jeudi 8 avril 2010
La Transition, les intentions inavouées de Jean-Marie Doré, et autres réflexions sur la situation politique en Guinée
Mamadou Baldé

Pour la plupart des Guinéens, ‘La Transition’, ressemble étrangement à la pré-Transition, avec des nuances de changement pas nécessairement positif. La vie quotidienne déjà difficile devient pénible avec des denrées alimentaires encore plus chères ; le transport public et personnel plus contraignants ; la sécurité des personnes et biens toujours en doute. La baisse en nombre des violations de domiciles (s’il y a eu baisse) est supplantée par la montée vertigineuse du banditisme sur les routes. Tous les jours les automobilistes sont harcelés et extorqués ; quelquefois même leurs véhicules et plus tragiquement leurs vies arrachées par des bandes armées confiantes de leur impunité.

Ce n’est pas dire, loin de là, que les Guinéens sont nostalgiques du cirque piteux, puis sanglant du Capitaine Dadis Camara. Les « Dadis Show » induisent encore la nausée et la fièvre lorsqu’on y pense; le crime bestial du 28 Septembre continue de saigner le cœur de Guinéens, et inspirer la révulsion à travers le monde.

Trois mois après le discours du Général Sékouba Konaté, qui le 7 Janvier 2010 insufflait l’espoir à la nation en annonçant l’établissement d’un Gouvernement de Transition et d’Union Nationale, conformément à la Déclaration tripartite de Ouagadougou; et à moins de trois mois de l’échéance des élections présidentielles du 27 Juin 2010, quelle est donc la situation politique en République de Guinée? Quelle est la condition du tronçon de route qui nous guiderait vers, mais aussi à travers des élections démocratiques? Que fait-on pour boucher les trous ou plutôt combler les brèches du rempart national – notre armée délabrée - sensé nous préserver du double péril de la conflagration et de l’implosion?

Apres l’écoulement de plus de la moitié du temps prévu pour la Transition, quelle proportion du chemin relatif avons-nous parcouru? A quel Milestone, ou Jalon en est-on ? (à supposer que le parcours soit balisé !). Mais plus fondamentalement, nos dirigeants politiques et militaires, ont t-ils vraiment le courage de rompre avec le passé délétère qui hante notre pays et l’expose á l’éclatement? Ont-ils la vision, ont-ils la volonté de contribuer á l’émergence d’une Guinée démocratique? Entrevoient –ils quelque part dans leurs plans et projets, une Guinée moderne au diapason des technologies nouvelles ; en harmonie avec la nature et l’environnement ; soucieuse d’une gestion saine et transparente des choses publiques, et sans complexe au rendez-vous des nations du 21eme siècle ? Nos guides, sont ils devant, dans la foulée avec nous, entrain d’arpenter les trous et les bosses du trajet sinueux de la Transition ? Ou sont-ils derrière, contre nous, perfidement absorbés dans des petits calculs intéressés et égoïstes ? Nous abordons ces questions avec autant de patience que la gravité du sujet le permette; nous discutons ces problèmes sans passion, mais avec toute l’intensité que leur importance requiert.

Attention aux Politicards et Ethno-Politiciens

Beaucoup semblent croire que, tout comme démarrer un négoce de pacotilles a l’angle de la rue, on crée un parti politique pour se faire plus d’argent, avec l’avantage additionnel de ne pas avoir à travailler pour les gains.

Je n’ai personnellement pas un doute que la parcellisation apparente du pays en fiefs ethniques est un artéfact de la pullulation de politicards sans idées sur une scène dénuée d’institutions fonctionnelles. L’indigence intellectuelle et les ambitions en forte disproportion des aptitudes font que la vision de la plupart des politiciens est ancrée à l’horizon tribal, avec les conséquences que cela renferme. Par ci on fait miroiter la facilité, l’abondance et les possibilités illimitées pour les partisans. Par là on agite le spectre de la peur de persécution et d’asservissement par « les autres ».

Le concept ridicule de la prise du pouvoir au ‘Tour à Tour’ - tour des Soussous, des Malinkés, Forestiers, Peulhs etc.…- est probablement le poison le plus virulent qui se distille en Guinée en ce moment. En réalité, les Guinéens se refugient dans leur appartenance régionale ou ethnique, non pas par conviction, mais à cause d’une ambiance d’incertitude et de peur délibérément instillées en eux par des guignols et manipulateurs éhontés. A cet égard il faut dire, en paraphrasant Franklin D. Roosevelt, que un des dangers le plus pernicieux qui guette notre pays aujourd’hui, c’est à avoir peur de nos propres concitoyens – la fameuse assertion « the only thing we have to fear, is fear itself ».

Un Passif plutôt Lourd, Un Peuple pourtant Lucide

Sans jouer au catastrophiste, et très loin d’être sceptique sur notre devenir, le moins qu’on admette aujourd’hui en tant que Guinéens est que la situation de notre pays ne fait pas notre contentement, et elle n’inspire pas notre fierté. Pour cause, l’Etat est réduit à un lot de pratiques malfaisantes ; un amalgame de mensonges et de truandages; une soupe infeste de clientélisme, de népotisme et d’intérêts autocentrés ; un agglomérat d’abus et d’arbitraire ou, comme je dis ailleurs, il n’y a pas de peine trop douloureuse ou d’humiliation trop obscène pour qu’on hésite á l’infliger au vulnérable, fût-il innocent ; il n’y a pas de forfaiture assez hideuse, ou de crime assez haineux pour que les auteurs en répondent, pourvu qu’ils soient au pouvoir (*1).

On peut ne pas personnellement connaitre les tenants du pouvoir et autres acteurs politiques de premier plan en Guinée. Mais qu’il y ait des crapules et des voyous parmi eux, c’est aussi visible que le soleil de midi. Que la grande majorité soit corruptible, c’est évident comme le jour et la nuit. Dire pourtant qu’il n y a pas d’individus honorables dans la classe politique serait fallacieux, indécent, et auto-défaitiste. Le travail le plus important qui nous incombe en ces moments critiques, c’est savoir séparer la crème de la crasse, reconnaitre et différencier les tares et les mérites intrinsèques de nos leaders: pas sur la base des milliards [de francs] qu’ils ont, ou qu’ils n’ont pas; pas par leurs patronymes, leur ascendance ou lignée familiale; pas a cause de la langue qu’ils parlent ou celles qu’ils ne parlent pas ; pas á partir de leur confession ou croyance religieuse ; pas même á partir des diplômes universitaires et distinctions académiques qu’ils peuvent, ou ne peuvent pas se targuer; et certainement pas sur le critère de leur ethnicité et appartenance régionale.

Parlant de ce dernier point, il faut peut être ouvrir une parenthèse pour préciser certains faits, et défaire un certain mythe. Pour ceux qui regardent au delà du superficiel, il est certain que l’on ne donne pas souvent assez de crédit au discernement de notre peuple. Contrairement á l’idée répandue, nous ne sommes pas nécessairement un conglomérat de tribus où les considérations claniques priment sur l’intérêt national; nous ne portons pas collectivement des œillères qui focalisent notre vue sur, et limitent notre vision á des perspectives ethniques ; Nous savons faire la part des choses; nous connaissons la différence entre le mérite et la gratuité; nous sommes capables de distinguer les desseins courageux et honnêtes des velléités hypocrites, des combinaisons malhonnêtes et des machinations crapuleuses. Même dans le silence, les Guinéens savent apprécier leurs dirigeants politiques pour ce qu’ils valent : Les cas du Général Sékouba Konaté, Président Intérimaire et M. Jean-Marie Doré, Premier Ministre, chef de gouvernement, sont des exemples vivants s’il y avait besoin de preuves.

Sékouba Konaté. Avant l’incident du 3 Décembre 2009, et la mise à la touche inattendue de Dadis Camara par le boulet de Toumba Diakité, la perception qu’on avait de Sékouba Konaté n’était en rien différente de celle de tous les autres putschistes du CNDD, inclus Dadis leur piètre chef: une pègre et de la racaille! Que l’on contraste cette opprobre aux applaudissements généralisés, ou même l’encensement dont le Général fut l’objet, á la suite de son discours du 7 janvier 2010 ; puis qu’on me dise que la ‘populace ne connait que la tribu’ et ne comprend rien de la politique ! Absurde!

Au fond de leurs cœurs, les Guinéens se moquent d’où le providentiel leader viendrait ; de l’est, de l’ouest ou du centre ? Pas de différence. Qu’il /ou elle soit Baga, Bassari, Tanda, Dialounké, Gbélé ou autres ? Sans importance. Quand le rédempteur (rédemptrice) sonne à la porte, qu’on lui remette la clé et les commandes! Même s'il (ou elle) tombait du ciel á travers notre espace aérien, ou, des entrailles de la terre, ils [eruptaient] surgissaient á travers notre sous-sol. Les attaches naturelles et émotionnelles à notre pays comptent; l’appartenance ethnique ou géographique ne devrait pas compter. L’ethnie ou les origines de Sékouba, pas plus que celles de Dadis et leurs prédécesseurs infâmes ne nous intéressent pas en essence. Ce qui nous importe, c’est leur contribution - ou leur manquement - á la protection, à l’épanouissement et au bien-être des Guinéens.

Ce serait prendre ses désirs pour la réalité que de croire que le Général Konaté est la figure messianique, la panacée à nos problèmes. Tandis que son détachement est une preuve supplémentaire qu’il n’est pas obsédé par le pouvoir personnel, ça suggère aussi le manque de passion et d’ardeur qu’on ne peut pas dissocier de l’engagement politique, surtout lorsqu’il s’agit de réussir un tournant historique. Le calme et la tranquillité ont leur place, mais le chef accompli doit aussi savoir être incisif, tranchant lorsque cela s’impose. La déconfiture dans les camps militaires, le vandalisme de la troupe, les factions armées défiantes les unes envers les autres, et qui ne répondent pas à la chaine de commande, restent une réalité préoccupante. Les Guinéens continuent d’espérer que le Général Konaté a la volonté, la stratégie et le tact de diffuser cette poudrière géante dont l’explosion incontrôlée risque d’engloutir le pays.

Le mérite de Sékouba à ce jour, c’est sa modestie, c’est sa capacité d’assujettir ses ambitions personnelles aux intérêts supérieurs de la Guinée. C’est une première dans notre pays, c’est un départ louable que les Guinéens ont bien noté, et qu’ils retiendront.

Jean-Marie Doré. C’était intéressant de voir après le 28 septembre 2009, que les Guinéens, sans distinction d’ethnies ou de région, aient accordé à Jean-Marie Doré la crédibilité politique qui était due. Nous étions tous profondément indignés par les mauvais traitements dont il fut victime au stade de Donka. Mais au delà de la brutalité physique dont il fut objet avec des milliers d’autres, l’humiliation personnelle (…) qu’on lui infligea était particulièrement répugnante à nos yeux, considérant son statut de figure publique, son rang dans la classe politique, son âge, mais surtout à cause des motivations rancunières et vindicatives (…) qui le ciblaient en premier lieu. On se rappellera que malgré une invitation ouverte et persistante de Dadis Camara, M. Doré avait su résister à la tentation de s’investir dans l’équipe novice du pouvoir amateur du capitaine inculte. La récente bonne fortune, le capital politique de M. Doré viennent exclusivement de ce refus apparent d’être en collusion avec les putschistes du 23 Décembre 2008. En ne se laissant pas séduire par la corde, oh, combien discordante ! De l’appel régionaliste qui était si musicale aux oreilles de tant d’autres, M. Doré projetait l’image d’un homme d’état responsable. Les sympathies et estime ainsi accumulées furent promptement converties en atouts et prestige au sein des Forces Vives, et les Guinéens sans distinction ethnique ou régionale comprirent avec pertinence le mérite de l’acte. M. Doré devint Premier Ministre de la Transition dans l’acclamation générale des Guinéens.

Pêcher en eaux troubles: les arrière-pensées du Premier Ministre de la Transition

Pendant les longs mois qui ont précédé sa nomination au poste de Premier Ministre, il était clair que J-M Doré travaillait assidument à se positionner pour contrôler les rênes de l’état. Pour le vieux routier de la politique Guinéenne qu’il est depuis 20 ans ou plus, c’est une démarche absolument légitime: après tout, la liste des candidats est presque aussi longue que celle des électeurs, et plusieurs des aspirants sont de la même ligue que lui, ou quelque fois même moins qualifiés.

D’autre part, dès le départ, ce n’était pas très impressionnant d’entendre M. Doré parler de ce qu’il entrevoyait être son rôle et ses objectifs de chef de gouvernement de la Transition; le manque de substance de ses déclarations rappelait étrangement la langue de bois dont nous sommes si familiers. La locution incertaine, le manque de cohésion et de clarté de l’expression n’étaient pas rassurant pour ceux qui anticipaient de la sagacité et du talent á la primature. Le manque d’inspiration dans le discours indiquait déjà un certain éparpillement, et de la divagation. On entrevoyait facilement de la confusion dans le verbe, probablement due á une intention délibérée de M. Doré d’être flou, et de ne dévoiler qu’une partie de ses plans.

Enfin, son sens de l’humour…, mon dieu, ça pue (*5).

Mais, pour être sûr qu’on ne fait pas de la sémantique, disons que rien de tout cela n’était vraiment grave ; tout est relatif, et on ne va pas faire la fine bouche au sujet de petits problèmes comme ceux évoqués plus hauts: après tout, á chercher le mouton á cinq pattes, on court le risque d’être bredouille pendant très longtemps; et puis, nous savons tous que s’il s’agit d’exigüité, la classe politique actuelle renferme de bien pire que M. Doré.

Ensuite, ce furent les interviews successives avec la presse locale et étrangère (…). Ce qui jusqu’ici n’était qu’un sentiment d’amusement embarrassé et de léger inconfort devenait rapidement un sujet de sérieuses préoccupations. A l’entendre, M. Doré ne semblait pas connaitre la base juridique de sa nomination au poste premier ministre. A un journaliste de Radio France Internationale qui l’interrogeait au sujet de ses ambitions présidentielles, Il répondait hargneusement - comme il l’avait fait des dizaines de fois avant – “ je ne réponds pas á cette question”. Lorsque le journaliste l’interpelle sur le fait que la Déclaration de Ouagadougou prohibe explicitement aux membres du gouvernement de Transition de prendre part aux élections présidentielles, M. Doré s’enflamme en répliquant qu’il ne reconnait pas cette Déclaration, qui du reste n’a aucune autorité légale á ses yeux. C’est là que la situation commence à tourner au bizarre: Dans le raisonnement de M. Doré, on croirait que des accords de Ougadougou, il ne faut retenir que le paragraphe qui prévoit un chef de gouvernement issue de l’opposition – sûrement aussi, pourvu que ce dernier s’appelle Jean-Marie Doré. C’était incroyable, absolument stupéfiant.

Il n’est pas besoin de fouiller dans l’histoire lointaine pour voir l’amalgame et les contradictions de M. Doré. Le carnage du 28 Septembre 2009 dont M. Doré lui même était une des victimes (…), n’est-ce pas les conséquences du refus du Capitaine Dadis Camara de respecter l’engagement qu’il avait pris devant les Guinéens de ne pas participer en tant que candidat aux élections présidentielles? Dadis, qui n’était qu’un putschiste mandaté par personne et ne répondant que d’une bande de complices armés, a payé cher (et nous espérons qu’il payera encore plus cher) pour sa désinvolture et son arrogance face aux Guinéens. Comment Doré, légitimement choisi par ses pairs, doté d’autorité morale par l’ensemble des Guinéens peut t-il croire qu’il a droit à fouler du pied l’esprit et la lettre des textes qui en premier lieu, le promurent au rang de chef de gouvernement? Comment arrive-t-il à croire qu’il peut censurer la loi, supprimer les règles qui contrarierait ses plans secrets ou frustrerait ses ambitions inavouées?

Cela défie la logique et défie le bon sens; ça démontre de la duplicité et un manque cruel de principe; c’est impertinent ; c’est arrogant; c’est un exemple de poursuite aveugle et obsessionnelle du pouvoir politique, ce qui est dangereux; c’est chercher à refermer et sceller le cercle vicieux de la dictature personnelle et des abus qui sévissent en Guinée depuis 50 ans; et c’est définitivement inacceptable.

Apres avoir été exposé pour ce qu’il est - un imposteur potentiel - Jean-Marie Doré parait avoir ajouté de l’eau à son vin: Il murmure enfin, qu’il ne sera pas candidat. Mais il ne faut pas se tromper, ses intentions n’ont changé en rien. Si l’encre est déjà trop sèche pour qu’il espère effacer les parties de la Déclaration (..) qu’il n’aime pas, il n’est pas tard pour lui de confisquer la plume ou saisir la main qui tenterait d’écrire la feuille de route de la Transition. Il n’est de mystère pour personne que présentement, M. Doré s’y emploie à temps plein. Pour ne citer que un des exemples les plus publiés, on se rappellera de sa réaction dédaigneuse, puis courroucée en Février dernier lorsqu’il reçu chez lui la visite de Lounsény Fall et autres, venus lui remettre au nom des Forces Vives un certain document. Selon l’expression de M. Fall lui-même, sans toucher de la main le papier, Doré le lut diagonalement, avant d’éclater en colère et se livrer à des diatribes (*3). Cela rend perplexe lorsque l’on sait que le document dont il est ici question, ne fait rien d’autre que itérer et préciser les principes de la Déclaration de Ouagadougou, qui en aucune manière ne visait et encore moins stigmatisait personnellement un individu, et qui en fait sont la base même de la nomination de M. Doré au poste de chef de gouvernement de la Transition.

C’est presque amusant de savoir que les cadres politiques des Forces Vives, qui consensuellement avaient désigné M. Doré comme leur candidat à la primature, soient tombés dans la disgrâce totale du Premier Ministre quand ils ne se sont pas prêtés aux intrigues et compromis envisagés par ce dernier. C’est risible de noter les nouveaux amis et conseillers de M. Doré. C’était intéressant de voir le temps que ça duré, et les détours qu’il a fallu prendre pour arriver à une première liste des membres du gouvernement Doré. Sans donner le moindre crédit aux mauvaises langues, qui du reste sont probablement calomnieuses ou malveillantes, nous ne croyons pas que des portefeuilles ministériels aient été vendus contre de l’argent. Par contre il est absolument clair qu’il y a eu des marchandages du type ‘tu me grattes mon dos, je te couvre ton ventre’. Comprenez, ‘je te fais ministre, tu fais ce que je dis’. Au delà même des témoignages crédibles qu’il y a eu, il saute à l’œil que plusieurs ministres de l’équipe en place ne brillent que par les blasons dorés qu’ils arborent (mais je devais dire les coûteux boubous bazins qu’ils vêtissent). Mais le problème n’est pas tellement leurs airs sots de crâneurs; le problème, c’est le sentiment viscéral, l’évidence infaillible que leur serment - le serment dû à la Guinée et son people - passe lâchement à un ‘bienfaiteur personnel’, un client ou crapuleux partenaire en malfaisances.

Transition perpétuelle, la dernière cartouche de Monsieur Doré

En rétrospective on est bien obligé de revisiter les « beaux actes civiques » de M. Doré (qui lui ont valu le Poste de Premier Ministre et la confiance des Guinéens) pour essayer de comprendre les profondes motivations du politicien.

Pour certains, les péchés mortels de M. Doré c’est de n’avoir pas prouvé à leur satisfaction qu’il possède les diplômes qu’il prétend avoir, ou de n’avoir pas étalé des preuves qu’il a fréquenté les écoles où il est sensé avoir étudié à l’étranger. Quelque part même on reproche à M. Doré d’avoir les joues creuses (sic !) et peut être aussi de manquer l’embonpoint que le politicien respectable est supposé avoir( !). Dans cet exposé, mon souci et ma préoccupation sont d’une autre nature. Je considère que les attaques personnelles frivoles – même vérifiables - au même titre que la flagornerie partisane ne sont en rien édifiantes. Je me limiterai à discuter des comportements qui ont une incidence sur le domaine publique.

Nous avons indiqué plus haut que l’acte le plus méritant, je devais dire le plus intelligent et le plus stratégique de la carrière politique de M. Doré, fut son refus d’intégrer le pouvoir militaire du CNDD. Plus ‘intelligent’ que ‘méritant’ à mon avis puisqu’en rétrospective, il est clair que pour M. Dore, il s’agissait beaucoup plus d’un jeu de poker bien exécuté, que des scrupules d’un homme d’état habité par les problèmes de son peuple, hanté par le devenir d’une nation, et soucieux du jugement de l’histoire. Selon le récit de M. Doré lui-même, lorsqu’il fut attaqué le 28 septembre 2009 il n’était venu au Stade que pour ordonner que les manifestants se dispersent, après qu’il se soit concerté avec Dadis, le bourreau chef (*2). A Lounsény Fall de renchérir « …pour que tu sois [Premier Ministre] il a fallu qu’on aille au stade le 28 septembre dernier, alors que tu ne nous as rejoint là-bas que plus tard » (*3).

D’autre part, je n’ai pas entendu M. Doré dénoncé les attitudes fascisantes de Dadis, Claude Pivi et autres idéologues de génocide qui organisaient à nos frais le recrutement de mercenaires étrangers et la formation de milices ethniques (*4), destinés au besoin, à saccager la Guinée et prendre les Guinéens en otage. Il n y a pas de raison de croire que M. Doré était mêlé de près ou de loin à ces entreprises perfides, mais c’est incompréhensible qu’il n’est pas désavoué publiquement les instigateurs de ces monstruosités ; c’est dérangeant qu’il ne se soit pas clairement dissocié de ces malveillances, parce que en théorie, c’est au nom de la Région Forestière dont il est originaire que ces actions étaient entreprises (se référant à l’histoire, nous savons qu’en réalité, l’aboutissement de tels plans –que Dieu empêche- aurait fait de nos compatriotes de la Forêt des victimes au même titre que tous les Guinéens).

Pour revenir à des questions plus récentes, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur les vraies raisons du brouhaha au sujet des postes additionnels de vices premiers ministres que M. Doré opposait avec véhémence, et la Présidence du Conseil National de la transition (CNT) par un prélat qu’il supportait ardemment. Tandis que nous sommes d’accord avec lui que trois individus pour un poste est une pléthore, M. Doré avait bel et bien des motifs ultérieurs de vouloir occuper en solitaire le fauteuil du PM. Et lorsqu’il invoque Ouagadougou pour insister qu’un religieux préside le CNT, cela relève purement et simplement de l’hypocrisie, sans dire que c’est aussi du self-service, dans la mesure où il écarterait ainsi un adversaire politique gênant, le tenant actuel du poste Madame Rabiatou Diallo.

En disant quelque part que l’opposition Guinéenne est la plus bête d’Afrique, M. Doré doit croire qu’il est le politicien le plus futé de la place. Et pardi, il faut bien admettre qu’il est rusé. Sans donner un excès de crédulité à la rumeur qui dit qu’il était un agent secret du PDG durant les purges sanglantes de Sékou Touré des années 1970s, on peut dire sans risque de se tromper, qu’il a délicatement et très adroitement remonté la pente glissante de l’opposition du temps de Lansana Conté ; Il trouva l’astuce de confortablement s’assoir entre deux chaises durant l’ère ‘Dadis Camara’, pour émerger comme le premier porte parole des Forces Vives, et le premier ministre de la Transition.

Si M. Doré a fini par se convaincre que c’est autodestructif de forcer la main et se porter candidat aux élections prochaines, c’est certain qu’il est loin d’avoir baissé les bras pour se résigner au mandat limité de six mois qui lui ai présentement confié. Sa vaste bataille souterraine de grimper le dernier échelon du parcours pour arriver au sommet de l’état, se fait activement sur deux fronts convergents: obstructionnisme et tactiques dilatoires. Nous avons rapporté plus haut le mépris que M. Doré portait sur un certain document que lui présentait le Porte-parole des Forces Vives. Le document en question traite, dans l’esprit de la Déclaration de Ouagadougou, des compétences du gouvernement de Transition, et plus généralement, des statuts et domaine d’autorité des différentes institutions nationales chargées d’organiser, d’arbitrer et de superviser des élections libres et transparentes en Guinée. C’est en quelque sorte un organigramme, un chronogramme ou plus simplement la feuille de route sans laquelle il n ya pas de repère. Dans les circonstances actuelles de la Guinée, il est difficile de comprendre en quoi une feuille de route est superflue, et encore moins offensive, à moins qu’on ait décidé d’avorter le voyage, c'est-à-dire les élections; ou peut être qu’on préfère tourner en rond et tâtonner dans le noir.

Si vous avez noté, le gouvernement de Transition parle beaucoup ces derniers temps de réalisations de mégaprojets (une manière de dire que le gouvernement n’est vraiment pas transitoire) : c’est la production massive d’électricité, c’est l’eau potable pour tous ; c’est le plein emploi pour les jeunes etc.… En réalité, on finasse avec les sentiments de privation et de frustration des Guinéens en prétendant que des chantiers qui ramèneraient l’abondance vont comme des champignons spontanément pousser partout à travers le pays.

La vérité est que le mandat de ce gouvernement n’inclut ni le temps, ni les prémices, ni l’argent pour construire quoi que ce soit. C’est un gouvernement de Transition de six mois, dont la charge et les prérogatives sont limitées à superviser la transition paisible et durable entre une débandade militaire et une administration civile issue d’élections libres et démocratiques. Mais il y a seulement quelques jours, les griots de la télévision gouvernementale rapportaient avec diligence que des « experts » ont conclu que c’est « techniquement » impossible de tenir les élections dans les délais fixés par le Président de la Transition; délais établis pourtant après une consultation élargie avec la classe politique, la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest, et la Communauté internationale.

La vérité aussi, est que M. Doré s’est convaincu que s’il ne peut simultanément contester et arbitrer les élections de juin 2010, la Guinée restera dans un état perpétuel de transition. Nourrir un tel esprit, couver de tels stratagèmes serait d’une gravité extrême, avec des conséquences incalculables.

Mettre ses ambitions personnelles au-dessus des intérêts et de l’avenir de la Guinée, montrerait une étroitesse de vue et une petitesse méprisable. Saboter les premières et les seules élections guinéennes qui en 50 ans ont le potentiel d’être libres et démocratiques ne serait pas seulement de la magouille politicienne, ce serait de la trahison. La Guinée ne devrait jamais plus tolérer de traitrise en son sein et encore moins à sa tête. Rappelez-vous Monsieur le Premier Ministre que la vigilance des Guinéens transcende l’opacité de l’imbroglio de la Transition. Nous vous avons à l’œil.


Beaumont, Texas, 7 Avril 2010

Mamadou Baldé

 

Références dans le texte :

(*1) Massacreaconakry.info

(*2) Interview recueillie par le Lynx, le 19 Octobre, 2009

(*3) Guinéeactu, 7 Février 2010

(*4) RFI, 19 Novembre 2009

(*5) Allocution au Séminaire Gouvernemental, 7 Avril 2010


www.guineeeactu.com

 


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Vos commentaires
Mamadou Balde, dimanche 11 avril 2010
Au lecteur qui s`inquiète qu’on absolve prématurément Sekouba Konate[...] je dis que mon article ne traitait pas des auteurs ou des responsabilités des crimes du 28 Septembre 2009 (je vous réfère a l`article pour une deuxième lecture). Les noms de Konate et Dore sont cités comme exemples pour dire que les Guinéens savent discerner, et qu`ils ne sont pas invariablement ethnocentriques: Les politiciens sont respectés ou méprisés, aimés ou haïs sur la base de faits tangibles - positifs ou négatifs - qu`on leur attribue. Quand a dire que c`est "trop tôt de juger" Jean-Marie Dore, je dirai simplement que les faits parlent plus que les mots, et pour la majorité des gens je suis sur que c`est préférable de soigner le malade avant la mort, pas après.
Cécé Junior Anatole GbAmOu, vendredi 9 avril 2010
Merci Modibo, ta reflexion est assez concise. Je pense qu`il est vraiment assez tot de commencer à faire des procès contre les membres de la transition. A commencer par Konaté jusqu`au dernier. Moi, je voudrais simplement que Rabi prenne ses responsabilité comme on lui toujours connu. Elle est à la tete d`une très grande institution qui est plus au dessu de celui de JMD. Que chacun apporte son grain pour l`éducation d`une Guinée unie paisible. Merci à tous
Abdoul.H, vendredi 9 avril 2010
Ce texte donne à refléchir. L’auteur a fait une analyse pertinente et bien etayé ses arguments, supportés par des exemples pertinents et mentionné ses sources. Etant donné tous les faits détaillés ici, c’est à se demander si la transition arrivera à son terme en toute sécurité. On se rappelle que dans « Afrique en diecte », une émission de la radio BBC, Moussa Keita pour justifer la candidature de Dadis, avait démenti que ce dernier ait dit qu’il n’allait pas se présenter. Qu’il aurait plutôt dit que c’est en 2009 qu’il ne se présenterait pas. Il est donc possible de jouer avec les mots pour nous replonger dans une autre crise. Sinon quoi de plus simple pour JMD que d’être clair comme Sekouba et Hadja Rabiatou?
A.O.T. Diallo, vendredi 9 avril 2010
Une analyse tres interessante de Mr Balde de la situation actuelle de la transition en Guinee. Apres plusieurs mois au pays je suis vraiment decu de constater que ce gouvernement compose de nos "intellectuels" des forces vives fonctionne exactement comme nos gouvernements precedents et avec les memes tares et privileges indus. Si au moins on pouvait avoir une fois par semaine le point de l`evolution des 2 dossiers uniques de leur mission au lieu d`assister tous les jours au folkore classique de tous nos precedents gouvernements, on pourrait parler au moins d`une nouveaute... Mr balde, un petit conseil fraternel base sur mon experience, pensez a faire des textes moins longs pour que tous les lecteurs puissent les lire en entier - en 2 textes vous auriez surement ete mieux compris par ceux qui jugent les ecrits par les noms de familles des auteurs et non par leurs analyses et suggestions!
Modibo Traore, UK, vendredi 9 avril 2010
J’étais de ceux qui avaient voulu de Hadja Rabiatou Serah à la primature. Ce, pour au moins deux raisons. Premièrement, son courage et sa bravoure dans la crise politique guinéenne de 2007, ont valu à la nation, le fléchissement d’un Chef d’Etat, connu pour être intransigeant et inflexible dans sa ligne de conduite autoritaire. Deuxièmement, le triomphe de l’insurrection dont elle a été à l’avant-garde, en compagnie des ses collègues syndicalistes, tout aussi déterminés qu’elle, m’a rappelé la victoire obtenue par les femmes, pour le pays tout entier en 1977, contre les exactions miliciennes du PDG. Par ailleurs, le choix de Rabi allait également renforcer la promotion de la femme en Guinée. C’est pourquoi, je n’avais été que très déçu et sceptique que JMD lui eut été préféré, sur des bases très peu tangibles. Et, le retard dans la formation du gouvernement de Doré, n’avait rien fait pour apaiser mes doutes. Cependant, je constate agréablement, que j’avais eu tord de douter de l’homme, car il fait du bon boulot et je dispose d’assez d’éléments tangibles pour affirmer avec certitude que le choix de sa personne, était une décision judicieuse sage et réfléchie. Tout en espérant qu’il ne décevra pas, je pense qu’il est injuste de lui faire un procès d’intention à ce stade. Quant à Konate, s’il peut être applaudi pour sa bonne volonté, sa responsabilité morale (par appartenance et par commandement) dans la tragédie du 28 septembre n’est pas encore levée. Il ne faut donc pas s’empresser de l’en absoudre d’un revers de main. Mais en revanche on peut lui conseiller de faire extrêmement attention dans ses discours, car les menaces ne pourront que lui attirer des ennuis et fausser le schéma de transition. Il est bien possible que certaines de ces menaces lui soient suggérées. Qu’il fasse attention c’est ce qu’on devrait lui dire. A part ces quelques observations, je trouve cet article très édifiant.
Kabisco, vendredi 9 avril 2010
Laisser JMD en paix. S`il veut se présenter, qu`il le fasse car les accords de Ouuaga n`en sont plus un. Au lieu d`un personnage religieux, on a copté Rabi. Al lieu de 101 membres pour cette institution, on est allé à 159 sans aucune forme de procès. Un seule personne impose une vue éthnique sur une institution de la republique. La transition est déjà sabotée. Les accords de Ouaga aussi. Donc, et Sekouba et JMD et les autres, personne ne doit plus etre empecher pour ... dit on le respect des accors de Ouaga.
Conté Oumar, vendredi 9 avril 2010
Baldé a raison. Je crois qu’il faut être prudent et observer les faits et gestes des acteurs de la transition. Par exemple au lieu de passer son temps à nommer X ou Y a des places de responsabilité, JMD devait tous les matins, expliquer aux Guinéens ce qu’il a fait pour aboutir le 27 Juin 2010 aux élections. Personne ne lui a confié une autre mission. Donc, faire des séminaires, rencontrer le FMI ou la Banque Mondiale n’a aucun sens. Les responsables qui vont s’occuper du développement économique seront connus après les élections Présidentielles et législatives. C’est pourquoi l’inaction de JMD pour la transition pose de sérieuses inquiétudes car, s’il pense rester une seconde après le 27 Juin comme PM, alors, dans ce cas, il faudra se battre par TOUS les MOYENS pour le sortir du jeux démocratique.
ALPHA OUMAR BARRY, vendredi 9 avril 2010
Ce bel étalage rétrospectif de la ploutocratie guinéenne me semble accouché d`une souris . Le Président de la Transition est Mr. Sekouba Konaté pour rappelle. Après s`être repue il prendra une retraite bien dorée au Liban ou au Maroc .Il n`a jamais manqué d`affiché ses priorités en étant membre du CNDD. Alors que nous nous attendions à un changement radical de la gestion nationale annoncé , Sekouba Konaté nous a invité à nous ressaisir, en nous indiquant clairement la voie qui allait désormais être la nôtre.La FAMILIOSTRATEGIE FINANCIERE initiée par l`octroi du marché juteux de fourniture de l`armée aux membres de sa famille au détriment de notre actuel conseiller au Maroc. La présidence ne l`intéresse guère outre mesure.Avec deux gouvernements qui vivent au frais de la princesse Guinée ,nous sommes décidément bien parti. Mr. Jean Marie Doré dont je respecte la pertinence morale m, la probité et l`acuité intellectuelle au delà de la confiance que les politiques lui accordent est de ceux qui respectent les accords de OUAGA .Il n`a jamais été mêlé à quoi que se soit de désobligeant pour notre population.LA QUESTION QUE LES GUINEENS SE POSENT N`EST PAS DE QUI SERONT NOUS GOUVERNE, MAIS BIEN DU COMMENT SERONT NOUS GOUVERNE.A quelle sauce ce peuple martyre sera -t-il marinée ? A la sauce Soussou, Malinké ,Peulh ou Forestière.Elle sera guinéenne et se sera déjà un point de gagné pour ce pauvre pays. Mais une seule certitude et bémol pour les guinéens .Nous sommes tous d`accord d`être d`éternels insatisfait devant la question géopolitique pour ne jamais nous entendre sur la politique géographique de notre pays.Saurons-nous dégager ensemble les lignes directrices de demain pour les futures générations?
famara, vendredi 9 avril 2010
je vous remercie monsieur baldé vraiment c´est bien reflechi JEAN MARIE DORE en 2007 avait denonce pendant le gouvernement KOUYATÉ la faiblesse des representant de la foret mais il n´a jamais parlé de la milice qui eteait formée a ds les differents casernes du pays par les mercenaires . JEAN MARI DORÉ ne peut pas reconnaitre une partie des accords des OUAGADOUGOU car il est d´accord pour la creation du poste du premier ministre dirigé par lui meme mais il rejette sa non candidature je pense qu´il faut faire comprendre a JEAN MARE DORÉ qu´il n´est ps superieur a la nation . on ne doit pas oublier que jean mari DORE est un cameléon a tout moment il peut changer .
Isaac, vendredi 9 avril 2010
Felicitation mon frere !Tu as raison continue, tu as pris bien ton temps ,pour nous informez ou dire tous ces blablas. Toi aumoin, tu sa du boulot avec lui, c`est pourquoi, tu trouve toujour des raisons pour lui blanchire. Moi je te comprend bien hein, c`est pourquoi je ne considere pas tellement tes propos, mais helas puis que c`est ton travail et que tu dois aumoins payer tes bills alors du courage.Au notre argent ta donne du travail mais donnez le rest puis que nous sonne N
Henry, jeudi 8 avril 2010
Pouquoi ecouter des eternels laches de ta nature??? JMD est-il président de la transition??? Pour mieux faire comprendre à l`opinion que JMD est genant, tu aurais fait simplement une adresse au président de la transition. Bien à toi!

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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