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Dieu seul sait que nous sommes nombreux, chers compatriotes, à nous poser cette question. Une question qui a son pesant d’or, d’autant plus qu’avec ses nombreux « Rendez-vous manqués », on a le sentiment que « la vie politique guinéenne a perdu tout sens depuis I958. » Et, comme le dit Th. Monenembo, « à chaque fois que nous avons failli démarrer, nous sommes tristement retombés sur nos pieds ».
Si mes souvenirs sont exacts, Le Pr. Doré, en optimiste mesuré, avait comparé, la situation de la Guinée à un corps (vivant je suppose) qui tomberait dans une piscine ! Il disait en substance que, lorsque le corps atteindra le fond de celle-ci, il remontera nécessairement ; que dans le cas d’espèce, la Guinée avait atteint le fond ; qu’il ne lui restait plus qu’à remonter. Un optimisme que je partage entièrement. Mon seul problème néanmoins, c’est qu’à mon avis, si « la piscine » est trop profonde, le temps pour arriver au fond, peut s’avérer relativement long ! Et pour remonter à la surface, encore plus long ! Il y a donc un risque majeur que nous restions, par manque d’énergie, cloués au fond de la piscine.
Toute la question est de savoir, comment et à quand la remontée ?
Il vous souviendra, mes chers compatriotes, que c’est au nom des valeurs humaines de liberté et de démocratie que la Guinée s’émancipa, sans violence, de la colonisation française ! Fait remarquable, quand on sait que le peuple de Guinée eu la chance historique d’obtenir, ce que la France, n’obtiendra (sous occupation Allemande), qu’au prix de centaines de milliers de vies humaines : LA LIBERTE !
Porte-flambeau autrefois, d’une Afrique assoiffée de liberté, de créations littéraires et artistiques, on en est réduit aujourd’hui à prendre acte que la Guinée git désormais dans une situation de dégradation matérielle et spirituelle très avancée. Un pays auquel tout semblait pourtant sourire au départ, au point de devenir, « la convoitise » de nombreuses nations, alors en quête de zones d’influence dans tous les domaines. A ce jour, ce pays est devenu « la risée » de l’Afrique.
Pourquoi ?
Il y a eu évidement, de nombreux facteurs qui ont pu concourir à la situation dans laquelle la Guinée se trouve aujourd’hui. De nombreuses et pertinentes analyses ont été faites sur la question. Et, un des facteurs dont il est, me semble t-il, rarement fait cas sur la toile, c’est bien la nature des circonstances dans lesquelles, les Guinéens se sont retrouvés (à trois reprises), à un tournant décisif de leur histoire. Les événements de janvier-février 2007 mis à part, je note que ces circonstances ont toujours revêtu un caractère pacifique.
La République de Guinée a ceci de singulier. En effet, elle a eu à traverser des étapes importantes de son histoire, « sans effusion de sang », a-t-on l’habitude de marteler ! Une situation, à priori, réjouissante qu’il convient cependant et malheureusement de relativiser, quand on prend en compte, d’une part, les maigres résultats obtenus, d’autre part, les graves contentieux accumulés au bout de cinquante années de souveraineté internationale et sur lesquels nous nous efforçons d’ailleurs à faire l’impasse.
Je dois dire qu’on aurait pu être fier de ces événements « sans effusion de sang », s’ils ne nous rappelaient pas que tout ce qui est facilement acquis, est généralement condamné à être dilapidé ! On aurait pu s’en réjouir dis-je, si ces évènements n’avaient pas servi dans le passé et ne servent encore à justifier des velléités de confiscation du pouvoir; s’ils ne nous renvoyaient pas l’image d’un peuple plutôt inefficace, toujours prompte à dilapider ses nombreuses opportunités.
Si l’on est d’accord que le droit ne se donne pas, mais se prend, on ne peut qu’être conforté par le raisonnement qui consiste à dire que notre peuple paie aujourd’hui, le prix pour la facilité avec laquelle il accéda, « gratuitement », à toutes ces opportunités pour un nouveau départ. Ce, de 1958 à nos jours. Le lecteur notera pour rappel, qu’en 1958, la Guinée obtint sa liberté sans effort significatif et, en tout cas, sans lutte armée!
Ceci expliquerait-il l’immobilisme et l’indifférence des Guinéens, lorsque, 26 années durant, leurs libertés furent confisquées et leur pays transformé en un immense goulag tropical ?
Rien n’est moins sûr ! Je relève seulement, qu’un quart de siècle après, et plus précisément, le 3 Avril 1984, le peuple de Guinée se retrouvera une fois de plus; à ce point où, il lui revenait de choisir ce qu’il faut faire de sa liberté retrouvée ! Dans l’indifférence générale, et comme pour perpétuer ce qui semblait désormais s’inscrire dans la tradition, les nouveaux dirigeants en firent ce qu’ils voulaient. La mise en parenthèse de cette autre étape décisive de notre histoire, durera près d’un quart de siècle! Et l’état de décomposition avancée dans laquelle, Conté laissera le pays, fut tel que, l’on préférera des soldats à l’image de Dadis Camara, Jean Claude Pivi, Sékouba Konaté, Aedor Bah et tant d’autres, à la solution constitutionnelle !
Cette posture est-elle toujours défendable ?
Je n’en suis pas aussi sûr ! Je dirai qu’elle est même discutable, au vu des agissements peu rassurants de la junte au pouvoir depuis le 23 Décembre 2008.
Ce qui est en tout cas notable, c’est que depuis cette date, le peuple de Guinée s’est retrouvé à nouveau dans une situation de « changement-de-pouvoir-sans-effusion-de-sang » ! En d’autres termes, nous sommes arrivés (encore une fois), à un point, où il nous revient (gratuitement), de décider de ce que nous ferons de notre liberté retrouvée !
Allons-nous prendre enfin le bon chemin ?
Ce n’est pas évident ! Et pour cause, les mêmes causes produisant les mêmes effets, c’est parti encore pour quelques années de gestion militaire des affaires de l’Etat, avec tout ce que cela comporte de hasardeux, d’incompétence et d’abus de toute sorte!
Je suis de l’avis qu’aussi longtemps que nous ne « payerons » pas un « prix juste »pour gagner ce que nous avons pris l’habitude d’obtenir, « sans effusion de sang », nous ne saurons en mesurer l’importance, et par conséquence, consentir le sacrifice nécessaire pour le défendre ! N’ayant consenti aucun « sacrifice » pour leurs libertés retrouvées, ce 23 décembre 2009, les Guinéens sont de nouveau sur le point de les abandonner, encore une fois, entre les mains d’aventuriers, tels que Jean Claude Pivi, Dadis camara et Sékouba Konaté. Et, avec l’appui de quelques intellectuels véreux comme ceux que M. L. Petty qualifiait à juste titre de « commis voyageurs », les Guinéens sont sur le point de « s’amuser encore une fois, avec leur histoire »
Le drame donc dans tout cela, c’est que, certains compatriotes ont leur propre lecture de l’après 23 Décembre 2008. La recette n’est pas nouvelle. En Avril 1984, des « commis voyageurs » en quête de postes Ministériels avaient fait leurs preuves. Aujourd’hui encore, ils ont repris du service. Mais cette fois-ci, avec l’appui inestimable de l’internet, nous avons à faire à une génération très agressive « d’arnaqueurs politiques ». Et le fait que certains intellectuels, comme le disait Benn Pepito, « militent pour la médiocrité au pouvoir et le maintient de la compétence sur le banc de touche », doit être à mon avis, condamné au même titre que les agissements criminels du CNDD sur le terrain.
Mais alors, que nous reste-t-il à faire, pour y mettre un terme ?
Avec les derniers développements de la situation politique en Guinée, on ne peut que prendre acte du quasi retour à la case de départ. Il est désormais acquis, que l’armée n’est et n’a aucune solution, pour sortir notre pays de 50 années de décomposition. Dans un précédent article ici, j’avais tenté de montrer en quoi est-ce que l'armée en général, et le CNDD en particulier, ne peuvent favoriser l'avènement de la démocratie en Guinée. Et le fait que, de plus en plus de voix se s’élèvent, pour exiger sa suppression pure simple, marque une évolution importante, quant à l’approche des solutions pour une sortie définitive d’un demi-siècle de crise.
A mon avis, il n'y a pas d'alternative aux mouvements syndicaux, aux partis politiques et la société civile. Œuvrer donc à la cohésion entre les forces sociales et politiques du pays, est à mon humble avis, la feuille de route qui s'impose à tous. Les événements en début d'année 2007 ont prouvé qu'avec le soutien et l'adhésion de tous, l’avènement d'un Etat de droit et d'une démocratie durable en Guinée sont possible.
Les conditions d'une nouvelle grève générale et illimitée, résultant de la dégradation des conditions de vie des populations, sont actuellement réunies en Guinée. Le refus par la Communauté internationale de reconnaitre la junte au pouvoir, en gelant tout financement susceptible de lui donner un capital politique pouvant justifier son éventuelle confiscation du pouvoir, finira, à court terme, par la fragiliser.
Nous pouvons encore éviter à ce pays, de sombrer dans une nouvelle dictature militaire, par l’amplification et la multiplication de crises socioprofessionnelles. Le pays n’étant pas financé, il sera intenable pour le CNDD et le Gouvernement, de gérer une grève générale et illimitée ! La crise se devra bien entendu, de reposer sur une plate-forme revendicative solide, avec pour ossature :
- La dissolution du CNDD
- La création d’un Conseil National Transitoire (CNT)
- Le toilettage de la Constitution
- L’Organisation rapide d’élections libres et transparentes
Faute de quoi, il incombera aux forces vives de rendre le pays ingouvernable, en organisant une série d’actions susceptibles de paralyser le fonctionnement normal de l’Administration. Bref, les exploits des évènements de janvier février 2007 doivent être réédités, pour éviter à ce pays de sombrer encore dans 25 autres années de dictature militaire.
Ismael Souaré
Pour www.guineeatu.com
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