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Le discours du 7 janvier 2010, que le Général Sékouba KONATE avait adressé aux Guinéens au nom du CNDD, avait eu le mérite de nous arracher un sourire aux lèvres. Nous étions tous inquiets pour l’avenir immédiat de notre pays, eu égard à la fulgurante ascension du fascisme militaire et tribal. La déclaration conjointe d’Ouagadougou, aux termes de laquelle le Capitaine Dadis CAMARA cède ses « pouvoirs » au Général Sékouba KONATE, nous avait propulsés au Nirvana. Nous avions tous applaudi la dispersion des cumulonimbus qui s’étaient amoncelés au dessus de la mère patrie.
Un mois plus tard, force est de constater que nos visages sont des plus en plus crispés. Nous sommes de plus en plus inquiets par l’accumulation des non-dits, les grenouillages et le silence assourdissant des leaders politiques et sociaux.
En effet, si l’on s’en tient au discours de rupture du 7 janvier 2010, il transparaît une réelle volonté de la part du Général KONATE de confier la conduite de la Transition aux acteurs politiques et sociaux. Or, entre ce discours et les actes qui ont été posés jusqu’ici, il apparaît tout simplement que, dans un premier temps, le nouvel homme fort du pays a fait un grand bond en avant ; dans le second, il est entrain de faire des sautillons en arrière.
D’abord, il annonce que la conduite de la Transition sera confiée à un Gouvernement dont le leadership sera assuré par le Forum des Forces Vives. Or, à la lecture de la lettre de mission qu’il a adressée à Jean-Marie DORE, Premier Ministre désigné, il apparaît clairement que ce dernier n’a aucun pouvoir de décision et fait plutôt office de « force de proposition ». Dans ces conditions, on peut se demander quelle différence il y a entre la primature de DORE et celles de KOUYATE et de KOMARA, alors même que les défis actuels sont plus aigus que ceux d’hier.
Ensuite, si dans son discours, le Général KONATE a semblé tendre la main au Forum des Forces Vives, cette main tendue ne s’est matérialisée, ni par une convention écrite, ni même par une table ronde symbolique. Le Général KONATE a bien obtenu du Capitaine Dadis CAMARA son retrait du pouvoir mais il s’agit-là d’un gentleman agreements entre putschistes. La Déclaration de Ouaga ressort de la cuisine interne du CNDD ! Rien de plus.
Que s’est-il passé donc entre le 7 janvier 2010 et maintenant ? Rien de nouveau sous les cocotiers. Juste, le Système qui reprend le dessus. Petit à petit. Il y a, pour ceux qui connaissent un peu les sphères politique et administrative de la Guinée, une véritable culture du grenouillage, conséquence d’un manque total de valeurs morales et républicaines chez les courtisans du Prince. Tout le monde se sent une maternité jupitérienne et tout le monde veut être chef. Ce qui fait que, naturellement, tout le monde joue avec le feu. Au risque de brûler la maison commune. Mon avis est que, d’un décret à un autre, le Général Sékouba KONATE est entrain de se faire happer par ses mafias de toutes sortes. Le premier acte, justement de ces officines, consistent à ne pas multiplier les centres du pouvoir. Elles vont tout faire pour que le pouvoir réel reste entre les mains du Général Sékouba KONATE, en dépit de ce que lui-même avait déclaré.
Contrairement au management anarchiste mais bonapartiste du Capitaine Dadis CAMARA, le Général KONTATE aime déléguer. Et puisqu’on ne délègue qu’à ses collaborateurs, le tour est joué. Ce sont ses collaborateurs qui seront les vrais décideurs, les vrais deus ex machina. Voilà ce qui se passe, actuellement, dans la cour du Président de la Transition.
Quant à Monsieur Jean-Marie DORE, non seulement les conditions de sa nomination renforcent le doute sur la capacité des leaders politiques et sociaux à faire face au challenge mais les premiers pas du nouveau PM préfigurent déjà l’impasse dans laquelle il risque de nous conduire, si on ne l’arrête pas tout de suite et maintenant !
Il vous souviendra, en effet, que jusqu’à la date de ce papier, le CNDD et le FFV ne sont liés que par le verbe. Et quel verbe ? Celui du seul Général KONATE ! Le FFV a consenti à présenter la candidature unique de Jean-Marie DORE, à la Primature, sur la base de conditions qui seront définies après sa nomination. Où est la cohérence d’une telle démarche ? Sommes-nous si pressés que nous soyons incapables de prioriser les problèmes ? D’après, les informations qui nous parviennent, le FFV cherche, présentement, à signer un accord politique global avec le CNDD. Encore une fois, où est la logique d’une telle démarche ? Pourquoi n’avoir pas attendu la mise en place du cadre institutionnel transitionnel avant d’y affecter les hommes et les femmes chargés de leur mise en œuvre ?
Jean-Marie DORE, qui est tout sauf bête, entend manifestement tirer parti de ces erreurs tactiques de ses « amis ». Non seulement, il refuse de se prononcer sur sa candidature éventuelle mais il refuserait de confier le MATAP à une personnalité de la société civile, Rabiatou Serah DIALLO pour ne pas la nommer. Pis, pensant se trouver sur l’autre rive du fleuve en crue, il se moquerait désormais des leaders du FFV, en refusant de signer le projet d’accord politique global.
Tout donc est là pour que, une fois de plus, nous manquions notre rendez-vous avec l’Histoire. Je n’ose pas y penser !
Sékou Oumar CAMARA Juriste
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