vendredi 21 mai 2010
La régression ploutocratique ou la confiscation du changement
Sidikiba Keita

La subordination de la candidature présidentielle guinéenne au versement d’une caution de 400 millions de nos francs est un coup porté contre les aspirations et les combats qui ont fondé les combats que nous avons mené ces dernières années en faveur du changement.

Le montant de la caution est en lui-même une injure à l’honnête citoyen. Ce montant consacre la confiscation ploutocratique du système de gouvernance de notre pays.

"J'appelle ploutocratie un état de société où la richesse est le nerf principal des choses, où l'on ne peut rien faire sans être riche, où l'objet principal de l'ambition est de devenir riche, où la capacité et la moralité s'évaluent généralement (et avec plus ou moins de justesse) par la fortune..."
Ernest Renan - 1823-1892 - L'Avenir de la science, Pensées de 1848 – 1890.

La ploutocratie (du grec ploutos, richesse et kratos, pouvoir, autorité) est un système politique dans lequel le pouvoir est exercé par les plus riches. Une telle forme de gouvernement aux mains de la classe sociale des plus fortunés ne peut que conduire à de fortes inégalités et à une faible mobilité entre les différentes classes sociales.

Les régimes les plus proches de la ploutocratie se rencontrent plutôt dans les oligarchies fondées, de fait, sur la richesse (Grèce Antique, cités de l'Italie du Moyen Age telles Venise, Florence, Gênes).

En attachant des conditions financières, si faibles soient-elles à la recevabilité des candidatures à l’élection présidentielles guinéenne, on détourne cette élection de son objet principal, à savoir, la confrontation sans entraves des projets de société, entre des citoyens représentatifs.

De plus, on se trouve en violation flagrante de l’égalité des citoyens en droits et en devoirs, telle que garantie par la constitution, si tant est qu’une constitution promulguée par un président intérimaire putschiste vaille quelque chose. En tout cas, ceux qui ont participé ou agi en faveur de la ploutocratisation de notre système de gouvernance nous ont déjà donné le ton :

Les droits et devoirs des citoyens ne sont plus garantis par rien aujourd’hui, et les impostures continuent de régner en maîtres sur les réalités objectives de nos populations dont l’aspiration au changement est désormais dévoyée.

En conséquence, on ne peut raisonnablement attendre aucun progrès de ceux qui n’ont déjà pas compris le fondement d’un scrutin présidentiel démocratique.

Pour se convaincre de la confusion de genre qui règne en Guinée, il suffit de consulter les conditions d’éligibilité de deux pays de référence, à savoir la France et les Etats-Unis.

Dans ces pays, comme dans tous les pays authentiquement démocratiques, la candidature n’est soumise à aucunes conditions pouvant réserver l’accès à la présidence aux seuls nantis.

Ces pays ont pris la précaution de faire en sorte que la Présidence de la République ne soit, en rien une affaire exigeant un enrichissement préalable ou tout autre cautionnement préalable par des pouvoirs d’argent. Cela est conforme à la sauvegarde du véritable enjeu d’une élection présidentielle démocratique : le débat contradictoire entre des visions et projets de société portés par des citoyens devant le suffrage de leurs concitoyens.

En outre, s’agissant de notre pays, la Guinée, comment concevoir un nantissement à 100.000USD, sans se poser la question de l’origine de ces fonds. De plus, il n’est introduit aucun dispositif de déclaration préalable de biens, comme si la cause et la permission de l’enrichissement par le pouvoir étaient d’avance entendues.

On prétend que la manœuvre a pour but de résoudre la problématique de la pléthore de partis, et donc, de candidats virtuels. Dans ce cas, n’eusse-t-il pas été plus pertinent d’exiger de chaque candidat apportasse 4000 signatures de citoyens, dont 1000 signataires par région ?

Une telle exigence, loin de violer le principe de l’égalité des Guinéens en droits et en devoirs aurait conforté le principe de représentativité nationale des candidatures. A ce propos, je doute de la capacité des ploutocrates retenus à satisfaire cette exigence.


KEITA Sidikiba


www.guineeactu.com

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Vos commentaires
GilBlack, jeudi 27 mai 2010
La Guinee est le pays des contradictions,des exceptions et des extremes paradox. C`est une fois encore un rendez-vous manqué.
Farba Makka, samedi 22 mai 2010
Gandhi! Pour l` instant ca n` a pas produit le resultats escompté. Si Je me fie au rumeur plus de 15 candidats, y compris les fantaisistes, ont déja déposé cette caution. Je me demande comment la CENI va gerer tout ca. Va t elle emettre un bulletin unique ou un bulletin par candidat? Dans le cas du bulletin unique comment gerera t elle ces files d` attente à l` isoloir? Peut elle en si peu de temps imprimer 15*4 millions de bulletin et les transporter dans + de 600 bureaux de vote? Pour moi le mieux aurait été d` accepter la candidature de tout parti ayant 7 militants par sous prefecture, identifiables à travers les cartes de recencement émises par la CENI. On aurait fait d` une pierre deux coups: évaluer le recencement fait par la CENI et attenuer cette envolée éthnique. Esperons que les supposés meilleurs (les FV) d` entres nous, ne nous mènent pas au KO. Dadis se frottera surement les mains dans la cas contraire.
DJIBRIL SOUMAH, samedi 22 mai 2010
La situation guineenne est un mal necessaire alors! De la constitution a son adoption,le terrain reste flu.Meme ce cautionnement continut de couler encre et salive. Je ne voudrais pas que ce mal prenne une enorme proportion sur cette necessité sur l`avenir.Mais comme l`Homme entant qu`etre doué a toujours tendance a ameliorer sa vision pour le progres.J`espere donc que nous irons du mal au bonheur.Cette question ne devrait plus suciter tant de polemiques alors qu`on est deja parti pour le 27. Bonne chance a toutes et a tous!
Gandhi, samedi 22 mai 2010
Une nouvelle fois, je partage l`idée de Sékou Oumar Camara. Il fallait bien trouver un système - on pourra toujours l`améliorer ultérieurement - pour éliminer les candidatures fantaisistes. La présidence de la république doit retrouver une certaine dignité. Il ne faut pas voir cette caution, comme la possibilité pour ceux qui possèdent, d`écarter ceux qui n`ont pas de moyens : tout le monde vote. Il faut plutôt le voir comme le système français des 500 parrainages ou signatures d`élus, qui prévoit que si vous ne pouvez pas convaincre environ 45 000 personnes (seulement !!!), vous ne pouvez pas vous présenter aux présidentielles. L`idée est donc que tout parti politique digne de ce nom, doit être capable de solliciter ses militants et sympathisants pour trouver la fameuse caution. S`il ne le peut pas, non seulement il n`à rien à faire dans des élections présidentielles (c`est sérieux, l`avenir de beaucoup de gens est en jeu), mais en plus on protège son patrimoine, car il risquerait de ne pas la retrouver, s`il n`atteint pas les 5% de suffrages. Enfin la démocratie ne viendra pas d`en haut de toutes façons, elle ne vivra que des réactions et commentaires de la société civile, alors continuez à vous manifester.
Froto Mougou, samedi 22 mai 2010
Le Sénégal envisage la même chose. Augmenter la caution à la prochaine élection présidentielle. Nous ne devons pas être esclaves des théories qui n`ont rien à voir avec notre pays. Au lieu de signature, dans un pays où fonctionne sur le mensonge et la falsification de documents administratifs, pourquoi, ne pas alors plafonner le seuil de remboursement de la caution à 10% du suffrage exprimé. Comme ça, beaucoup de candidats resteront à leurs sièges.
Sékou Oumar Camara, vendredi 21 mai 2010
Mr Kéïta, à l`avenir, n`analysez jamais le cas avec les canons et les référentiels "classiques". Notre pays n`a pas usurpé sa singularité... Cette histoire de caution à 400 millions de francs guinéens est illégale mais...nécessaire. Le vrai problème se situe en amont. En Guinée, même une seule personne peut créer un parti, en violation de la Charte sur les partis politiques. Sans remplir aucune condition, il suffit de se trouver un modèle de statuts, de règlement-intérieur, de pv d`assemblée constitutive, etc. Le tour est joué. Rien n`est mis en place pour s`assurer que les partis remplissent les conditions de création et de fonctionnement...C`est donc pour "remédier" à ce mal qu`ils ont eux-mêmes favorisé que les gens du MATAP ont décidé de surévaluer la caution, en violation du Code électoral...La Guinée est dans un état de nécessité: le pays est déjà dans une pagaille institutionnelle indescriptible; si l`on devait permettre à chacune des centaines de particules de présenter sa candidature, on va jamais s`en sortir....Je crois donc que le mal étant fait depuis fort longtemps, on va se hâter de chercher à "normaliser" la situation guinéenne. Dans cette dynamique, les particules (preuve: leurs leaders sont seuls à contester...) ne constituent pas une priorité...

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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