|
De toutes les postures intellectuelles et politiques, la contradiction inappropriée est la plus insupportable.
De l’actuel débat sur la date du second tour, la contradiction des tenants d’une organisation rapide du second tour est l’élément le plus flagrant de leur posture.
C’est quoi le débat ?
Contrairement à ce qui est dit, il ne s’agit pas de savoir si le second tour aura lieu ou pas. C’est une évidence, il y aura bien un second tour en Guinée. Il n y a aucune raison que ça soit autrement.
Alors, pourquoi faire croire aux Guinéens le contraire ?
La seule raison que je vois, c’est la volonté manifeste d’occulter le vrai débat.
Le débat n’est pas là. La question est celle-ci : quel second tour voulons-nous pour la Guinée ? Après ce premier tour qui n’a été qu’une mascarade, quoi qu’on en dise !
Est-on en droit de demander que les failles et les manquements (volontaires ou pas !) unanimement constatés au premier tour soient corrigés afin d’avoir, dans la mesure du possible, un second tour qui donne une chance et un traitement égal des citoyens et des candidats ?
Cette exigence me semble être de droit tant pour les citoyens guinéens que pour les deux honorables candidats du second tour.
Avant de souligner la contradiction flagrante et étonnante de ceux qui exigent un second tour maintenant et de suite, je voudrais souligner que des principes démocratiques, l’égalité de traitement est un des plus fondamentaux.
Ayant été de ceux et celles qui ont défendu l’adoption de la nouvelle loi fondamentale guinéenne par référendum, il me paraît aujourd’hui étonnant que ceux et celles qui me reprochaient mon trop grand formalisme juridique comme moyen de défense pour une adoption par décret (une première historique !!) se fassent passer pour des légalistes.
Assez de faux-semblants !!
Je suis juriste et très respectueux de la loi, mais, quand on a commencé un processus en allant d’exception juridique en exception juridique, il ne me semble guère pertinent de faire appel tout à coup à l’exigence légale comme argument dans une problématique essentiellement politique.
A quoi sert-il de vouloir le respect d’une légalité qui peut et risque d’amener ce pays dans le chaos ?
Cela me semble relever d’une forme d’irresponsabilité.
On a eu une transition qui est allée d’anormalité juridique et exception juridique. Il est essentiel de faire en sorte que l’évolution des choses permet le respect de la légalité future et surtout de sa substance politique.
Car, en droit, il ne suffit pas de respecter formellement la loi, il faut aussi faire en sorte que l’esprit de la loi soit respecté.
Depuis le commencement du processus électoral, il y a eu beaucoup de dérogations à la loi.
Du lancement de la campagne électorale, à la validation des listes de candidatures, en passant par la proclamation des résultats (provisoire ou définitif), les délais fixés par la loi fondamentale n’ont jamais été respectés. Pourquoi tout à coup jouer la posture légaliste, quand cela risque en plus de mener notre pays à une crise à l’issue imprévisible et incertaine ?
On reproche au gouvernement de se mêler du processus électoral. Quelle bizarrerie ! Non seulement, cela relève de sa mission naturelle, mais en plus l’accord de Ouagadougou en fait une de ses missions principales.
Il y a encore peu de temps, on reprochait au même gouvernement de faire autre chose que de s’occuper de l’organisation des élections…
Une autre contradiction étonnante !
Je ne préjuge de rien. Je n’en sais rien, si le gouvernement ou le premier ministre a un candidat préféré ou pas. Il revient aux candidats et à leur parti respectif de veiller à ce que le gouvernement exerce sa mission dans le respect de la loi et du principe d’égalité de traitement pour chacun.
Mais, c’est faire un mauvais procès au gouvernement que de lui reprocher d’assurer sa mission et de se soucier de l’après élection.
D’ailleurs, j’avais cru comprendre que ce gouvernement était composé de représentants des principaux partis politiques. Il revient donc à leur(es) représentant(es) de veiller à ce que le gouvernement agisse en toute transparence et neutralité.
Je rappelle aux faux légalistes que la cour suprême vient de valider le report du second tour. Je passe d’ailleurs sur le fait que cela contredit implicitement sa propre décision rendue…
Puisque cela signifie qu’il y a eu des problèmes qui ont entaché le processus et qui, sans corrections, risqueraient d’entacher le second tour.
Le mieux, et pour ce qui est de dire le droit, aurait dû être l’annulation pure et simple de toute l’élection ! Là encore on s’est accommodé avec la loi électorale… Mais bref !!
En vrais légalistes, ceux qui prêchent le respect de la loi et l’organisation rapide du second tour devraient prendre acte de la décision de la Cour suprême et veiller à ce que les choses se passent dans la transparence et le respect du chacun.
Pour défendre le résultat du premier tour ils rappellent à souhait que la Cour suprême a rendu sa décision de validation. Comme un blanc-seing !!
Et pourquoi ne pas en faire de même pour la décision relative au report du second tour ? Allez savoir !
Quant au fait que la CENI aurait dit pouvoir organiser le second rapidement, moi je me méfie des dires de la CENI. Vu le résultat du premier tour, alors qu’elle avait garanti une élection propre, sincère et démocratique (respect du fond et de la forme !).
Je ne fais aucun crédit des déclarations hâtives et empressées de la CENI.
Une institution qui vit sous des pressions diverses, variées et contradictoires.
Après avoir précipité l’organisation du premier tour, qui fut un festival d’irrégularités, la seule chose qui va dans l’intérêt de la Guinée et des Guinéens serait de prendre le temps nécessaire pour corriger tous les manquements du premier tour. Cela me paraît absolument indispensable !
Il serait hasardeux et irresponsable d’organiser le second tour sans corriger ses nombreux manquements et permettre la tenue d’un second tour qui permette une expression honnête, sincère et transparente du suffrage universel.
La communauté internationale devrait avoir la modestie d’exiger la tenue immédiate du second tour et de trop s’ingérer dans les affaires internes de la Guinée, vu le résultat technique et administratif du premier tour. Sachant qu’elle a pressé la Guinée, pour des raisons objectivement incompréhensibles (et parfois inavouées !!!) à aller à cette élection de façon inconséquemment précipitée.
Il ne revient pas non plus au Président burkinabé de fixer la date du second tour.
Je dois d’ailleurs dire qu’en ce qui me concerne, les leçons de démocratie de Monsieur Compaoré me feraient terriblement rire… si cela ne concernait pas le destin de la Guinée.
S’il y a demain un chaos en Guinée, ce sont seuls les Guinéens qui payeront le prix. Il faut donc qu’ils usent de leur bon sens, de leur intelligence et de leur sens des responsabilités pour décider ce qui est bon ou pas pour la paix en Guinée en toute bonne foi et en leur âme et conscience.
Il viendra le temps du choix. Mais à ce jour, j’affirme solennellement que monsieur Dalein et monsieur Condé, ont tous les deux le même droit de prétendre à la magistrature suprême en Guinée.
Si en Guinée, on attaque un peulh parce qu’il est peulh, je deviendrai peulh pour ressentir et partager avec lui l’offense et la peine qu’il ressent.
Idem pour toutes les autres ethnies !
J’ai horreur des discriminations sous quelques formes que ce soient. Et je ne fais jamais des réflexions en fonction des affinités ethniques ou autres, ni pour plaire ni pour déplaire !
Que cela soit clair !
Je trouve les candidats très dignes et très honorables, et je m’interdis toute autre démarche vis à vis d’eux, au-delà des débats d’idées politiques et intellectuelles.
Je souhaite à tous les deux bonne chance. !
Je souhaite surtout à la Guinée et aux Guinéens sans aucune exclusion, qu’ils puissent sortir de ce processus électoral plus unis et avec moins de sentiment d’injustice.
C’est pourquoi, je demande à ce qu’on prenne le temps nécessaire pour organiser un second tour qui satisfasse l’enjeu et l’attente qu’il incarne. Afin que le résultat soit très difficilement constatable et que le Président élu soit celui de tous les Guinéens.
Il faut faire en sorte que le Président élu puisse bénéficier d’une légitimité forte et difficilement contestable.
Le contraire serait un désastre pour la Guinée !
Le vrai débat est et doit être là, pas dans des procès d’intentions !!
Diaby Kalifa Juriste
www.guineeactu.com
|