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Nous venons de vivre de nouveau l’immaturité ou la mauvaise foi du Président de la CENI, organe central des élections libres et transparentes attendues par l’ensemble des Guinéens. Début Septembre 2009, ce Monsieur disait à tout le monde, que les élections pouvaient se tenir sans aucune difficulté le 31 Janvier 2010.
M. Sékou Ben Sylla Président de la CENI dans une conférence de presse du 21 Janvier 2010 fixe la date de l’élection présidentielle le 27 Juin 2010 et ajoute aussitôt que les Guinéens vivant à l’étranger seront exclus de l’élection présidentielle.
De qui se moque-t-on ? Quel est le fondement juridique sur lequel ce Monsieur se base pour prôner une telle décision aux conséquences incalculables ? Qui l’a autorisé à raconter une telle ânerie ? Ne roulerait-il pas pour un groupuscule qui n’a pas les moyens de ses ambitions ? Nous savons tous en effet, que pour les petits partis politiques appelé de manière triviale « Parti cabine téléphonique », dont les militants pourraient presque tenir dans une cabine téléphonique, le fait de minorer le nombre de suffrages exprimé est un gros avantage.
Pour étayer cette analyse prenons l’exemple suivant : Soit un parti politique qui a dix (10) militants et que le suffrage exprimé total soit de cent (100). Ce Parti aura 10% des suffrages exprimés ; si par contre au lieu de cent (100) suffrages exprimés, nous avons mille (1000) suffrages exprimés, alors le même Parti aura cette fois 1% des suffrages exprimés ! Et nous savons tous que 10% est de loin différent de 1% !
C’est pourquoi, les « petits » partis politiques, près de 98% des partis politiques en Guinée, ont intérêt à réduire le nombre de suffrages exprimés.
Cette démarche manifestement partisane fait perdre de vue à ce Monsieur, l’importance des lourdes responsabilités qui sont les siennes. Car, on peut imaginer les conséquences incalculables qui surviendraient à l’annonce des résultats d’une élection organisée dans de telles conditions.
Mais ne dit-on pas à quelque chose malheur est bon ? Ce Monsieur vient de nous rappeler que la CENI est un refuge du PUP dans la mesure où les membres de cette organisation ainsi que sa structure sont à 50% du PUP (un des Partis qui a soutenu la dictature de Conté exactement comme le Parti Des Geôles du sanguinaire Sékou Touré). C’est pourquoi, sa restructuration, en tenant compte des réalités actuelles, est indispensable pour aller à des élections libres et transparentes.
Sans prétendre détenir toute la vérité, on peut d’ores et déjà faire quelques suggestions qui ne nous semblent pas inutiles.
Il est indispensable que le CNT soit un organe délibératif, qui doit cependant avoir recours à des spécialistes de droit constitutionnel. Il y a des Guinéens à l’intérieur et à l’extérieur capables de réfléchir avec plus de discernement sur les termes de la nouvelle constitution. Nous pensons qu’une cinquantaine de technocrates avec la Présidente (syndicaliste) est largement suffisante pour résoudre les choix fondamentaux. Par contre la présence des religieux est une aberration ! En effet, la Guinée est un pays laïc, les considérations mystiques ou surnaturelles ont peu de place dans l’élaboration d’une constitution. En revanche, si certains parmi eux ont des compétences en droit constitutionnel, ils pourront être sollicités à ce titre mais pas en tant que religieux. Enfin, dans le passé, ces religieux n’ont pas toujours brillé par leur soutien aux populations face aux dictateurs qui les opprimaient : Ils ont toujours soutenu les forts contre les faibles alors que leur soutien n’a jamais fait défaut aux dictateurs. Cela était vrai avec le sanguinaire Sékou Touré, les dictatures Conté et Dadis. Il serait plus sage qu’ils retournent dans leur mosquée ou église.
A tout prendre, si nous n’avons pas suffisamment de spécialistes en Droit Constitutionnel en Guinée, il ne serait pas déshonorant de faire appel à des cabinets étrangers.
Nous souhaiterions pour notre pays, un régime parlementaire « pur » pour éviter la très forte personnalisation du pouvoir qui nous a toujours mener vers le culte de la personnalité.
De plus, le régime parlementaire dans certaines conditions va permettre d’éliminer les partis « cabine téléphoniques » d’une part, et l’élection à deux tours uninominal va obliger les « petits partis » à nouer des alliances avec les « grands partis » pour exister.
Il faudrait que le scrutin soit uninominal (et non un scrutin de listes qui permet à des candidats nuls d’être élus), et que tout Guinéen (membre d’un Parti politique ou non) qui souhaite être candidat puisse le faire.
Enfin, dans cette nouvelle constitution, il faudra interdire pour toujours toute organisation ou parti politique ayant soutenu une dictature. Cette dernière disposition doit être rétroactive.
Les Guinéens doivent cesser de faire croire que tout le monde peut tout faire : il y a des juristes et parmi les juristes, il y a des constitutionnalistes pour réécrire les points qui prêtent à débat.
Il faudrait une fois pour toute que les Guinéens cessent de s’exclure sur des motifs fallacieux (ethnies, diaspora …) qui cachent en réalité des intérêts médiocres et mesquins. Nous devons retrouver la voie du bon sens et de l’intérêt général si nous ne voulons pas sombrer dans la tourmente et l’anarchie dans lesquels ne manqueront pas de nous plonger les solutions partisanes et intéressées.
Alpha-Malal BARRY
www.guineeactu.com
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