lundi 23 novembre 2009
La prime au bourreau
Nabbie Ibrahim « Baby » Soumah

Les masques sont tombés ce vendredi 20 novembre 2009 à Ouagadougou où le président Blaise Compaoré a tenté d’offrir une « prime au bourreau » qu’est le capitaine Moussa Dadis Camara responsable et coupable du massacre et des viols du 28 septembre 2009 au stade du même nom.

Sa proposition, en 3 points contestables, fut rejetée en bloc par les représentants des Forces vives (FV) :

1°) Le capitaine Moussa Dadis Camara resterait au pouvoir en qualité de chef d’Etat ; il serait éligible comme candidat à la prochaine élection présidentielle à condition qu’il démissionne 4 mois avant le scrutin.

2°) L'organe de transition serait dirigé par un membre du CNDD.

3°) Un Premier Ministre (PM) issu des Forces vives dirigerait un gouvernement de 30 personnes (10 du CNDD, 10 des FV et 10 des autres regroupements politiques) ; ce serait un attelage hétéroclite, un exécutif bicéphale non viable entre Dadis le psychopathe et un PM d’ouverture.

Je suis constant et cohérent depuis fin septembre dernier quant au rejet du choix de ce médiateur, de ce facilitateur aux mains sales et ensanglantées (cf. Thomas Sankara et Norbert NZongo), de ce fauteur de troubles dans la sous-région (cf. Libéria, Sierra Léone et Côte d’Ivoire).

Initialement, je n’avais jamais eu une once de confiance à Compaoré dont les propositions m’ont conforté dans l’idée qu’il n’était pas fiable ; il n’a pas fait preuve de neutralité, d’honnêteté entre les protagonistes.

Il est essentiel de rappeler qu’il avait une « compétence liée » et des attributions précises formulées dans une feuille de route que la CEDEAO lui avait attribuée le 17 octobre dernier, à savoir :

  • mettre en place une nouvelle autorité de transition pour assurer une transition courte et pacifique vers l’ordre constitutionnel par des élections libres, crédibles et transparentes ;
  • s’assurer que ni le Président, ni les membres du CNDD, ni le Premier Ministre et autres autorités civiles et militaires ne seront candidats à la prochaine élection présidentielle.

Dans leurs recommandations, leurs résolutions et communiqués finaux, les instances communautaires africaines (cf. Union africaine, CEDEAO) et internationales (cf. ONU, Union Européenne) de concert avaient décidé d’imposer un embargo sur les armes et des sanctions ciblées contre la junte et les dirigeants au pouvoir à Conakry, d’une part, et exigé une enquête internationale et indépendante sur les tueries, les viols et exactions des forces armées à l’encontre des populations civiles, d’autre part (cf. l’enquête préliminaire diligentée par la Cour pénale internationale).
Le Groupe international de contact sur la Guinée (GIC-G) et le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union africaine à l’unisson avaient réclamé des sanctions à l’encontre du CNDD et de son Président et la non-candidature de ce dernier à la prochaine présidentielle formulée explicitement par écrit avec un délai impératif, de forclusion avant le 17 octobre 2009 à minuit. Ce qu’il n’a pas encore fait jusqu’à ce jour.

Des indices sur la partialité de Comparé et son inobservation de la feuille de route sont apparus le 11 novembre 2009 lorsqu’il déclara que « personne ne doit être exclu » ; il a en fait tenté de donner ce vendredi 20 novembre à Dadis plus que celui-ci n’en avait demandé.

Ce dernier étant mort politiquement et sur le plan moral, éthique (car c’est un président menteur « Mangué Wouléfalé » comme l’ont chanté Bill de SAM et Alpha WESS), Comparé veut maintenir en survie artificielle le cadavre de Dadis.

J’estime qu’il est aujourd’hui disqualifié car de médiateur il s’est comporté en partisan : c’est une médiation tronquée et truquée. Il n’était pas question de « phase préliminaire » mais d’un respect strict et scrupuleux de la feuille de route de la CEDEAO.

Pour ses pseudo-talents de négociateur, il n’est pas inutile de rappeler ses deux échecs patents :

  • Au Togo où le CAR et l’UFC les deux principales composantes de l’opposition menacent de boycotter l’élection présidentielle de 2010 à cause de la loi électorale que le pouvoir avait révisée.
  • En Côte d’Ivoire avec le énième report de la présidentielle qui était prévue en novembre 2009 ; il est soupçonné d’être un partisan du Président sortant Laurent Gbagbo qui aurait fait un « deal » avec le Premier ministre Guillaume Soro.

Il est urgent et salvateur de choisir un autre négociateur, Blaise Compaoré me semblant disqualifié pour son comportement partial et cynique.

Par ailleurs, je salue avec une fierté incommensurable le maintien de l’unité de l’opposition, des 12 négociateurs des Forces vives qui sont disposées à négocier toute proposition de sortie de crise sauf deux points essentiels, fondamentaux que sont la candidature de Dadis, d’un membre du CNDD ou du gouvernement à la prochaine présidentielle, d’une part, et leur maintien au pouvoir, d’autre part.

Les Forces vives demeurent la seule force politique, sociale, civile qui est légale et légitime en Guinée, la seule alternative au pouvoir militaire.

Voilà des décennies que nous étions ballottés entre un pouvoir qui se permettait tout et une opposition qui ne se permettait rien. L’un n’avait peur de rien, l’autre avait peur de tout. C’était cela notre malheur jusqu’au sinistre 28 septembre 2009 qui a engendré une nouvelle donne, de nouveaux rapports de force.

La peur aurait changé de camp. Il faut transformer l’essai cependant : ce qui demeure une tache ardue face à la disproportionalité des forces en présence.

Bien que la victoire soit possible sur les forces du Mal, de l’avilissement de la personne humaine, de l’incurie gouvernementale rien n’est encore acquis et seule une force d’intervention militaire internationale pourra mettre fin au calvaire du peuple guinéen depuis 51 ans d’indépendance synonyme de régression :

  • pour assurer la protection des opposants politiques, sociaux et civils à la candidature de Dadis ;
  • pour permettre l’identification, l’arrestation et le jugement des commanditaires et des exécutants du massacre et des viols du 28 septembre 2009 ;
  • enfin pour neutraliser la bande armée, la milice de Dadis et pour mettre fin définitivement à tout régime, toute dictature militaire ou civile, « obscurantiste » en Guinée.

Tant que Dadis et le CNDD resteront au centre du dispositif institutionnel et politique de la transition il n’y aura jamais d’élection libre, transparente, équitable en Guinée ; et la démocratie, la liberté, la paix et la prospérité y seront toujours aux abonnés absents, l’arlésienne, le serpent de mer, un mirage.

Courage, solidarité et ténacité aux 12 négociateurs des Forces vives !

Les salopards sont de l’autre côté cette fois de la table de négociation et aux leviers du pouvoir et ce n’est pas le remake, en cinémascope, du film de guerre « les 12 salopards » du réalisateur américain Robert Aldrich en 1967.

Le destin du peuple guinéen est entre vos mains !

Que Dieu vous bénisse et préserve la Guinée !


Paris, le 23 novembre 2009

Nabbie Ibrahim « Baby » SOUMAH
Juriste et anthropologue guinéen


www.guineeactu.com

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Vos commentaires
diallo yagouba, mardi 24 novembre 2009
Mer soumah votre analyse est saluer par tous et se nous les guinéens qui pourra chache DADIS avec ses complices si on lui laisse faire se qu`ils veux ils viendrons de nous massacré encor ils dois partir trop se trop
oumar bah, mardi 24 novembre 2009
Mr Soumah, je partage à 100% votre analyse et salue votre courage.La Guinée est à une phase de son histoire où le rôle de chacun d`entre est important. En guinée trois viols ont été commis: la loi, la foi et la femme( porteuse de vie et c`est sacré). Que Dieu Protège les guinéens de cette damnation et Soit sans pitié pour les coupables. Que Dieu te Protège et Te Guide dans le combat que tu mènes.
kagbadouna Tamba, mardi 24 novembre 2009
Je suis d`accord avec vous. Mais, je crois que les Guinéens doivent se prendre en charge pour sortir ces voyous dont les chefs de bande sont Dadis, konaté, Pivi et Toumba. Je pense que les Guinéens doivent se battre en n`écoutant nullement ces FAUX religieux (chrétien et musulmans) qui ont passé tout leur temps à soutenir d`abord, la dictature Sékou Touré, puis Conté et aujourd`hui Dadis et sa bande. Pour cela, il faudrait faire comme les Peuples de l`Europe de l`Est l`ont fait contre les dictatures de leurs pays, passer à la désobéissance civile d`une part, puis faire un siting tous les vendredis après les prières au camp Alpha Yaya . De plus, il est temps que les forces vives (FV) quittent ce voyou de Compaoré pour retourner au pays et continuer à se battre sur place. Vous pouvez comprendre que cette bande de voyous militaire ne pourra RIEN faire de POSITIF pour le Pays.Il y aura certainement des morts, néanmoins, c`est le prix à payer pour que nos enfants et nos petits enfants puissent vivre un jour dans la paix. Les guinéens ont trop attendu depuis cinquante ans, mais l`attente n`a permis aux bourreaux (Sékou Touré, Conté, et Dadis) à poursuivre le massacre. Il faut que les Guinéens refusent un compromis fallacieux.
Boibacar dieng, mardi 24 novembre 2009
Yossouf, arrete cette facon de raisonner, il est dangereux puisqu`il est au pouvoir, apres quoi il ne seras plus qu`un vulgaire soldat - Cheers
I.Bangoura - Lausanne, mardi 24 novembre 2009
Bonjour et merci mon frere pour cette analyse pertinente, qui dit tout sur ce faux facilitateur. Je ne vais pas vous repeter, je dis simplement ou va l`Afrique avec tout ça, avec le carnage commis par ce malade mental et sa bande, qu`ils veulent légitimer? mais surtout faire oublier à tout le monde le crime abominable commis sur le peuple de Guinée. Quand l`Afrique va se reveiller pour avancer et changer de mentalité? Nous savons tous qui est ce Compaoré l`assassin de Sankara son propre ami au profit de son interêt égoiste, qu`il soit designé par la CEDEAO comme médiateur au vu de ses échecs dans les situations similaires. Aujourd`hui le peuple de Guinée dans sa majorité est choquée par la ``proposition`` de ce pseudo facilitateur. Il a pris autant de temps pour distraire ou abusé de tout le peuple de Guinée meutrie par la barbarie du grand malade mental de la sous région et sa bande. A mon avis le peuple de Guinée et tous les amis de Guinée doivent s`unir encore et ne JAMAIS accepter une idiotie pareille, je dirais meme une mechanceté pareille. Jamais nous ne devons accepter la junte au pouvoir. Et tout ceux qui sont mort pendant cette tragédie qu`est ce qu`ils deviennent?Ils ne sont pas pour rien,le combat continue jusqu`à la victoire finale. Vive la Guinée, vive le peuple de Guinée unie et indivisible, je vous remercie.
Alphady SY, mardi 24 novembre 2009
Je souscris à 100% à votre contribution Mr Soumah. Blaise Compaoré n’a réussit aucune médiation qui a bénéficié au peuple. Un dictateur au pouvoir depuis 20 ans après avoir assassiné son ami Sankara ne peut que soutenir des putschistes comme le Togolais Eyadéma fils. Nous exhortons aussi les forces vives à rester unies et intransigeant sur la disqualification de la junte dans la conduite d’une transition qui verrait l’organisation des élections. De même Dadis est un militaire et de surcroit les massacres et les viols du 28/09/2009 sont à son actif donc il ne peut pas être candidat. Si Dadis refuse de partir dans la négociation, il faudrait que Alpha Condé (qui a dit que les forces vives attendent la fin de la Tabaski pour chasser Dadis), Fall, Sidya, Cellou et Mouctar rentrent le même jour en Guinée et qu’ils se rendent ensemble avec le peuple (y compris les militaires qui sont contre la junte) au Camp Alpha Yaya pour déloger Dadis et ses milices. 51 ans de dictature et de misère ça suffit : libérons une fois pour toute notre pays !
thierno samba, lundi 23 novembre 2009
bonne analyse mr soumah,votre texte vient à propos car beaucoup pensent que c`est une négociation entre les forces vives et les criminels du cndd alors que le mandat de blaise consiste uniquement à faire accepter par le cndd les résolutions de la communauté internationale.il ne s`agit pas de faire des concessions aux criminels mais les dégager du pouvoir si possible par le dialogue,comprendra qui voudra.le monde à changer et des crimes comme ceux du 28 sept ne resteront pas impunis et tous ceux qui sont sur la liste seront cueillis tôt ou tard voyez l`exemple de jp mbemba,taylor et les génocidaires rwandais.dadis et sa clique n`ont qu`à hurler autant qu`ils peuvent ils n`échapperons pas tant qu`ils vivent à la justice internationale.ils sont les responsables du massacre du 22 janvier ,ils ont recidivés le 28 sept,on comprend pourquoi la haye est une obsession pour dadis,il savait que c`est sa destination bien avant le 28 sept09.notre determination est inflexible aucune porte de sortie pour les assassins,violeurs.vous croyez que mme hilari parlait pour le plaisir lorsqu`elle affirme qu`ils n`echapperons pas à la justice.ces bourreaux ont touché aux femmes,ils n`auront endroit de la terre où se cacher n`en déplaise à leurs courtisans serviles.
Youssouf Bangoura, lundi 23 novembre 2009
Suite au cas oû les forces vives le repudient, il est capable de semer des troubles en Guinée. Faisons beaucoup attentions à lui, il est très dangereux.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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