qu’il a eue avec le premier ministre sortant. Il y a lieu de convenir qu’aucun médecin ne peut apporter les remèdes adéquats à une maladie qu’il n'a pas bien diagnostiquée. Pour guérir un mal il faut avoir l'aptitude de le reconnaître comme tel. Et Monsieur le premier ministre a bien diganostiqué le mal de la Guinée. Souhaitons qu’il ait toute la force et tous les moyens nécessaires pour prescrire à la Guinée les médicaments dont elle a besoin.
Par ailleurs, l’heure n’est plus à la région ou à l’ethnie, mais à la Guinée, notre patrie que nous aimons tous. Le temps est venu pour la Guinée et sa jeune génération de sauver le pays. La jeunesse, à travers les mouvements de janvier et de février 2007, l’a exprimé avec une éloquence incontestable. Elle a perdu plus de 200 personnes pour manifester son aspiration à la liberté, à la démocratie, au bien-être. A présent ce sont les jeunes soldats qui, de leur manière, ont voulu faire entendre la voix de la jeunesse.
La Guinée ne doit plus être gouvernée par la médiocrité, par des opportunistes corrompus, par des égoïstes machiavéliques, par des laveurs de chats qui ne disent jamais au chef ce qu’ils font ou ne font jamais ce qu’ils disent.
Le pont entre la Guinée d’hier et la Guinée de demain constitue ce grand chantier que le Capitaine Dadis, le CNDD et le premier Ministre Komara sont en train de bâtir. Et là, ils doivent bénéficier du soutien de tous les Guinéens. Surtout de la jeunesse. Et quand je parle de la jeunesse, je ne pense pas des gens de 50 et plus. Mais de 25 et plus. La jeunesse guinéenne doit être plus présente sur la scène politico-économique du pays. Elle doit s’affirmer davantage. L’administration doit être plus métissée. Les bandits à cols blancs, eux aussi, doivent être démasqués et traduits devant les juridictions compétentes. Ceci devrait aussi marquer le début de la nouvelle ère.
La Guinée de demain a besoin d’un Chef d’Etat n’ayant pas trempé dans des histoires de corruption et de détournement de deniers publics. Elle a besoin d’un chef rassembleur au-delà d’une région ou d’une ethnie, qui veuille travailler avec tout le monde sans discrimination aucune, quelqu’un qui est prêt à responsabiliser la jeunesse et les femmes. Elle a besoin d’un chef qui croit dans le libéralisme économique civilisé, un Président de la République qui mise sur la promotion des compétences et la récompense du mérite. Il doit aussi croire en la constitution du pays et aux attributs de la démocratie. Cette Guinée-là est celle qu’incarne le président Bah Ousmane. C’est pourquoi je suis très confiant quant au fait que le peuple de Guinée découvrira prochainement en lui, un Président de la République qui marquera totalement la différence afin que la Guinée puisse entrer de plain-pied et de facon irréversible dans le concert des nations démocratiques et redonner à son peuple toute sa dignité.
Alhassane Diallo pour www.guineeactu.com
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