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La subordination de la candidature présidentielle guinéenne au versement d’une caution de 400 millions de nos francs est un coup porté contre les aspirations et les combats qui ont fondé les combats que nous avons mené ces dernières années en faveur du changement.
Le montant de la caution est en lui-même une injure à l’honnête citoyen. Ce montant consacre la confiscation ploutocratique du système de gouvernance de notre pays.
"J'appelle ploutocratie un état de société où la richesse est le nerf principal des choses, où l'on ne peut rien faire sans être riche, où l'objet principal de l'ambition est de devenir riche, où la capacité et la moralité s'évaluent généralement (et avec plus ou moins de justesse) par la fortune..." Ernest Renan - 1823-1892 - L'Avenir de la science, Pensées de 1848 – 1890.
La ploutocratie (du grec ploutos, richesse et kratos, pouvoir, autorité) est un système politique dans lequel le pouvoir est exercé par les plus riches. Une telle forme de gouvernement aux mains de la classe sociale des plus fortunés ne peut que conduire à de fortes inégalités et à une faible mobilité entre les différentes classes sociales.
Les régimes les plus proches de la ploutocratie se rencontrent plutôt dans les oligarchies fondées, de fait, sur la richesse (Grèce Antique, cités de l'Italie du Moyen Age telles Venise, Florence, Gênes).
En attachant des conditions financières, si faibles soient-elles à la recevabilité des candidatures à l’élection présidentielles guinéenne, on détourne cette élection de son objet principal, à savoir, la confrontation sans entraves des projets de société, entre des citoyens représentatifs.
De plus, on se trouve en violation flagrante de l’égalité des citoyens en droits et en devoirs, telle que garantie par la constitution, si tant est qu’une constitution promulguée par un président intérimaire putschiste vaille quelque chose. En tout cas, ceux qui ont participé ou agi en faveur de la ploutocratisation de notre système de gouvernance nous ont déjà donné le ton :
Les droits et devoirs des citoyens ne sont plus garantis par rien aujourd’hui, et les impostures continuent de régner en maîtres sur les réalités objectives de nos populations dont l’aspiration au changement est désormais dévoyée.
En conséquence, on ne peut raisonnablement attendre aucun progrès de ceux qui n’ont déjà pas compris le fondement d’un scrutin présidentiel démocratique.
Pour se convaincre de la confusion de genre qui règne en Guinée, il suffit de consulter les conditions d’éligibilité de deux pays de référence, à savoir la France et les Etats-Unis.
Dans ces pays, comme dans tous les pays authentiquement démocratiques, la candidature n’est soumise à aucunes conditions pouvant réserver l’accès à la présidence aux seuls nantis.
Ces pays ont pris la précaution de faire en sorte que la Présidence de la République ne soit, en rien une affaire exigeant un enrichissement préalable ou tout autre cautionnement préalable par des pouvoirs d’argent. Cela est conforme à la sauvegarde du véritable enjeu d’une élection présidentielle démocratique : le débat contradictoire entre des visions et projets de société portés par des citoyens devant le suffrage de leurs concitoyens.
En outre, s’agissant de notre pays, la Guinée, comment concevoir un nantissement à 100.000USD, sans se poser la question de l’origine de ces fonds. De plus, il n’est introduit aucun dispositif de déclaration préalable de biens, comme si la cause et la permission de l’enrichissement par le pouvoir étaient d’avance entendues.
On prétend que la manœuvre a pour but de résoudre la problématique de la pléthore de partis, et donc, de candidats virtuels. Dans ce cas, n’eusse-t-il pas été plus pertinent d’exiger de chaque candidat apportasse 4000 signatures de citoyens, dont 1000 signataires par région ?
Une telle exigence, loin de violer le principe de l’égalité des Guinéens en droits et en devoirs aurait conforté le principe de représentativité nationale des candidatures. A ce propos, je doute de la capacité des ploutocrates retenus à satisfaire cette exigence.
KEITA Sidikiba
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