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On le sait, le Premier Ministre guinéen Lansana Kouyaté avait été nommé en février 2007 pour faire taire une vague de contestation contre le régime du président Lansana Conté. Il a été limogé ce mardi 20 Mai 2008 par décret présidentiel et remplacé par un ancien Ministre, M. A. T. Souare. Déçus et effrayés par sa mauvaise, voire dangereuse prestation, il est tout naturel et légitime que les nombreux compatriotes qui avaient applaudi M. Kouyaté au départ, se soient retournés contre lui et se réjouissent de son départ. Mais attention! l'émotion trouble la mémoire, dit-on. Cette sanction n'aurait soulevé en rien des inquiétudes, si elle n'avait cette tendance à faire oublier qu'au delà de Kouyaté, le contentieux guinéen reste entier. De même, ce décret n'aurait rien eu d'inquiétant, s'il avait été pris en concertation avec les acteurs sociaux. Tout au contraire, le décret du 20 Mai aurait été salué et soutenu, s'il avait désigné un "Premier Ministre de Consensus"; ce qui était d'ailleurs possible, d'autant plus que la liste des quatre personnes qui avait servi de base aux choix de l'ex PM, est toujours d'actualité. Au mieux, on aurait même pu l'enrichir, comme l'a souligné un compatriote. C'est ce constat qui m'amène d'ailleurs à soulever un certain nombre de questions qui me paraissent essentielles: Faut-il en effet, pour emprunter le style d'un éminent compatriote, "se fossiliser sur le coup d'éclat" du 20 Mai 2008 et estimer "qu'il faut arrêter les aiguilles de l'horloge des problèmes guinéens aux 15 Mois passés de Lansinè Kouyaté à la primature, tout en chantant à l'unisson Lansana Conté et ses prouesses dans la destruction de notre pays" ? Mieux, on peut également se poser la question de savoir si la désignation unilatérale d'un ancien Ministre, issu de l'équipe prédatrice de 2007 (à l'origine justement des évènements sanglants de janvier-février) n'est pas une provocation et une insulte à la mémoire de nos centaines de morts, de blessés et de nos mères et sœurs violées pendant l'état de siège. En d'autres termes, le décret du 20 Mai 2008, liquide-t-il les nombreux contentieux hérités et/ou légués par Lansinè Kouyaté ? Voilà, tant de préoccupations devraient à mon avis, être les nôtres, en ces moments tragiques de l'histoire de notre pays. Pour ma part, tout en dénonçant la procédure (manque de concertation avec les acteurs des accords tripartites) qui a entouré le limogeage de l'ex PM, je dirai que le décret a cependant le grand mérite d'avoir écarté : . Les risques d’un retour aux pratiques du PDG . Les risques d’une guerre ethnique aux conséquences dramatiques. Ceci dit, il est impératif de rappeler que nous avons un devoir de mémoire envers nos compatriotes qui sont tombés sous les balles des forces de sécurité, suite au soulèvement populaire au début de l'année 2007, pour protester contre les conséquences d'un pillage systématique de leurs ressources par le régime de M. Lansana Conté et ses gouvernements successifs. A mon avis, au vu de ce qui précède, et pour rester cohérent avec nous même, il incombe à tout compatriote de considérer que nous sommes revenus à la case de départ et que c'est le moment où jamais d'intensifier la lutte pour le démantèlements du régime de M. Lansana Conté. Il ne sert à rien en effet de changer de Gouvernement, lorsque celui-ci n'a de compte à rendre qu'à celui-là même qui est accusé d'être le principal obstacle au développement de la Guinée. C'est pourquoi, je soutiendrai fermement la prise de position de l'Intercentrale syndicale qui consiste à dénoncer sans ambages, la violation des engagements souscrits par les parties signataires des accords tripartites. Ce serait erreur grave d'accepter le retour aux pratiques d'avant 2007, en cautionnant cette désignation unilatérale d'un PM proche du Président, en lieu et place d'un homme de consensus. Nous devons rejeter ce gouvernement et exiger le retour à la table des négociations qui associeraient cette fois-ci tous les acteurs, y compris les partis politiques. Le Premier Ministre qui fera l'objet de consensus, devra s'atteler à : - l'amélioration des services sociaux de base : eau, électricité, travaux publics, etc ; - faire la lumière sur les crimes commis lors du soulèvement populaire de janvier-février 2007 et la poursuite judiciaire des auteurs de ces crimes ; - tirer les conséquences quant au rapport d'audit commandité par l'ancien Gouvernement ; - créer les conditions d'organisation d'élections libres et transparentes ; - jeter les bases d'une véritable réconciliation nationale. Faute de quoi, le changement en République de Guinée n'est pas pour demain. Au pire, ce pays est appelé à moyen terme, à sombrer dans le désordre. Que Dieu nous en préserve! Ismael Souare Rep. Fed d'Allemagne
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