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Nous venons d’assister le jeudi 18 février dernier à l’épilogue de la crise politique au Niger, une crise qui dure depuis une année, depuis le moment où Monsieur Mamadou Tandja a manifesté, à travers des comités de soutien, le désir de rester au pouvoir.
En effet voici un coup d’Etat qui intéressera surement les politologues avertis et qui ne manquera pas d’avoir des répercussions sur l’avenir des relations entre les armées africaines et le pouvoir civil dans le processus démocratique en cours sur le continent.
Cette intervention armée pour renverser un pouvoir civil en place fut-il dans l’illégalité recouvre plusieurs aspects à savoir sa prévisibilité, sa ‘’légitimité’’ et l’unanimité qu’elle a déclenchée.
D’entrée de jeu, il faut préciser qu’en tant que démocrate et convaincu du côté négatif, en général, d’un coup d’état, nous sommes contre toute alternance au pouvoir qui ne découlerait pas des urnes.
Ce principe étant posé, il nous faut nous interroger sur les causes profondes qui sont souvent à l’origine de ce phénomène, comme ce qu’il vient de se passer au Niger.
Les coups d’état revêtent plusieurs formes, mais l’on ne tient généralement en compte que les seuls coups de force militaire pour qualifier ce phénomène.
En effet, quand un pouvoir politique en place ‘’tripatouille’’ la constitution pour l’arranger à sa sauce et ainsi être sûr de gagner les élections à venir, ceci constitue une forme de violence faite au peuple et un coup porté aux institutions.
C‘est d’ailleurs pour cette raison que la charte de l’Union Africaine (UA) interdit toute modification constitutionnelle dans les six mois précédant une consultation présidentielle alors même que la CEDEAO l’interdit formellement.
Quand un pouvoir fait sauter le verrou de la limitation du nombre de mandats présidentiels et la durée de ce mandat, c’est aussi une forme de violence qui ne dit pas son nom.
C’est la porte ouverte à une présidence à vie car en Afrique comme dans d’autres pays du tiers monde, il n’est pas évident d’arriver à une alternance quand le pouvoir en place utilise les caisses de l’Etat pour se maintenir au pouvoir.
La constitution Nigérienne élaborée et adoptée en 1999, à la suite du coup d’Etat de Monsieur Malam Wanké, et qui a permis à Monsieur Mamadou Tandja d’arriver au pouvoir après des élections crédibles est considérée comme l’un des meilleurs modèles dans ce genre en Afrique. A ce propos, le Niger constitue un laboratoire démocratique en Afrique avec uns société civile à la pointe du combat pour les libertés.
La volonté affichée et réalisée de Mr Mamadou Tandja de rallonger son deuxième mandat de trois ans et la possibilité de se représenter indéfiniment à ce poste, après l’adoption d’une nouvelle constitution, appelée celle de la sixième république, constituaient une violence faite au peuple nigérien.
En effet, il na pu réaliser son plan qu’en passant outre le refus de l’assemblée nationale et de la cour constitutionnelle de sa volonté de modification constitutionnelle. C’est d’ailleurs pour cela qu’il a dissout ces deux instances.
C’est en cela que le Président nigérien était devenu un fossoyeur de la démocratie en la faisant régresser et perdre l’avance et le leadership en ce domaine sur le continent.
Avant que ces modifications n’aient lieu, il y a eu des interventions de toutes parts pour dissuader les autorités nigériennes, comme celles de l’UA, de la CDEAO, de la communauté internationale etc., rien ne les a fait reculer dans leur besogne de sape des avancées démocratiques.
Monsieur Mamadou Tandja s’est entêté et est allé jusqu’au bout de son idée pensant que la boucle était bouclée. Soutenu en cela par toute une noria d’affidés, parcourant toute la société, bien que largement minoritaire et prétextant du bon bilan économique de ce dernier. Comme quoi, la démocratie tient à un fil quand elle n’a pas eu le temps d’imprégner la société dans son ensemble et de fond en comble.
Tous les ingrédients étaient donc réunis pour que l’arbitre, en l’espèce l’armée prenne la seule décision qui allait de soi. C'est-à-dire, renverser ce pouvoir pour un retour à l’ordre constitutionnel.
D’où le caractère prévisible de ce coup d’état auquel tout le monde s’attendait et l’irruption, de nouveau, de l’armée dans la sphère politique après un intermède de dix ans.
La ‘’légitimité’’ de ce coup d’état vient de ce que l’armée nigérienne intervient, sans risque de me tromper, pour rétablir un jeu démocratique faussé par la seule volonté d’un homme et d’un groupe. Elle a déjà eu à rendre le pouvoir aux civils en 1999.
L’Unanimité vient de l’adhésion populaire tant au niveau national qu’au niveau international à ce coup de force qui va dans le bon sens. C’est ainsi que ce dimanche 21 février, plus de dix mille manifestants sont sortis dans les rues de Niamey pour soutenir la junte.
Celle-ci vient d’ailleurs de déclarer son intention de rendre ce pouvoir aux civils, très rapidement et après la rédaction d’une nouvelle constitution avec la participation de la société civile et des partis politiques ainsi que l’organisation d’élections.
La junte a aussi déclaré ne pas avoir l’intention de faire juger Mr Tandja et a fait libérer la majeure partie des ministres de son gouvernement après seulement quarante huit heures de détention. A comparer avec la détention sans jugement, de plusieurs Guinée.
L’armée nigérienne peut être qualifiée sans conteste d’armée républicaine en ne s’immisçant pas dans le jeu politique et en intervenant, quand cela s’avère nécessaire, pour rétablir le jeu normal des institutions c’est à dire le retour à l’ordre constitutionnel.
L’organe dirigeant de la junte ne s’appelle pas par hasard, le Conseil Suprême pour la Restauration de la Démocratie (CSRD). C’est ce que les peuples africains, à commencer par le peuple de Guinée, attendent de leur armées respectives.
Les condamnations du coup d’Etat, émises par l’UA, la CDEAO et le sommet des Chefs d’Etats de l’Union Economique et Monétaire de l’Afrique de l’Ouest (UEMOA), constituent des condamnations de principe, car banni par exemple par la charte de l’UA.
Cette entreprise de dévoiement de la démocratie était vouée à l’échec car le peuple nigérien est un peuple mûr et son armée, depuis dix ans maintenant, s’était soustraite du cycle infernal des coups d’état qui retardent le décollage économique du continent africain.
Aboubacar Fofana Président du Club DLG (Demain La Guinée)
N.B : Vous pourrez mettre à profit la lecture d’un texte que nous avions publié il y a quelques mois déjà sur la vitalité de la démocratie nigérienne après le refus de l’assemblée nationale et de la cour constitutionnelle d’accéder à la demande de modification de la loi fondamentale telle que voulue par Mr Tandja.
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