|
Notre pays traverse des moments toujours et de plus en plus difficiles. A se demander pour quoi le Bon Dieu prolonge ces périodes de vache maigre dans lesquelles vivent nos compatriotes depuis des années, et qui voient les populations de plus en plus inquiètes et en perte d’espoir. La situation de notre pays s’est largement dégradée ces dernières années et aucun espoir ne se profile à l’horizon. Et pire, aucune voix ne s’élève pour dénoncer la gestion catastrophique d’un pays qui, d’ailleurs, n’a plus de tête. Le Général ne sait plus rien de ce qui se passe dans le pays (en témoigne la falsification de ses décrets) et sa marionnette de premier ministre n’a aucun moyen d’action. Au final, la nation est devenue un grand marché où chacun vient faire ses courses, sans passer par la caisse et en toute impunité. L’un des rares «progrès» de ces dernières années dans notre pays, aura été la création des partis politiques et l’amorce d’un «processus démocratique». L’idée de départ du Général était d’avoir une démocratie à l’Américaine. Il avait suggéré en effet la mise en place de deux ou trois grands partis politiques pour travailler avec le gouvernement et un régime présidentiel. Seulement notre cher Général, manquant de toute connaissance politique (comme lui-même l’a dit), n’a pu expliquer cette vision. Et du coup, elle a été pourfendue sur l’autel du multipartisme intégral. Conséquences ? La prolifération des partis, dont certains n’ont de militants que… le cadre familial. Aujourd’hui, on se retrouve ainsi avec plus de quarante partis politiques, pour environ dix millions de personnes dans le pays. Attardons nous un peu sur l’idée du Général : si Lansana Conté entendait dire par là, qu’il préférait avoir deux partis forts et responsables, dont l’un sera aux commandes et l’autre dans l’opposition, c’était une bonne idée. Ou encore, s’il entendait dire qu’il voulait deux partis pour faire de la politique politicienne, et le laisser gouverner le pays comme un havre de paix, il a eu raison et il a été visionnaire. La preuve est faite aujourd’hui qu’il n’y a même plus d’opposition en Guinée. Tous les partis sont comme perdus dans le tourbillon et se sont laissés finalement convaincre de laisser le Général tranquille, alors que le pays vacille. Le malheur des guinéens aujourd’hui n’est pas seulement lié à la mauvaise gestion du pays par le Général et son entourage, mais à ce silence complice, à ce mutisme pesant de l’opposition. Or, dans la mesure où, dans un pays, vous n’avez plus une opposition courageuse et responsable, il n’y a plus de démocratie. J’ai été de ceux qui ont salué l’entrée de l’opposition dans le soi-disant « gouvernement de large ouverture » du soi-disant Premier ministre Souaré, mais force est de reconnaître que je viens de commettre là, ma première faute politique. J’en fais le mea culpa ! Voyons un peu la stratégie de Souaré. Il a été nommé et il savait qu’il n’est que le simple secrétaire du Général, ah, pardon !, de l’entourage du Général Conté. Voulant vivre des temps plus apaisés dans la continuité du système, il s’est dit qu’il devait éviter d’avoir sur son dos, trop de forces centrifuges. D’un côté l’entourage du Général et le PUP, et de l’autre côté, l’opposition politique et les syndicats. Tous ceux-là étaient lourds à supporter sur un dos qui n’est pas bâti pour un tel poids. Alors il a ingénieusement inventé l’expression « gouvernement de large ouverture » après celle de «large consensus», qu’il a garni de toutes les provenances, et voilà les partis politiques de l’opposition piégés. Cette stratégie a bien réussi à Ahmed Tidiane Souaré : aujourd’hui il vaque dans un fleuve tranquille. Tout est tranquille dans le meilleur des mondes apaisés pour lui. Les partis politiques sont morts, et surtout, l’opposition. En plus, il a pris soins de préparer les obsèques en leur octroyant, dès son arrivée, une forte enveloppe pour les funérailles, et voilà, l’enterrement est ainsi facilité. Le dernier coup de grâce sera l’usure qu’il prépare, en repoussant du jour au lendemain, les élections législatives. Et ce sera la décomposition. Pour conclure je demanderai aux partis politiques qui sont dans ce gouvernement, d’en sortir, car je ne vois pas comment un gouvernement qui est incapable d’organiser une fête, peut conduire un projet de société pour un pays. Il n’y aucun argument qui justifie qu’aujourd’hui des partis qui ont crié haut et fort, depuis des années, l’inefficacité du régime restent encore dans le gouvernement. On ne peut cautionner la souffrance criante de la population, quand on aspire un jour à gérer ce pays. Ce sont les populations qui récoltent aujourd’hui l’incompétence notoire du régime et l’impuissance manifeste de l’opposition. Et cela, à mon sens, est irresponsable et inacceptable. London Camara, Biologiste pour www.guineeactu.com
|