mardi 23 décembre 2008
Lansana Conté : Bolibana !
El Hajj Saïdou Nour Bokoum

Pour certains, le jour des comptes annoncé avec force menace par les saintes écritures, coïncide malencontreusement avec de sincères moments de compassion. Le président Conté s’en va en nous jetant sur cette funèbre balance du bien et du mal, où cependant tout croyant est amené à surmonter cette perplexité devant un choix facile au bout du compte : murmurer « qu’Allaha Tout Puissant ait pitié de lui ! »

 

Depuis 2003, en tout cas depuis la cavalcade de décrets et contre-décrets opposant un Sultan et un Cellou, (ou alors s’agissait-il d’un autre feuilleton où déjà l’Etat n’avait plus sa tête) qui ont abouti au limogeage de ce dernier après un mandat clandestin de quelques heures, la cause était entendue pour tout observateur de la lente dégradation de la santé du Président soigneusement instrumentalisée par la montée en puissance de cabinets fantômes, machinés ensemble par des revenants, des grigrimans, orchestrant cette danse du ventre, comme pour narguer les ventres affamés des hordes qui finirent par se répandre dans les rues et sentiers de nos faubourgs et campagnes en janvier-février 2007.

 

Mais la Guinée n’était plus gouvernée que par un « coup d’Etat permanent »(1) qui de jour en jour replongeait le pays dans l’abîme d’où il cherchait à remonter, cela par des gouvernements aux dénominations qui vont maintenant rejoindre le bric-à-brac folklorique du vocabulaire des farces villageoises. Les nombreuses premières dames à qui nous devons présenter nos condoléances, après les larmes et le choc toujours brutal malgré ce qu’elles savaient, ont participé au théâtre d’ombres chinoises qui nous laisse dans les ténèbres d’une succession déjà annoncée tambour battant. Ces mères éplorées devront prendre du champ et ne pas participer au lamento des crocodiles qui ont hâtivement revêtu les couleurs déjà délavées des larmes de circonstance.

 

Quarante jours de deuil national.

 

 Il ne restera plus que vingt jours pour organiser la transparence de l’alternance. C’est un peu court. N’est-ce pas se livrer à de la profanation que de se demander où en sont les urnes, la révision des listes et autres interrogations qui friseraient la mécréance !

 

« Malheur à toi homme de peu de foi ! Face à la mort il faut d’abord se recueillir. »

 

Quarante jours dans la vie d’une nation qui attend depuis cinquante ans qu’il se passe quelque chose, un peu d’eau, un peu d’électricité, un peu de tout, quarante jours, c’est un peu longuet.

 

Voilà, s’il y avait du calcul dans ce scénario, il faudrait rappeler que le peuple de Guinée « est rôdé dans ça »(2) ! Voilà 26 ans que dis-je, cinquante ans qu’il est en deuil.

Il a déjà fait la différence entre festivité et deuil, à l’occasion d’un certain cinquantenaire mort-né.

Il paraît que l’article 34 et la Loi fondamentale sont déjà activés. La haute hiérarchie de l’armée a déjà annoncé le déploiement des forces armées aux frontières. Le peuple doit rester tranquille. Il faut d’abord pleurer le grand disparu une petite semaine. Pour s’assurer qu’il est bien parti. Ensuite danser, comme le 3 Avril.

 

Arrêtons donc de tourner autour d’un mausolée. Car voici comment un véritable leadership aurait dû traduire la volonté du peuple debout des chaudes journées de janvier-février, travestie, par des accords tripartites qui ont depuis, rejoint la poubelle de l’Histoire.

 

Gouvernement, Institutions républicaines, Militaires, Syndicats, Partis politiques, Société civile, mettez-vous autour d’une table (ronde), étalez dessus la Loi fondamentale comme carte d’Etat-major et non comme torchon, entourez-vous de juristes, de sages, de femmes, de jeunes même chômeurs, et formez un gouvernement d’union nationale qui organise des élections dignes du peuple du 28 septembre.

 

Hier j’ai rêvé de l’article 34, des accords tripartites enveloppés dans la loi fondamentale. C’était comme une chèvre, un zombi à trois pattes, maigre, chétif, qui n’avait que les os et la peau. Une procession qui ressemblait aux bacchanales de Dionysos. Mamayeuses, Niamous de la forêt sacrée, étoiles du marbayassa de notre Mandé ancestral, Kakilambè du Kakandé, Guéréwol oublié du Foutah , revêtus de peaux de chèvres, ivres du vin du demi-dieu vêtu du sôbi en coupures flambant neuf, monnaie de singe, témoignages de notre banqueroute cinquantenaire, suivis des prêtres, des imams, des nobles et honorables dames-institutions républicaines drapées dans leur nouvelle dignité ramassée dans la tombe qu’ils savaient déjà creusée pour l’illustre disparu, et enfin, la longue queue du peuple chantant, quoi qu’invisible. Où était-il donc passé ? Toutefois, j’entendais le fameux refrain de la « bâtardise des indépendances » (Amadou Kourouma, revu par Alpha Blondy) :

 

« Vive le Président, à bas le Général ! »

 

Ils avaient entamé un nouveau marathon de 26 ans.

 

Ils avaient faim

Ils avaient soif

Il n’y avait pas d’eau

Il n’y avait pas d’électricité

Sans pantalons

Sans chemise.

 

Je n’ai jamais fait cauchemar aussi horrible.

A mon réveil j’ai craché trois fois en me réfugiant en Dieu contre les chuchotements de Shaytane. Avant de pouvoir souffler, « ce n’était qu’un rêve ! »

Dehors le soleil brillait de toute sa splendeur tropicale.

J’ai cru entendre une conversation dont je n’ai retenu que quelques bribes,

« ..rien ne sera plus comme avant, rien sans nous... » Entrelardées de 

« Yé fouré ! Coyah yé.. »

 

Wa salam.

 

El Hajj Saïdou Nour Bokoum
pour www.guineeactu.com

 

Notes

1 Titre d’un fameux ouvrage de F. Mittérand, éd. Plon, 1964

2 Propos de Lansana Conté en campagne, s’adressant à une foule qu’il soupçonnait peut-être, comme étant celle-là même qui accueillait avec le même enthousiasme Siradiou Diallo, Alpha Condé, Ba Mamadou.

 

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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