mercredi 1 avril 2009
La transition : une variable aléatoire ?
Amadou Diallo

Après 100 jours de transition dans notre pays, la durée de celle-ci est toujours une variable aléatoire multidimensionnelle, d’autres dirons, une équation à plusieurs inconnues. C’est pourquoi, je me permets d’apporter mon analyse sur le débat concernant la durée et le contenu de la transition. A mon avis, deux thèses s’affrontent à ce niveau.

1. « La transition doit durer le temps qu’il faut au capitaine, pour « nettoyer la Guinée »

Les tenants de cette ligne estiment que la Guinée, après 50 ans de dictature, doit d’abord, être nettoyée de fond en comble par le Chef de l’Etat, avant la tenue des premières élections libres et transparentes de l’histoire de la Guinée. Ils pensent qu’un président civil ne pourrait pas lutter efficacement contre la corruption et le trafic de drogue qui gangrènent la Guinée.

Il serait donc souhaitable que l’on donne au capitaine, « le temps qu’il faut pour nettoyer le pays », afin que le Président civil qui émanera des urnes, puisse avoir les coudées franches pour mener à bien son mandat.

J’estime que cette thèse serait acceptable si, et seulement si, on pouvait avoir l’assurance que les choses pourraient se  dérouler sans anicroches.

Cependant, il faut admettre qu’entre ce que l’on souhaite et ce qui peut se passer réellement, il peut y avoir un hiatus à ne pas négliger. En effet, rien ne nous assure qu’en durant au pouvoir,  pour « nettoyer la Guinée », des forces obscures et malsaines ne vont pas en profiter pour conseiller au capitaine, de garder le pouvoir, sous prétexte que le peuple le souhaite.

En outre, la situation mondiale actuelle, caractérisée par l’une des crises financières les plus importantes que le monde ait connues, n’est pas favorable à une Guinée isolée du reste du monde, sans le soutien de la communauté internationale.

Or, nous savons tous que cette dernière est hostile à tout pouvoir qui ne tirerait pas sa légitimité des urnes. Ainsi, avec un pouvoir militaire, la Guinée sera incapable d’attirer des bailleurs de fonds sérieux, au contraire, elle risque surtout d’être la proie d’investisseurs véreux.

En effet, un investissement trop risqué ne peut attirer que des investisseurs véreux. Or, dans l’état actuel des choses, la Guinée a un coefficient de risque très élevé pour l’investissement. Tant que la Guinée sera dans une situation d’incertitude, aucun bailleur de fonds sérieux ne va se risquer dans un quelconque investissement dans notre pays.  C’est pourquoi, plus la Guinée va durer dans une situation « exceptionnelle », moins il y aura de l’investissement, et à terme, les difficultés s’accumulant, les risques de troubles seront inestimables.

2.  «  La transition en Guinée doit prendre fin au plus tard le 31 Décembre 2009 »

Les tenants de la 2ee option suggèrent que la junte au pouvoir doit organiser les élections avant la fin de l’année 2009, afin de sortir d’une situation exceptionnelle dans laquelle notre pays  se trouve, depuis un certain 23 Décembre 2008.

Je pense qu’un tel  scénario serait plausible, si le processus d’enrôlement des électeurs était à sa phase finale. Or, force est de constater qu’actuellement, ce n’est pas du tout le cas.

Ainsi, au risque de confondre vitesse et précipitation, il me semble nécessaire de conduire le processus électoral avec méthode et minutie, quand on sait que la Guinée n’a pas une tradition démocratique.

C’est pour cela que j’estime, pour ma part, que la junte militaire doit avoir comme principale mission, l’organisation d’élections libres et transparentes, dans un délai raisonnable.

A mon avis, avec une réelle volonté, on peut organiser les élections entre Mars et Avril 2010. Il  me semble également plus judicieux d’organiser d’abord les législatives avant la présidentielle. Cet ordre permettrait d’une part, de fixer un seuil de représentativité, afin de se débarrasser des partis politiques « cabines téléphoniques », et surtout, d’apporter des rectificatifs aux erreurs qui seraient commises lors des législatives, afin d’aborder la présidentielle avec un fichier électoral dépourvu de tout manquement.

Je tiens surtout à noter que la tenue d’une élection dans un délai raisonnable, dépend exclusivement de la réelle volonté du pouvoir en place, d’instaurer une vraie démocratie en Guinée. Sans cette réelle volonté, même 50 ans ne suffiraient pas pour créer les conditions optimales qui permettraient des élections paisibles car, il sera toujours facile de trouver des prétextes pour demander du temps au temps.

Toute prolongation de la transition ferait courir à la Guinée, un risque exponentiel, espérons tout simplement qu’après avoir connu deux dictateurs, « il y aura deux, sans trois ».

 

Amadou  Diallo 
Master 2 Expertise Economique et Gestion des Risques (Université de Rouen – France)
pour www.guineeactu.com 
 

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Vos commentaires
Cissé Oumar de Bma, lundi 6 avril 2009
Merci jeune homme pour cette belle leçon d`écriture. Les réflexions sont mûres et bien menées. J`imprime pour ma part pour garder parmi les meilleurs articles sélectionnés sur le net. Courage pour vos études.
M.FALL, jeudi 2 avril 2009
Félicitation pour cette brillante analyse! Je pense pour ma part qu`il est primordial que la Guinée sorte enfin de la dictature afin d`enclancher son développement. J`espére que le capitaine DADIS va faire attention aux adeptes du Koudeisme et organiser les élections le plutôt possible. En effet, seule un pouvoir civil peut avoir le soutien de la communauté internationale sans laquelle la Guinée va droit au mur.
Djibril, mercredi 1 avril 2009
Ce qui est sûr et certain c`est qu`un pouvoir militaire ne peut pas sortir la Guinée de la misère. En effet, sans la communauté internationale la Guinée risque de connaitre des difficultés insurmontables. Si DADIS aime ce pays il y a une seule chose qu`il puisse faire pour entrer dans l`histoire: Organiser des élections dans un délai acceptable et partir. Tout le reste ce n’est qu’une perte de temps avec risques pour la stabilité du pays.
Me.LAMAH, Dakar, mercredi 1 avril 2009
Bonne reflexion. Il faut laisser le temps au jeune capitaine DADIS de nettoyer la maison sinon je ne crois pas aux politiciens avides du pouvoir pour se servir au lieu de servir le peuple.Je ne vois pas encore sur le terrain politique le leader politique qui pourrait faire l`unanimité nationale et gérer la Guinée comme Dadis a commencé. Ils ont tous pour base électorale leur ethnie et régions. Pour cette raison, le peuple doit bien murir cette situation avant de s`en presser pour aller voter qui que ce soit. Ensuite, à mon humble avis, les conditions ne sont pas réunies pour aller aux élections. Le récensement est encore flou et le président de la CENI ne fait aucune déclaration pour situer le peuple. Les guinéens ont besoin de savoir où nous en sommes avec le recensement? Mes frères, ce peuple a trop souffert. Il veut plus se laisser manipuler par les leaders politiques. Ce qu`ils n`ont pas osé dire, faire ou imposer c`est ce qu`ils veulent imposer à DADIS qui a accepté une large ouverture du débat sur la vie de la nation.
Ansoumane Doré, mercredi 1 avril 2009
C`est une vue équilibrée qu`exprime ici Amadou Diallo dans un contexte d`habituelle frénésie qui domine les débats des Guinéens.
Abdourahmane, mercredi 1 avril 2009
Je suis parfaitement d`accord. Avec un processus d`enrolement qui a du mal à debuter par manque de financement, l`on se demande bien comment ces élections se tiendront en temps et en heure sans qu`il n`y ait aucun risque de fraude ou de contestation.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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