|
Après 100 jours de transition dans notre pays, la durée de celle-ci est toujours une variable aléatoire multidimensionnelle, d’autres dirons, une équation à plusieurs inconnues. C’est pourquoi, je me permets d’apporter mon analyse sur le débat concernant la durée et le contenu de la transition. A mon avis, deux thèses s’affrontent à ce niveau.
1. « La transition doit durer le temps qu’il faut au capitaine, pour « nettoyer la Guinée »
Les tenants de cette ligne estiment que la Guinée, après 50 ans de dictature, doit d’abord, être nettoyée de fond en comble par le Chef de l’Etat, avant la tenue des premières élections libres et transparentes de l’histoire de la Guinée. Ils pensent qu’un président civil ne pourrait pas lutter efficacement contre la corruption et le trafic de drogue qui gangrènent la Guinée.
Il serait donc souhaitable que l’on donne au capitaine, « le temps qu’il faut pour nettoyer le pays », afin que le Président civil qui émanera des urnes, puisse avoir les coudées franches pour mener à bien son mandat.
J’estime que cette thèse serait acceptable si, et seulement si, on pouvait avoir l’assurance que les choses pourraient se dérouler sans anicroches.
Cependant, il faut admettre qu’entre ce que l’on souhaite et ce qui peut se passer réellement, il peut y avoir un hiatus à ne pas négliger. En effet, rien ne nous assure qu’en durant au pouvoir, pour « nettoyer la Guinée », des forces obscures et malsaines ne vont pas en profiter pour conseiller au capitaine, de garder le pouvoir, sous prétexte que le peuple le souhaite.
En outre, la situation mondiale actuelle, caractérisée par l’une des crises financières les plus importantes que le monde ait connues, n’est pas favorable à une Guinée isolée du reste du monde, sans le soutien de la communauté internationale.
Or, nous savons tous que cette dernière est hostile à tout pouvoir qui ne tirerait pas sa légitimité des urnes. Ainsi, avec un pouvoir militaire, la Guinée sera incapable d’attirer des bailleurs de fonds sérieux, au contraire, elle risque surtout d’être la proie d’investisseurs véreux.
En effet, un investissement trop risqué ne peut attirer que des investisseurs véreux. Or, dans l’état actuel des choses, la Guinée a un coefficient de risque très élevé pour l’investissement. Tant que la Guinée sera dans une situation d’incertitude, aucun bailleur de fonds sérieux ne va se risquer dans un quelconque investissement dans notre pays. C’est pourquoi, plus la Guinée va durer dans une situation « exceptionnelle », moins il y aura de l’investissement, et à terme, les difficultés s’accumulant, les risques de troubles seront inestimables.
2. « La transition en Guinée doit prendre fin au plus tard le 31 Décembre 2009 »
Les tenants de la 2ee option suggèrent que la junte au pouvoir doit organiser les élections avant la fin de l’année 2009, afin de sortir d’une situation exceptionnelle dans laquelle notre pays se trouve, depuis un certain 23 Décembre 2008.
Je pense qu’un tel scénario serait plausible, si le processus d’enrôlement des électeurs était à sa phase finale. Or, force est de constater qu’actuellement, ce n’est pas du tout le cas.
Ainsi, au risque de confondre vitesse et précipitation, il me semble nécessaire de conduire le processus électoral avec méthode et minutie, quand on sait que la Guinée n’a pas une tradition démocratique.
C’est pour cela que j’estime, pour ma part, que la junte militaire doit avoir comme principale mission, l’organisation d’élections libres et transparentes, dans un délai raisonnable.
A mon avis, avec une réelle volonté, on peut organiser les élections entre Mars et Avril 2010. Il me semble également plus judicieux d’organiser d’abord les législatives avant la présidentielle. Cet ordre permettrait d’une part, de fixer un seuil de représentativité, afin de se débarrasser des partis politiques « cabines téléphoniques », et surtout, d’apporter des rectificatifs aux erreurs qui seraient commises lors des législatives, afin d’aborder la présidentielle avec un fichier électoral dépourvu de tout manquement.
Je tiens surtout à noter que la tenue d’une élection dans un délai raisonnable, dépend exclusivement de la réelle volonté du pouvoir en place, d’instaurer une vraie démocratie en Guinée. Sans cette réelle volonté, même 50 ans ne suffiraient pas pour créer les conditions optimales qui permettraient des élections paisibles car, il sera toujours facile de trouver des prétextes pour demander du temps au temps.
Toute prolongation de la transition ferait courir à la Guinée, un risque exponentiel, espérons tout simplement qu’après avoir connu deux dictateurs, « il y aura deux, sans trois ».
Amadou Diallo Master 2 Expertise Economique et Gestion des Risques (Université de Rouen – France) pour www.guineeactu.com
|