dimanche 7 juin 2009
La République de Guinée s’en sortira t- elle jamais un jour ?

Dieu seul sait que nous sommes nombreux, chers compatriotes, à nous poser cette question. Une question qui a son pesant d’or, d’autant plus qu’avec ses nombreux « Rendez-vous manqués », on a le sentiment que « la vie politique guinéenne a perdu tout sens depuis I958. » Et, comme le dit Th. Monenembo, «  à chaque fois que nous avons failli démarrer, nous sommes tristement retombés sur nos pieds ».

 

Si mes souvenirs sont exacts, Le Pr. Doré, en optimiste mesuré, avait comparé, la situation de la Guinée à un corps (vivant je suppose) qui tomberait dans une piscine ! Il disait en substance que, lorsque le corps atteindra le fond de celle-ci, il remontera nécessairement ; que dans le cas d’espèce, la Guinée avait atteint le fond ; qu’il ne lui restait plus qu’à remonter. Un optimisme que je partage entièrement. Mon seul problème néanmoins, c’est qu’à mon avis, si « la piscine » est trop profonde, le temps pour arriver au fond, peut s’avérer relativement long ! Et pour remonter à la surface, encore plus long ! Il y a donc un risque majeur que nous restions, par manque d’énergie, cloués au fond de la piscine.

 

Toute la question est de savoir, comment et à quand la remontée ? 

 

Il vous souviendra, mes chers compatriotes, que c’est au nom des valeurs humaines de liberté et de démocratie que la Guinée s’émancipa, sans violence, de la colonisation française ! Fait remarquable, quand on sait que le peuple de Guinée eu la chance historique d’obtenir, ce que la France, n’obtiendra (sous occupation Allemande), qu’au prix de centaines de milliers de vies humaines : LA LIBERTE !

 

Porte-flambeau autrefois, d’une Afrique assoiffée de liberté, de créations littéraires et artistiques, on en est réduit aujourd’hui à prendre acte que la Guinée git désormais dans une situation de dégradation matérielle et spirituelle très avancée. Un pays auquel tout semblait pourtant sourire au départ, au point de devenir, « la convoitise » de nombreuses nations, alors en quête de zones d’influence dans tous les domaines. A ce jour, ce pays est devenu « la risée » de l’Afrique.

 

Pourquoi ?

 

Il y a eu évidement, de nombreux facteurs qui ont pu concourir à la situation dans laquelle la Guinée se trouve aujourd’hui. De nombreuses et pertinentes analyses ont été faites sur la question. Et, un des facteurs dont il est, me semble t-il, rarement fait cas sur la toile, c’est bien la nature des circonstances dans lesquelles, les Guinéens se sont retrouvés (à trois reprises), à un tournant décisif de leur histoire. Les événements de janvier-février 2007 mis à part, je note que ces circonstances ont toujours revêtu un caractère pacifique.

 

La République de Guinée a ceci de singulier. En effet, elle a eu à traverser des étapes importantes de son histoire, « sans effusion de sang », a-t-on l’habitude de marteler ! Une situation, à priori, réjouissante qu’il convient cependant et malheureusement de relativiser, quand on prend en compte, d’une part, les maigres résultats obtenus, d’autre part, les graves contentieux accumulés au bout de cinquante années de souveraineté internationale et sur lesquels nous nous efforçons d’ailleurs à faire l’impasse.

 

Je dois dire qu’on aurait pu être fier de ces événements « sans effusion de sang », s’ils  ne nous rappelaient pas que tout ce qui est facilement acquis, est généralement condamné à être dilapidé ! On aurait pu s’en réjouir dis-je, si ces évènements n’avaient pas servi dans le passé et ne servent encore à justifier des velléités de confiscation du pouvoir; s’ils ne nous renvoyaient pas l’image d’un peuple plutôt inefficace, toujours prompte à dilapider ses nombreuses opportunités.

 

Si l’on est d’accord que le droit ne se donne pas, mais se prend, on ne peut qu’être conforté par le raisonnement qui consiste à dire que notre peuple paie aujourd’hui, le prix pour la facilité avec laquelle il accéda, « gratuitement », à toutes ces opportunités pour un nouveau départ. Ce, de 1958 à nos jours. Le lecteur notera pour rappel, qu’en 1958, la Guinée obtint sa liberté sans effort significatif et, en tout cas, sans lutte armée!

 

Ceci expliquerait-il l’immobilisme et l’indifférence des Guinéens, lorsque, 26 années durant, leurs libertés furent confisquées et leur pays transformé en un immense goulag tropical ?

 

Rien n’est moins sûr ! Je relève seulement, qu’un quart de siècle après, et plus  précisément, le 3 Avril 1984, le peuple de Guinée se retrouvera une fois de plus; à ce point où, il lui revenait de choisir ce qu’il faut faire de sa liberté retrouvée ! Dans l’indifférence générale, et comme pour perpétuer ce qui semblait désormais s’inscrire dans la tradition, les nouveaux dirigeants en firent ce qu’ils voulaient. La mise en parenthèse de cette autre étape décisive de notre histoire, durera près d’un quart de siècle! Et l’état de décomposition avancée dans laquelle, Conté laissera le pays, fut tel que, l’on préférera des soldats à l’image de Dadis Camara, Jean Claude Pivi, Sékouba Konaté, Aedor Bah et tant d’autres, à la solution constitutionnelle !

 

Cette posture est-elle toujours défendable ?

 

Je n’en suis pas aussi sûr ! Je dirai qu’elle est même discutable, au vu des agissements peu rassurants de la junte au pouvoir depuis le 23 Décembre 2008.

 

Ce qui est en tout cas notable, c’est que depuis cette date, le peuple de Guinée s’est retrouvé à nouveau dans une situation de « changement-de-pouvoir-sans-effusion-de-sang » ! En d’autres termes, nous sommes arrivés (encore une fois), à un point, où il nous revient (gratuitement), de décider de ce que nous ferons de notre liberté retrouvée !

 

Allons-nous prendre enfin le bon chemin ?

 

Ce n’est pas évident ! Et pour cause, les mêmes causes produisant les mêmes effets, c’est parti encore pour quelques années de gestion militaire des affaires de l’Etat, avec tout ce que cela comporte de hasardeux, d’incompétence et d’abus de toute sorte!

 

Je suis de l’avis qu’aussi longtemps que nous ne « payerons » pas un « prix juste »pour gagner ce que nous avons pris l’habitude d’obtenir, « sans effusion de sang », nous ne saurons en mesurer l’importance, et par conséquence, consentir le sacrifice nécessaire pour le défendre ! N’ayant consenti aucun « sacrifice » pour leurs libertés retrouvées, ce 23 décembre 2009, les Guinéens sont de nouveau sur le point de les abandonner, encore une fois, entre les mains d’aventuriers, tels que Jean Claude Pivi, Dadis camara et Sékouba Konaté. Et, avec l’appui de quelques intellectuels véreux comme ceux que M. L. Petty  qualifiait à juste titre de « commis voyageurs », les Guinéens sont sur le point de « s’amuser encore une fois, avec leur histoire »

 

Le drame donc dans tout cela, c’est que, certains compatriotes ont leur propre lecture de l’après 23 Décembre 2008. La recette n’est pas nouvelle. En Avril 1984, des « commis voyageurs » en quête de postes Ministériels avaient fait leurs preuves. Aujourd’hui encore, ils ont repris du service. Mais cette fois-ci, avec l’appui inestimable de l’internet, nous avons à faire à une génération très agressive « d’arnaqueurs politiques ». Et le fait que certains intellectuels, comme le disait Benn Pepito, « militent pour la médiocrité au pouvoir et le maintient de la compétence sur le banc de touche », doit être à mon avis, condamné au même titre que les agissements criminels du CNDD sur le terrain.

 

Mais alors, que nous reste-t-il à faire, pour y mettre un terme ?

 

Avec les derniers développements de la situation politique en Guinée, on ne peut que prendre acte du quasi retour à la case de départ. Il est désormais acquis, que l’armée n’est et n’a aucune solution, pour sortir notre pays de 50 années de décomposition. Dans un précédent article ici, j’avais tenté de montrer en quoi est-ce que l'armée en général, et le CNDD en particulier, ne peuvent favoriser l'avènement de la démocratie en Guinée. Et le fait que, de plus en plus de voix se s’élèvent, pour exiger sa suppression pure simple, marque une évolution importante, quant à l’approche des solutions pour une sortie définitive d’un demi-siècle de crise.

 

A mon avis, il n'y a pas d'alternative aux mouvements syndicaux, aux partis politiques et la société civile. Œuvrer donc à la cohésion entre les forces sociales et politiques du pays, est à mon humble avis, la feuille de route qui s'impose à tous. Les événements en début d'année 2007 ont prouvé qu'avec le soutien et l'adhésion de tous, l’avènement d'un Etat de droit et d'une démocratie durable en Guinée sont possible.

 

Les conditions d'une nouvelle grève générale et illimitée, résultant de la dégradation des conditions de vie des populations, sont actuellement réunies en Guinée. Le refus par la Communauté internationale de reconnaitre la junte au pouvoir, en gelant tout financement susceptible de lui donner un capital politique pouvant justifier son éventuelle confiscation du pouvoir, finira, à court terme, par la fragiliser.

 

Nous pouvons encore éviter à ce pays, de sombrer dans une nouvelle dictature militaire, par l’amplification et la multiplication de crises socioprofessionnelles. Le pays n’étant pas financé, il sera intenable pour le CNDD et le Gouvernement, de gérer une grève générale et illimitée ! La crise se devra bien entendu, de reposer sur une plate-forme revendicative solide, avec pour ossature :

 

-         La dissolution du CNDD

-         La création d’un Conseil National Transitoire (CNT)

-         Le toilettage de la Constitution

-         L’Organisation rapide d’élections libres et transparentes

 

Faute de quoi, il incombera aux forces vives de rendre le pays ingouvernable, en organisant une série d’actions susceptibles de paralyser le fonctionnement normal de l’Administration. Bref, les exploits des évènements de janvier février 2007 doivent être réédités, pour éviter à ce pays de sombrer encore dans 25 autres années de dictature militaire.

 

 

Ismael  Souaré

 

Pour www.guineeatu.com

 

 

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Vos commentaires
Keoulenba, vendredi 12 juin 2009
Je suis de ceux qui pense que le vrai changement viendra apres effusion de sang. Meme si c`est moi que Dieu choisissait de passer aux armes pour une Guinee meilleure,je remercierai Dieu de m`avoir choisi. Pourquoi trois fois mediocre?
Ismael Souare, vendredi 12 juin 2009
Merci Doyen, pour cette autre note de sagesse et d`espoir! Bien à vous
Ansoumane Doré, jeudi 11 juin 2009
Mon cher Ismael, tu poses la question cardinale en titre de cette très bonne contribution.Je suis sûr que siu tu poses la question: "La République de Guinée s`en soretira-t-elle jamais un jour?",le fait est certain que nous en sommes tous saisis en permanence malgré les masques que nous portons les uns et les autres pour faire bonne contenance. Devant la lancinante question posée,chacun de nous se sent petit, tout petit en se disant que ça changera un jour. Mais quand?...J`exagère, du reste,en écrivant que tous les Guinéens sont concernés au même degré par la question posée.L`expérience montre hélas qu`il y a et qu`il y aura de nos concitoyens abonnés à la "moutonnerie" pour dire à l`arrivée de chaque changement de régime régime que "cette fois, c`est la bonne tentative !" sans aucun élément pour ce genre d`affirmation ou de croyance.L`inguérissable blessure que la Guinée traîne a sa source dans cette naïveté mortelle.
Ismael Souare, mercredi 10 juin 2009
A mes compatriotes Balde, Diallo, Poullofouta,Oumar Diaby et Bangaly Traore, je vous remercie pour cette lecture dépassionnée et objective qui vous avez bien voulu accorder à ma modeste contribution. En républicain convaincu, je reste optimiste, quant à une sortie de crise qui sera provoquée par les forces sociales, en parfaite harmonie avec la classe politique. C`est tout ce qui compte pour moi. Pour le reste, je veux dire, pour ceux qui estiment que je suis un "intellectuel du diable", je dirai tout simplement que je ne répond pas au coup de sabot d`un âne! Que Dieu sauve notre pays! Amen
Bangaly Traore, lundi 8 juin 2009
L`unique solution,il faut une revolution du peuple,c`est a dire un mouvement de force pour faire quitter Dadis et son fameux Cndd dans la vie politique de notre nation.Dadis=le tyran feu conte,Le cndd=pup.NB:mobilisons-nous pour dire NON a la dictateur,a l`injustice et la corruption de Dadis et son cndd.
Oumar Diaby, lundi 8 juin 2009
Voilà une analyse pertinente sur laquelle nous sommes tousinvités à méditer! Car en effet, nous sommes le seul peuple au monde à à prendre encore notre liberté et notre indépendance à la légère.Depuis cinquant ans, nos dirigeants les pietines. Que faisons nous ? Rien! M. Souare a donc raison de dire que c`est peut être parce qu`on nous n`avons rien fait pour les meriter. Il nous faut donc sortir de cette létargie! Il nous faut enfin arracher ce droit que nous gouvernants successifs nous ont refuser et ne refusent encore. Je partage cette contribution, cher Monsieur Souare. Je vous laisse mes coordonnées pour d`ample discution en privé. Cordialement, Oumar Diaby, Nürnberg Allemagne
Sanassy, lundi 8 juin 2009
Oui mobilisons-nous pour d`autes "mouvements" comme en Janvier-Février 2007! Mais en attendant, Mr Souaré et Mr Diallo, vous rentrez en Guinée, avec femmes et enfants et vous vous mettez à la tête de la marche, dans la rue, ici, à Conakry. Sinon, taisez-vous et laissez-nous en paix! C`est très malhonnête de continuer à vocifèrer à l`extérieur pour pousser les autres au feu. C`est très lâche, votre comportement depuis Sékou Touré jusqu`à Dadis: vous énervez les dirigeants de la Guinée, vous les harcelez, vous les paniquez, vous n`apportez rien de bon (ni propositions concrètes ni actions salvatrices d`appui) et le malheureux peuple de Guinée prend toujours les représailles de vos irresponsabilités et de votre lâcheté. On en a marre de vous, "intellectuels" du diable!
Pullofoutah, lundi 8 juin 2009
Belle analyse mon frère. Il faut certes, condamner l`armée, mais il faut aussi proposer une alternative. C`est vrais que les gens sont tellement decus par les militaires, kon oublie même l`existence des autres forces. Vous avez raison, il nous faut un "janvier-fevrier 07" bis, pour chasser ces bandits ki ne se cachent meme plus pour nous arnaker. Il faut copntinuer à attirer notre attention sur ce ke peu de gens voit ici. Bravo encore pour cette sortie. Vous êtes un digne fils de ce pays. Wa salam
IBRAHIMA DIALLO, lundi 8 juin 2009
Bien dit Mr Souare ,nous vivant en dehors de la guinee devons organiser des manifestations et exiger de tout politicien de s`engager dans une lutte contre la dictature en gestation. Aussi Dadis n`est pas pret a organiser les elections s`il n`est pas force. Donc mobilisons nous.
balde, lundi 8 juin 2009
Mon frère Ismaël, merci pour cette analyse de la situation politique ainsi que de la suggestion. Analyse juste et d’actualité. Pour trouver une solution durable à cet imbroglio guinéen qui perdure, les guinéens doivent se lever et parler d’une seule et même voix. Les Leaders des partis politiques qui n’ont d’ennemis qu’eux-mêmes doivent cesser leur querelle et comprendre que dans une telle situation de confusion, seule leur unité pourra tirer la Guinée des griffes de cette armée. Cette armée a fini de gouter au pourvoir, à l’argent, à la femme, au trafic de drogue, des domaines de l’Etat …, Du fait de durer au pouvoir, ils ont fini de confisquer tout (politique, liberté, sécurité, dignité, courage, unité, démocratie...) Il ne faut pas se leurrer ils ne laisseront pas ce pouvoir. En 2007 pourtant, les syndicalistes guinéens, à travers une brave femme que je loue de passage la vaillance ont démontré qu’il est possible de mettre à genou n’importe quelle dictature quant on est uni. Devant les armes, la prison, les menaces de mort, toutes sortes d’intimidations, de répressions et même de la mort, les Guinéens de tout bord ont résisté et ont fait plier quelqu’un qui se disait invincible. C’est de cette leçon, de ce mouvement sociale nationale que les Leaders politiques guinéens, sans exclusifs, doivent s’inspirer pour unifier leur force en vue d’obtenir le changement tant souhaité en Guinée. Ils n’ont qu’à organiser un grand meeting pendant lequel ils vont laisser la main à un seul Leader. Appuyé par une coordination de l’ensemble des autres leaders, soutenu par nous tous, ce mouvement réussira à coup sûr de reprendre ce beau pays. Pendant cette rencontre, ils doivent sans considération, aucune, solliciter l’engagement de tous les fils du pays que nous sommes pour qu’ensemble une solution durable, garantie et acceptable par une grande partie soit trouvée. La seule alternative pour les Guinéens aujourd’hui est l’unité de la force nationale qu’elle soit politique ou syndicale.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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