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M. Mouctar Diallo est notre 6e invité. Nous ne résistons pas à la tentation de camper sa personnalité par le joli vers de Corneille devenu cliché « Aux âmes bien nées… ». Mais en politique, la jeunesse ne peut suffire pour assoir une idéologie. Cependant, M. Diallo a prouvé, après une entrée médiatique fracassante en politique, qu’il avait aussi « du cœur... », pour continuer dans la citation de la fameuse pièce. D’ailleurs cela a failli devenir triste réalité, puisque notre jeune leader a failli perdre la vie dans cette terrible tragédie du Stade du 28 Septembre.
En quoi NFD que vous avez créé est-il différent des autres partis politiques guinéens ?
La première différence entre NFD et les autres partis réside dans le contexte de sa création. En effet, NFD est né de l’élan des événements de janvier et février 2007. La naissance de NFD est la résultante d’une prise de conscience citoyenne relative à la nécessité d’influencer positivement la gouvernance en lui insufflant une nouvelle vision dans la dynamique du développement. Car pour nous c’est inacceptable que la Guinée continue d’être parmi les pays les plus pauvres au monde avec plus 40% de sa population vivant au dessous du seuil de la pauvreté et ce malgré tout son potentiel.
Pour éviter de tomber dans le piège ethnique, NFD dans son organigramme a prévu quatre vices présidences dont une par région naturelle pour avoir un leadership fondé sur la légitimité nationale couvrant ainsi toute la Guinée. Le principe est critiquable mais c’est l’esprit qu’il faut voir. En plus, NFD ne tourne pas autour d’une personne, nous œuvrons pour l’émergence de plusieurs leaders au sein du parti.
Le fonctionnement de NFD est démocratique. La prise de décision est collégiale. Avant de prendre toute décision majeure, le sujet est discuté en assemblée générale ou au niveau du mailing group qui permet à tous les membres du parti y compris ceux de l’extérieur et de l’intérieur du pays de participer au débat par l’internet. C’est suite au débat houleux et contradictoire que le Bureau Exécutif National, s’inspirant des différentes idées des membres, va prendre sa décision sur la base de la synthèse. Tous les responsables du parti, à tous les niveaux, sont élus de façon libre et démocratique. Les biens du parti sont gérés de façon transparente selon les règles contenues dans le manuel de procédure et de gestion de NFD.
Notre programme de société met l’accès sur la réorganisation et la modernisation de l’Etat et de ses institutions, l’éducation, la bonne gouvernance en mettant l’homme qu’il faut à la place qu’il faut pour valoriser l’ensemble des compétences intérieures et extérieures guinéennes et exploiter le riche potentiel naturel que Dieu a doté à la Guinée.
NFD est convaincu qu’avec un leadership éclairé et patriotique, la Guinée sera, en un rien de temps, la locomotive de la sous-région au sein d’une Afrique émergente.
L’autre particularité de NFD est la place et le rôle majeurs des jeunes et des femmes au sein du parti. Ces deux couches souvent marginalisées, infantilisées et instrumentalisées sont affectées d’office à des rôles de mobilisation et de « mamaya » dans beaucoup de formations politiques.
Que comptez-vous faire pour que la médiation du président Blaise Compaoré trouve un bon dénouement dans la crise guinéenne ?
Nous sommes déjà engagés dans le processus de médiation, il faut le renforcer pour trouver un dénouement heureux de sortie de crise dans l’intérêt du peuple de Guinée. Je pense que la CEDEAO qui a mandaté le Médiateur doit l’aider à définir et à formuler un schéma pour amener les parties en conflit à un consensus mettant en place une nouvelle autorité incluant les forces politiques et sociales dans la gestion apaisée et efficace de la transition. Un nouveau chronogramme doit être défini et rigoureusement appliqué avec l’appui et le suivi du Groupe International de Contact sur la Guinée et qui débouche sur la tenue d’élections crédibles mettant les militaires hors de l’exercice du pouvoir politique en Guinée.
Quel régime politique souhaiteriez-vous pour la Guinée : un régime présidentiel comme aux Etats-Unis, parlementaire comme en Grande-Bretagne ou semi-présidentiel comme en France ?
Sans vouloir réinventer la roue, NFD pense que la méthode « copier coller » n’est pas la bonne. Il faut plutôt prendre les bons éléments des différents régimes et systèmes politiques qui existent dans le monde et inventer notre propre régime en lien avec notre contexte et en y ajoutant nos propres valeurs. Seulement après, nous allons lui trouver un nom.
Quelle est votre lecture de la crise traversée par la Guinée surtout depuis le 3 décembre 2009 ?
C’est dommage que la junte ait échoué et fait raté à la Guinée un autre grand rendez vous de l’histoire. Le capitaine Dadis et son équipe avaient eu une occasion dorée de rentrer positivement dans l’histoire et de mettre la Guinée sur les rails de la démocratie et du développement. Mais hélas, l’ivresse du pouvoir, les ambitions démesurées et égoïstes, le manque de sagesse et de grandeur les ont faits dérouter de leurs engagements initiaux en les orientant vers une dérive dictatoriale et la mal gouvernance qui nous ont mis dans l’impasse que nous vivons actuellement.
Notre premier souci est d’arrêter immédiatement la gestion de la transition par le CNDD qui a prouvé son incapacité à assurer une bonne transition et à diriger l’Etat guinéen. Sa gestion catastrophique des affaires publiques a aggravé la paupérisation de la population.
Depuis le 3 décembre dernier il y a eu une nouvelle donne. Mais cette nouvelle situation ne doit pas être une occasion d’enlisement et de pérennisation du CNDD au pouvoir. Il faut trouver rapidement un consensus, par la médiation, en vue de sortir le plus vite que possible de cette situation de crise qui ne fait qu’aggraver la précarité des conditions de vie des populations.
Le Forum des Forces Vives de Guinée, dont NFD est membre, doit être très vigilant et éviter les erreurs qu’il avait commises précédemment. C’est le moment de renforcer notre unité et être proactif pour mettre une forte pression sur la junte afin qu’elle sache qu’elle n’a autre choix que d’œuvrer pour le retour rapide à l’ordre constitutionnel en rendant le pouvoir au civil élu.
Nous espérons que de ce désordre que nous connaissons actuellement, va naitre l’ordre à la sortie de la crise. Nous souhaitons que tous ceux qui sont impliqués dans le massacre du 28 septembre soient traduits devant la justice internationale et sanctionnés conformément à la loi. Ainsi, prendront fin l’impunité et la dictature qui sont les causes de nos malheurs et naitra une Guinée nouvelle d’unité, de justice, de paix, de démocratie et de progrès.
Ne croyez-vous pas que pour éradiquer définitivement l’ethnocentrisme, il ne serait pas nécessaire de faire en sorte qu’aucune des huit ethnies qui composent la Guinée ne se sente exclue ni brimée ? Et pour cela, est-ce que découper administrativement le pays en cinq ou six régions et en accordant à celles-ci une autonomie relative, comme en Suisse ou en Allemagne, ne serait pas une solution au problème ethnique ?
Je pense que le problème guinéen est plus lié à l’ethnostratégie qu’à l’ethnocentrisme. C’est ceux qui sont dans les enjeux de pouvoir et qui n’ont pas d’arguments pour convaincre qui tirent sur les ficelles ethniques soit pour se maintenir au pouvoir ou pour le conquérir à des fins d’intérêts personnels et égoïstes.
En plus, nous avons un problème de pauvreté et de manque de démocratie qui développement les reflexes de haine et de repli identitaire. Quand nous réussirons à résoudre ces problèmes, vous verrez que les Guinéens ne sont pas ethnocentristes. D’ailleurs, les mariages et des plaisanteries entres les membres de différentes communautés guinéennes qui vivent ensemble et en harmonie expriment l’existence des liens historiques sacrés d’alliance et de cousinage entre les Guinéens.
De toute façon, le problème ethnique doit être posé et discuté par l’ensemble des Guinéens en vue de trouver des solutions appropriées, en s’inspirant, peut être, des exemples d’autres pays.
Quelle est votre position dans le paysage politique actuel ?
Par la grâce de Dieu, NFD est aujourd’hui parmi les grands partis politiques guinéens. C’est ce qui d’ailleurs nous crée actuellement une adversité auprès de certains qui nous voient comme des adversaires et qui œuvrent pour nous déstabiliser. C’est pourquoi sur certains sites web tendancieux, donc non crédibles, vous verrez des articles diffamatoires contre nous, sciemment écrits et diffusés par nos détracteurs dans le but de ternir notre image. Mais nous restons sereins et continuons le combat pour la démocratie et bien être de tous les guinéens.
Actuellement NFD bénéficie d’un élan de sympathie de milliers de Guinéens vivant à l’extérieur comme à l’intérieur. Chaque jour nous enregistrons beaucoup d’adhésions et nous avons des antennes dans la quasi-totalité des préfectures de la Guinée et dans beaucoup de pays où vivent un grand nombre de guinéens.
Aujourd’hui beaucoup de nos compatriotes voient en NFD une alternative crédible dans la lutte pour la démocratie et le développement de notre chère Guinée. Et les ainés politiques voient NFD, comme une relève digne et capable de continuer leur combat pour le mieux être des Guinéens.
Quel rôle voyez-vous pour les femmes dans la vie politique actuelle ?
On ne pourra pas développer la Guinée en excluant ou en marginalisant la majorité de sa population. NFD est conscient de la capacité, du potentiel, de l’énergie des valeureuses femmes guinéennes. Quand on fait confiance aux femmes et qu’on leur donne l’opportunité de mettre en valeur leur talent, elles font des résultats extraordinaires.
NFD est le parti des jeunes et des femmes. Les femmes participent pleinement et positivement aux réflexions, à la prise des décisions et à leur mise en œuvre. Sur les quatre vice-présidents de NFD, il y a deux femmes.
Les femmes doivent être au cœur de la vie politique guinéenne pour lui apporter une dose d’humanisme, de moralité et de valeur. Mais elles ne doivent pas tendre la main ou attendre qu’on leur cède de la place. Elles doivent prendre leur place même en l’arrachant. Donc qu’elles se disent que leur positionnement n’est pas de l’aumône mais un droit pour accomplir leur devoir de contribution au développement de la Guinée. Et cela demande de l’engagement, du militantisme et de renforcement perpétuel de leurs capacités.
Quel message voulez-vous délivrer au peuple guinéen dans les circonstances tragiques actuelles qu’il vit ?
A cette période d’épreuve pour le peuple de Guinée, je lui demande de croire en l’avenir. Il ne faut pas désespérer du secours de Dieu qui est proche. Dans l’évolution de l’homme comme du peuple, il y a des moments très difficiles. J’espère que l’année 2009 partira avec le cortège de misère, de violation des droits humains, de l’impunité, de la dictature en Guinée pour céder la place à la justice, à l’unité et à la prospérité, à l’amour et à la stabilité.
Les Guinéens doivent plus que jamais être unis, déterminés et résolument engagés dans la voie de la conquête de la démocratie, et du mieux être, dans la paix. Et NFD continuera toujours ce combat.
Que Dieu accueille dans son paradis tous les combattants pour la démocratie et le développement qui ont perdu leurs vies par la violence politique en Guinée et prompt rétablissement à tous les blessés notamment ceux de janvier et février 2007 et du 28 septembre 2009.
Bonne et heureuse année 2010 à tous démocrates guinéens et du monde.
30 décembre 2009
Propos recueillis pas la Rédaction de www.guineeactu.com
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