vendredi 2 janvier 2009
La solution existe, il s’agit de ne pas détourner le regard !
Mamadou Oury Diallo

Depuis la première république, la démocratie guinéenne, comme toute jeune démocratie, a logiquement fait les frais d’un éventail de bonnes et mauvaises décisions : c’est le prix de l’autogouvernance.

A cet effet, il n’est plus nécessaire de rappeler à quiconque, les résultats de notre autogouvernance, tant nos populations sont sujettes à l’extrême misère et exposées aux conséquences de cette même misère.

Autant les erreurs commises durant nos cinquante premières années d’autogouvernance ont été monumentales et regrettables, autant « la Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée » pense que ces erreurs sont aujourd’hui suffisantes pour nous permettre de corriger notre démocratie et bâtir une nation viable et prospère.

Rompre ce cycle cauchemardesque de descente aux enfers devient un « devoir citoyen » pour chacun d’entre nous, car, au-delà de cette limite, nous risquons tous de faire les frais de l’éclatement de notre nation, avec tout ce que cela entraînera à court, moyen et long terme pour nos innocentes populations et notre magnifique pays. 

En cela, le diagnostic du mal guinéen à fait couler énormément d’encre ces dernières années, et chaque analyste a réussi à identifier ce qui apparaît à ses yeux comme étant la cause de notre malheur. Non seulement aucune des analyses n’est plus vraie qu’une autre, mais de plus, nous observons que toutes les analyses abondent généralement dans le même sens, à savoir : la corruption et la mal-gouvernance.

Pour ce qui est de la corruption et de la mal-gouvernance, « La Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée », pour avoir elle-même prescrit tout une batterie de recommandations en vue d’améliorer la bonne gouvernance, lutter contre la corruption et faire de l’Etat de droit une réalité guinéenne, atteste que la réussite et mise en œuvre de ses recommandations requiert un préalable.

En quelque sorte, malgré que nous soyons convaincus que la corruption et la mal-gouvernance sont de véritables maux socioéconomiques et politiques pour notre pays, cependant, elles ne sont pas la cause première de nos malheurs.

Cette affirmation se fonde sur la simple observation que : « quelque soi la volonté d’en découdre avec la corruption et la mal-gouvernance des différents acteurs crédibles, qui se sont succédés à la direction des pouvoirs publics en Guinée, nous n’avons avancé qu’à reculons sur ce plan. A chaque fois, soit les bonnes intentions buttent sur un mur opaque difficile à pénétrer, soit elles adhèrent à l’establishment.»

En commençant par Mr Sydia Touré, en passant par Mr Louceny Fall, et même le gouvernement de consensus né des évènements de janvier 2007, malgré la finalisation des rapports d’audit des départements ministériels, n’a pu avancer d’un iota sur ce plan.

Comprendre les fondements de cet establishment et essayer de pénétrer ce mur opaque, est l’objet de cette analyse.

Pour la « Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée », il n’y a aucun doute, la corruption et la mal-gouvernance dérivent d’une profonde déformation de notre démocratie, il s’agit de « l’ethnicisation » de la démocratie guinéenne. 

Cher(e)s compatriotes,

Parce que l’Heure nous le dicte et le Devoir nous interpelle, voilà le sujet que « La Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée » entend aborder avec vous aujourd’hui. Pour s’y prendre :

  1. Dans un premier temps, nous allons aborder le concept d’ethnicisation de la démocratie guinéenne ;
  2. Puis, dans un second temps, nous allons proposer les différentes issues pour « désethniciser » notre démocratie. Pour des raisons de concision, ce second point fera l’objet d’une prochaine publication.

« Ethnicisation de la démocratie guinéenne »

Compréhension et essai de définition : pour comprendre le phénomène d’ethnicisation de notre démocratie, sans vouloir abonder vers un cours sociologique, il serait nécessaire de revenir brièvement sur l’esprit qui a animé l’histoire de la démocratie occidentale.

En effet, selon le philosophe anglais, Thomas Hobbes, les besoins et les désires des individus sont le fil conducteur de l’histoire de la civilisation occidentale.

La justification à cette affirmation de Hobbes est la suivante : avant l’époque du féodalisme occidental, les sociétés occidentales étaient organisées en « clans ethniques. » Le principal besoin de transition des organisations de type ethnique vers la féodalité s’est manifestée à partir du moment où les « clans ethniques » n’arrivaient plus à assurer la sécurité de leurs propres membres.

C’est ainsi que ces clans se sont réorganisés pour être plus fort, en unissant leur force sous le commandement d’un seigneur pouvant assurer leur sécurité : ainsi naquit la féodalité. A ce niveau, nous percevons mieux la logique de Hobbes, car la principale cause du bouleversement historique des sociétés occidentales fut : le besoin de sécurité.

En développant ce raisonnement, il apparaît également que le féodalisme occidental a décliné en réponse aux besoins changeant des individus, voyant en « l’Etat moderne » une structure mieux équipée pour assurer la sécurité de ses membres.

Ainsi, du point de vue de Hobbes, « l’engagement total de l’Etat à assurer les besoins de sécurité de ses membres est à la base de la fondation des démocraties occidentales. »

Par ailleurs, comparativement, il se trouve que les études sociologiques récentes sur l’Afrique ont été dominées par des paradigmes empruntés aux sociétés occidentales. L’un de ces paradigmes dominant fut justement l’assertion centrale de la théorie de la modernisation de 1960, qui stipule que : « Les organisations ethnocentriques disparaîtront des sociétés africaines, et de celles des pays sous-développés, dès que les racines d’un Etat moderne émergeront dans la culture politique de ses sociétés, répétant ainsi le schéma des civilisations occidentales» 

Cependant, une observation critique de l’évolution des sociétés africaines fait apparaître le contraire de ces assertions. En effet, contrairement en Europe occidentale où le développement de « l’ethnocentrisme » et de « l’Etat » fut inversement proportionnel dans l’histoire, dans les sociétés africaines, l’ethnocentrisme grandit au fur et à mesure du développement de l’Etat. Dès que l’Etat cherche à dominer les affaires publiques en Afrique, l’ethnocentrisme bloque, et ne fait aucune place aux institutions de l’Etat.

« En Afrique, l’Etat est perçu comme une institution par laquelle le pouvoir d’un clan est organisé sur une base ethnique, mieux élaborée pour assurer la sécurité de ses membres. »

Pour mieux comprendre cette divergence de perception que les sociétés occidentales et africaines ont de l’Etat, il serait absolument nécessaire de revenir un peu en arrière, notamment en examinant brièvement la relation qui a existée entre l’Etat et l’individu africain tout au long de son histoire, particulièrement aux époques de l’esclavage et de la colonisation.

En effet, il est facile d’observer que durant les quatre siècles d’esclavages (1450-1850) et pour la période de la colonisation, les intérêts extérieurs ont toujours fait équipe avec les Etats africains indigènes, pour atteindre leur mandat de commerce d’esclave et de colonisation en Afrique. Donc, dans les sociétés africaines, contrairement à l’occident, l’Etat n’a été qu’une source de malheur et de persécution pour les individus.

« Ces faits expliquent en grande partie la persistance de l’ethnocentrisme, considéré par les individus africains comme le seul refuge sûr contre l’oppresseur, assimilé à l’Etat-nation. »

A présent, pour prendre le cas de la Guinée, depuis la première république jusqu’à nos jours, malgré que les institutions de l’Etat soient “neutres” (langues, cultures et symboles), cependant, il est facile de remarquer qu’accéder aux structures de l’Etat est affilié aux réseaux de clientélisme et des partis politiques, lesquels réseaux ont, eux-mêmes, des fondements ethnocentriques. Ainsi s’explique la facilité d’accès de quelques groupes ethniques aux structures de l’Etat, alors que les autres en sont exclus.

Cela se vérifie dans la mesure où, en Guinée, la première république fut caractérisée par la prédominance de l’ethnie « Malinké » aux différentes structures de l’Etat et l’agression permanente contre les autres ethnies; la deuxième république s’est également caractérisée, jusqu’à une date récente, par la prédominance de l’ethnie Soussou et la marginalisation des autres groupes ethniques qui, n’ayant pas accès aux structures de l’Etat et se sentant menacés, trouvent refuge dans leur propre clans ethniques, tout en cherchant à accéder aux structures de l’Etat.

Dans ce contexte :

  • Il devient beaucoup plus facile de comprendre pourquoi les réformes de l’administration publique ne donnent absolument rien ;
  • Il devient beaucoup plus facile de comprendre pourquoi la médiocrité, le clientélisme et le népotisme sont des valeurs ancrées ;
  • Il devient beaucoup plus facile de comprendre pourquoi les mesures de lutte contre la corruption et la mal-gouvernance ne peuvent être un succès ;
  • Il devient beaucoup plus facile de comprendre pourquoi l’Etat de droit ne peut être une réalité guinéenne ;

Ces réformes ne peuvent être un succès car, non seulement la quasi-totalité des membres du clan ethnique au pouvoir, même en position de minorité, cherche à conserver le statu quo qui est source de sécurité pour eux, mais de plus, un corps étranger à l’ethnique au pouvoir n’y peut mener à bout une quelconque reforme susceptible de bouleverser l’establishment, source de sécurité pour l’ethnie au pouvoir.

Cher(e)s compatriotes,

Ce mur opaque sur lequel butent ces réformes nécessaires contre la corruption et la mal-gouvernance, ce mur opaque sur lequel butent ces réformes nécessaires pour une redistribution équitable de nos richesses, ce mur opaque sur lequel butent ces réformes nécessaires contre la corruption, ce mur opaque sur lequel butent ces réformes nécessaires pour l’Etat de droit sur nos terres, c’est ce mur opaque que nous appelons : « ethnicisation de la démocratie guinéenne. »

Briser ce mur opaque devient ainsi, le préalable nécessaire et indispensable, pour bâtir une nation stable, instaurer l’Etat de droit et mener à bout les réformes nécessaires au développement socioéconomique de notre pays.

C’est dans cette optique que le laboratoire de la « Ligue » ouvre un débat responsable sur la « désethnicisation » de notre démocratie, lequel sujet, fera l’objet de l’une de nos prochaines publications.

« On résiste à l’invasion des armées, on ne résiste pas à l’invasion des idées. » Victor Hugo

« Diversité, Loi, Liberté »

Mamadou Oury Diallo, Canada
Président de la Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée
pour
www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Mamadou Oury Diallo, (Canada), dimanche 4 janvier 2009
Mme D, permettez moi de vou sremercier pour votre confience et votre fidelité...Vous savez, nous pensons que dans une société chacun à un rôle à jouer, donc nous nous avons décider de prendre au sérieux notre rôle, celui de mettre à la disposition de toute la société guinéenne des outils les permettant de comprendre, d`apprécier, de juger, de poser des questions, en un mot,de ne pas être des moutons de panurge. Concerant votre remarque par rapport à la mal gouvernance, nous en tiendrons compte lors d enos prochains travaux de recherche, et merci d`avance. Par rapport à Mr Komara, comme Mr Sydia Touté et Mr Lounceny Fall, sachez que j`ai personnellement un grand estime pour ce monsieur et, sans doute, avec une équipe compétente, il est capable de soulever des montagnes. Mais voyez-vous Mme D, c`est justement à ce niveau toute la difficulté car, pour pouvoir faire avancer la Guinée, il y a des dossiers sur lesquels il faut absolument avancer: l`Etat de droit, la reforme de l`administration publique et les reformes économiques. Or dans cette analyse-ci, nous avons démontrez que ces reformes ne peuvent avoir lieu sans un préalable qui est la "desethnicisation" de notre démocratie, dont nous réservons le contenu pour notre très prochaine publication sur guineeactu.com...Encore merci Mme D, avec tous nos respects.
BANGALY TRAORE, dimanche 4 janvier 2009
MON FRERE MERCI POUR VOTRE DETERMINATION POUR LA CAUSE DE LA NATION,SELON MES ANALYSES IL FAUT LA JUSTICE DANS NOTRE PAYS,IL Y A EU DES EXECUTIONS,DES MORTS,DES CONDAMNATIONS SANS AUCUNE JUSTICE.LA SOLUTION POUR L`UINTE NATIONALE ET LA RECONCILIATION,IL FAUT LA JUSTICE POUR LES VICTIMES DE 1ET2 REPUBLIQUE.
Mme D, dimanche 4 janvier 2009
Mr Oury, j`apprecie l`effort que vous deployez pour vos recherches et surtout l`analyse pertinente que vous donnez aux lecteurs fideles comme moi. Je reitere ma fidelite a vos analyses, mais encore une fois, posez des solutions concretes et realisables dans le bref delai, comme j`adore le dire, guineens et non guineens, savons que la guinee a souffert des precedents regimes : condamnation sans raison, pillage de nos richesses sans poursuite, ethnocentrisme, corruption conduisant le pays a la faillite et mon cher tous ces mots sont LA MAL GOUVERNANCE. EN fait mon ami quand on parle de mal gouvernance, c`est y compris l`ethnicisation et tous ces maux dont souffre la Guinee depuis un demi siecle, LA MAL GOUVERNANCE EST le TOP et engorge tout ce que vous avez donne comme explication. Il faut que le guineen se surpasse, oublions le passe, essayons de decoller et voir. Je lisais la passation de service entre l`ancien PM Souare et Le nouveau KOMARA, j`ai fortement apprecie les mots utilises par KOMARA, il a essaye de donner quelques exemples qui ont conduit notre pays a la faillite, c`est ce que vous je disais, en realite ca se resume a la malgouvernance comprenant tous ces maux. A le lire, j`ai compris aussi som message "bondons sur notre proie et devorons la" comme dire au boulot, la situation est grave. Mr Diallo, ce que j`attends de vous, c`est par exemple faire une lettre a Monsieur le nouveau PM, lui proposant des solutions qui feront le bonheur du guineen, peut etre en lui expliquant toutes ces erreurs(SI IL NE LES CONNAIT PAS DEJA), si il faut les appeler ainsi commises par ses predecesseurs. Merci Mme D
Catherine Stampfli, vendredi 2 janvier 2009
Merci Monsieur Diallo de votre éclairage qui est extrêmement intéressant. Cela m`a vraiment donné d`autres éléments pour mieux comprendre le contexte politique de la Guinée, pays et peuple que j`aime beaucoup. Catherine Stämpfli

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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