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Cérémonie inaugurale modeste mais discours politique fumant et détonnant. Le lancement des activités de l’Union des Forces du Changement (UFC) qui s’est déroulé le 27 juillet dernier dans le cadre enchanteur d’un hôtel de Conakry a servi de tribune pour son président Aboubacar Sylla qui a fait un réquisitoire sévère de la crise guinéenne.
Annonçant les couleurs, il décrit l’UFC comme « un instrument politique nouveau capable de sortir des sentiers battus, capable d’innovation, d’imagination et de créativité afin de réconcilier nombre de nos compatriotes avec la politique qui est une science qui a ceci de merveilleux qu’elle ne peut se faire qu’avec les hommes et pour les hommes ». Comme lassés de rester loin du terrain politique, lui et ses compagnons ont donc décidé de « ne plus subir mais agir, pour être non plus un objet passif mais un acteur dynamique de l’évolution de notre pays ».
Aboubacar Sylla garantit que l’UFC est un parti politique ouvert à tous les citoyens sans distinction de région, d’ethnie, de langue ou de confession, « un parti qui se veut porteur de changement de la vie politique, sociale, économique et culturelle de notre pays ».
L’UFC, un parti de plus ? M. Sylla assure que sa formation politique ne viendra pas « allonger une liste déjà pléthorique de mouvements politiques dont la plupart n’existent que de nom ». D’où la détermination des fondateurs de l’UFC de « faire la politique autrement ».
De quoi cela retourne-t-il réellement ? Il s’agit de promouvoir la démocratie au sein même du parti afin que « l’UFC ne soit pas la propriété de son leader » qui ne doit en aucun cas être « un Président de parti à vie, à l’image de la quasi-totalité des formations politiques déjà créées », affirme Aboubacar Sylla. « Faire la politique autrement », renchérit-il, « c’est enfin adopter une posture critique vis-à-vis de la gestion des autorités politiques actuelles, car nous voulons être une alternative crédible au pouvoir en place. » L’UFC, persiste et signe son président, « réfute l’idée prônée par nombre de partis politiques qui, sous prétexte que le CNDD n’est qu’un organe de transition, estiment qu’il ne saurait y avoir d’opposition politique en Guinée dans le contexte actuel. »
Mais c’est dans la deuxième partie de son discours inaugural que Aboubacar Sylla sonnera le tocsin sur l’état actuel de la Guinée. Pour lui, la Guinée souffre d’une crise « politique, économique et identitaire qui est le reflet d’une grave crise morale ». Dans la Guinée d’aujourd’hui, assène-t-il, « L’effondrement des valeurs morales gangrène inexorablement toutes les structures publiques, favorise l’érosion des principes d’autorité, corrompt les liens sociaux, de la famille jusqu’à la nation, enferme les citoyens dans le cocon individualiste et mine les espérances collectives ».
Puis, c’est l’estocade : « Tous les citoyens conscients se désolent d’une société guinéenne sans passion, sans caractère, sans règle, sans admiration, sans conviction politique réelle, parfois frénétique par excès, souvent apathique par résignation, une société qui n’a pas su encore s’élever au niveau des défis qui l’interpellent. » Et l’orateur de se demander si cela est dû au fait que la Guinée n’a pas su se doter des dirigeants qu’elle mérite. S’il estime que la réponse appartient à l’histoire, il prévient tout de même que « se complaire dans une telle aberration serait se résigner à une sorte de suicide collectif et admettre que la Guinée est condamnée à demeurer dans la situation de détresse qui est actuellement la sienne. »
Le président de l’UFC insiste sur l’urgence d’une réflexion sur la destinée de la Guinée et des Guinéens « sinon notre pays s’achemine inexorablement vers une décadence morale, prélude à un Etat anarchique dont on ne fait que commencer, aujourd’hui, à mesurer l’ampleur et les conséquences ».
Enfonçant le clou, Aboubacar Sylla estime que « jamais le pays ne s’est rapproché à ce point de l’abîme et le désespoir a déjà gagné la quasi-totalité des populations ». Il a également dénoncé l’accaparement de l’Etat par ceux qui en ont la charge.
Par ailleurs, le leader de l’Union des Forces du changement s’est élevé contre la démagogie et la corruption qui sont devenues « au fil du temps, les deux mamelles de notre pays qui sombre inexorablement dans la décadence avant de s’enfoncer dans un chaos dont les prémisses sont déjà bien présents dans la vie de tous les jours. »
L’ancien ministre de l’Information a surtout fustigé la responsabilité de trop de cadres guinéens de l’administration publique comme du secteur privé, qui « ont déjà mordu à belles dents dans le fruit défendu de la corruption et ont goûté à l’argent facile des détournements ». Et de se désoler devant la difficulté de trouver « des chevaliers du renouveau capables de symboliser et de mettre en œuvre la renaissance dont le pays a le plus grand besoin ».
Aboubacar Sylla pense cependant qu’on peut sauver les meubles car, dit-il, « il existe encore en Guinée des cadres honnêtes, compétents et patriotes. Certes, ils ne sont pas légion car l’élite guinéenne a depuis fort longtemps renoncé, par opportunisme et par lâcheté, à défendre le code de valeurs de notre nation. Mais ils existent encore, ces cadres dont l’intégrité morale a résisté aux tentations et à l’usure du temps ».
Plus loin, le président de l’UFC s’est attardé sur l’immense espoir suscité par l’avènement du CNDD le 23 décembre 2008 estimant que « force est de reconnaître aujourd’hui que les nouveaux dirigeants qu’un heureux concours de circonstances a désignés pour présider aux destinées de la Guinée, ne semblent pas encore s’armer de la détermination à toute épreuve nécessaire au réarmement moral et au renouveau national capables de donner un sens au sacrifice ultime consenti, lors des évènements de janvier-février 2007, par des jeunes patriotes qui ont bravé sans hésiter les matraques et les fusils pour l’avènement d’une Guinée meilleure ».
Profession de foi de Aboubacar Sylla qui, bien que inquiet sur le présent, affirme demeurer optimiste sur l’avenir. « Car, il me semble que si nous sommes dans une situation bien pire que nous ne pensons, nous pouvons nous en sortir mieux et plus vite que nous ne croyons. Car les solutions existent et les hommes pour les appliquer aussi ». En tout cas, le président de l’UFC clame la détermination des Guinéens à faire l’histoire au lieu de la subir. « C’est cette nouvelle donne qui est la clef du succès et la garantie que rien sera plus comme avant ».
Concluant son discours liminaire lors de cette cérémonie inaugurale, Aboubacar Sylla affirme que « c’est dans cette conviction que réside l’essence même de la création de l’Union des Forces du Changement car, qu’on le veuille ou non, une nouvelle page qui marque le début d’une nouvelle ère est en train de s’ouvrir dans l’histoire tourmentée de notre pays ».
Talibé Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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