samedi 3 janvier 2009
La Problématique d’une transition apaisée : défis et enjeux
Wann Oumar

L’on ne saurait objectivement lancer le débat d’une transition apaisée ou faire des projections futuristes, sans une analyse de l’histoire de notre pays en termes : D’où venons-nous ? Où en sommes-nous ? Où voulons-nous aller ? Et comment y arriver ?

 

La Guinée est un pays de paradoxe. Il nous appartient de méditer sérieusement sur notre sort, en acceptant de faire notre propre autocritique, en vue de jeter les bases du renouveau tant souhaité par l’ensemble des forces vives du pays.

 

En 1958, la Guinée a opté en faveur de l’indépendance nationale, en privilégiant la liberté dans la pauvreté. Les conséquences de ce choix historique n’ont pas tardé à se faire sentir, à cause de la réaction négative de la France vis-à-vis de notre pays.

 

L’écrasante majorité des Guinéens et Guinéennes avait acceptée de mettre la Patrie d’abord avant l’intérêt personnel. Les cadres, de toutes ethnies confondues, ont pris la décision historique d’abandonner leurs avantages pour servir la jeune nation. Il y a également des cadres des pays africains amis de la Guinée qui ont choisi de se mettre au service de notre pays, pour relever les défis liés à l’émancipation des colonies du continent.

 

Le PDG-RDA, au lieu de promouvoir les libertés individuelles et collectives, a plutôt instauré l’une des plus grandes dictatures du monde en général, et de l’Afrique en particulier. Durant cette sombre période de l’histoire de notre pays, l’ensemble des ethnies ont été touchées, mais à des degrés différents.

 

Malgré les atrocités commises par le feu Président Sékou et son régime d’alors, plusieurs Guinéens et Guinéennes, d’abord, avaient pleuré sa mort et après, mis à nu son système de gouvernance. 

 

En 1984, L’avènement de l’armée au pouvoir avait suscité un immense espoir auprès du peuple de Guinée, à cause des nobles promesses faites par le CMRN. Au lieu de s’atteler au rétablissement du tissu économique et social fortement entamé par la première République, le feu Président Lansana Conté et ses proches collaborateurs ont gouverné la Guinée avec une main de fer. La Guinée n’a pu être un modèle en matière d’instauration de démocratie réelle ou de mise en œuvre de programmes de développement socio-économique.

 

Le peuple de Guinée a acclamé la prise du pouvoir par le CNDD, et a pleuré, au même moment, la mort du feu Président Lansana Conté. 

 

En 2009, le CNDD vient de prendre le pouvoir et tenir des belles promesses au peuple de Guinée. Il s’engage à organiser des élections libres et transparentes, de lutter contre la corruption et la drogue, d’organiser l’audit, de renégocier les contrats miniers, de bannir l’ethnocentrisme et le favoritisme, etc. 

 

Notre pays est appelé à saisir ce moment historique pour engager un débat de fond sur les consultations à venir, avant de se précipiter pour réaliser une mascarade d’élection démocratique qui risque de créer des troubles aux conséquences indescriptibles.

 

Nous devons nous assurer de l’enroulement effectif des électeurs en Guinée et à l’extérieur, sur des bases saines, avant d’envisager l’organisation de quelconque consultation électorale. Ce travail incombe à la fois  à la nouvelle administration, aux Partis Politiques et aux Citoyens.

 

Il me semble important d’interpeller les Guinéens et Guinéennes sur le type d’élu dont le pays a besoin pour prendre en charge notre destin. Avons-nous objectivement besoin d’élire des députés n’ayant ni la formation ou acquis le profil indiqué pour examiner avec pertinence et réalisme les propositions de budget ou de lois, ou de conventions ? Allons-nous continuer à élire des députés pour jouer le rôle de caisse de résonnance, ou se mettre à tenir des discours critiques à l’image de l’homme de la rue, sans jouer pleinement ses fonctions ? Allons-nous continuer à élire des gens prêts à être la retraite, en continuant la marginalisation des forces actives de la nation à  savoir, les jeunes et les femmes ? Au niveau des collectivités locales (CU et CRD), allons-nous également continuer d’élire des gens qui n’ont aucune lecture du fonctionnement d’une collectivité locale ou d’expérience en matière de développement local ?

 

Le renouveau passera par la rupture avec les anciennes méthodes, en acceptant de s’inscrire dans la dynamique du changement tant ambitionné par le Peuple de Guinée.

 

Je lance un appel aux nouvelles autorités d’engager un tel débat entre les Partis Politiques, l’Administration et la Société Civile, afin de s’accorder sur le portrait idéal de types d’élus au niveau local et national dont le pays a besoin.

 

La Société Civile devrait procéder à une large diffusion, à travers les canaux appropriés, auprès des citoyens, les résultats d’un tel exercice afin d’aider le peuple à faire des choix éclairés, non pas sur la base de l’appartenance ethnique ou d’une formation politique. Le choix des citoyens devrait être motivé par l’adhésion au programme ou projet de société et aux hommes en charge de mettre en œuvre ses dites propositions.

 

Un tel exercice peut se faire en l’espace de trois à six mois. Il serait dommage pour la Guinée de continuer à regretter le fait d’anticiper l’organisation d’élections, juste pour le besoin de meubler les institutions qui ne répondront pas aux attentes de ses citoyens.

 

S’agissant de l’Audit dont on parle également, il me semble très important d’indiquer clairement les domaines ciblés, le but visé et l’impact attendu afin que nous puissions nous accorder sur l’approche méthodologique visant à assurer la transparence et l’équité.

 

Sur quel fondement ou critère allons-nous, nous appuyer pour auditer simplement un seul domaine au détriment des autres ? Ou d’une courte période donnée pas les autres ? En quoi le volet économique peut-il être le plus important sur celui politique ? Pour quelle raison allons-nous taire les actes posés durant la première République ou pendant une simple partie de la deuxième République ? N’est-on pas entrain de juger et condamner les anciens responsables Nazis de la seconde Guerre Mondiale ? 

 

Si nous voulons nous engager vers la justice sociale, il nous faudrait couvrir les aspects d’ordres politiques et économiques, afin d’identifier les coupables, pour pouvoir les punir ou opter en faveur du pardon.

 

Les responsables des crimes politiques et atteintes aux droits de l’homme, commis de 58 à maintenant, devront faire l’objet de jugements objectifs. Les arrestations et les pendaisons ou exécutions sommaires seront examinées à la loupe. Le rôle et responsabilité des civiles et militaires seront clairement établis. Les biens mal acquis sous les deux Républiques devront faire l’objet d’investigation afin de pouvoir les rendre à leurs bénéficiaires légitimes.

 

Comment peut-on affirmer que le feu Président Lansana Conté n’est pas mauvais et vouloir imputer la responsabilité de tous les maux à ses anciens collaborateurs ? Donc, nous pouvons également déduire que le feu Président Sékou Touré n’était pas mauvais, c’était son entourage qui le fut ? Peut-on prendre acte d’une telle affirmation sans tomber dans la démagogie ?

 

L’opinion publique peut faire un bon ou mauvais jugement. Cependant, la justice se doit d’apporter les preuves de culpabilité. Le renouveau de la Guinée ne se ferra pas dans une logique de haine ou de vengeance. Qui profitera réellement d’une telle situation ?

 

La Guinée est à l’image d’une voiture qui a quatre roues, si une d’entre elle est en panne elle ne pourra aller très loin. On ne saurait gouverner ce pays en excluant une composante ethnique, ou vouloir opposer les unes contre les autres, sans le risque d’implosion.

 

La descente musclée des militaires au domicile du Président de l’UFDG un acte qui est contraire aux déclarations du CNDD, dont les conséquences risquent d’être imprévisible si de tels agissements arrivaient à se reproduire.

 

Le CNDD aurait beaucoup à gagner à prouver à l’opinion nationale et internationale son engagement à tourner les moments sombres de l’histoire de notre pays et amorcer l’élan du changement. Le peuple de Guinée n’acceptera pas une quelconque tentative de confiscation des libertés individuelles et collectives de ses citoyens.

 

Notre nouveau Premier Ministre a du pain sur la planche ! Saura-t-il réussir là où les autres ont échoué ? Quelle feuille de route aura-t-il ? Sera-t-il en mesure d’éviter d’être pris en otage par le CNDD ou les Partis Politiques, ou les proches parents et amis ? Les militaires sauront-ils admettre la primauté de la loi ? L’autorité de l’Etat ne saurait être restaurée si les lois sont bafouées, si des individus se sentent au dessus de la loi et si l’impunité est encouragée, etc.

 

Le début de nomination partielle des membres du Gouvernement n’augure pas la possibilité du nouveau Premier Ministre d’avoir une équipe soudée derrière lui. Quelles attitudes le Président et les vices Présidents auront-ils devant le PM ?  Ces actes de nominations anticipés risquent très fort de vouloir donner plus de poids sur le reste des membres du Gouvernement.

 

J’invite humblement Monsieur le Président, de permettre au PM, la possibilité de constituer un gouvernement de large ouverture, sans exclusion, en tenant compte des critères basés exclusivement sur les compétences, l’intégrité et le mérite.

 

La Nouvelle équipe gouvernementale devrait tenir compte de la demande sociale et la détermination du peuple de Guinée à faire valoir ses aspirations légitimes.

 

Nous prions ALLAH de guider les nouvelles autorités du pays à la réalisation des attentes du Peuple de Guinée. 

 

Wann Oumar
Consultant en Gouvernance et Développement Local
pour www.guineeactu.com

Retour     Imprimer cet article.    


Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
© Tous droits réservés guineeActu.com 2011