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Le Président, recourant à de petits actes qui violent la constitution, prend la mauvaise voie en ce début de mandature ; il donne l’image de ces autocrates qui roulent à contresens et qui entendent à la radio qu’un fou roule dans le mauvais sens et voyant tous les véhicules fondre sur lui, se dit : “Mais il n’y a pas qu’un fou, ils sont des milliers !” tout en continuant sa route jusqu’au clash !
Le premier Président « démocratiquement élu » de la Guinée. Comme si l’arrivée de Sékou Touré en 58 n’était pas démocratique, enfin parole de colonisateur ! Pour revenir à Monsieur le Président, dans la perspective des élections législatives à venir, il a décidé d’être encore plus extrémiste qu’à l’accoutumée et revient à ses fondamentaux.
En effet, Monsieur le Président nie désormais les droits les plus élémentaires des Guinéens par la violation de sa constitution et par le mépris qu’il développe face à ce peuple qu’il connaît peu ou prou en raison de son exil de 60 ans, et au final, il découvre les difficultés de l’exercice du pouvoir et commence de la pire des manières en constituant un pouvoir militaro-civil à la tête d’un pays que les inconditionnels du pouvoir trouvent démocratique.
Il veut détruire les commerçants peuls et rêve d’une oligarchie malinké à la tête de l’économie guinéenne. Je lui prédis un échec, quand il partira (chose que je lui souhaite rapidement) les commerçants seront encore plus riches et plus prospères. Je me demande seulement pourquoi Monsieur le Président ne s’attaque pas aux réseaux mafieux dans le milieu du diamant ou des mines en Guinée. Pourquoi il ne s’attaque pas aux contrats miniers dans lesquels l’état guinéen est plus que lésé. Surtout que ce sont là des secteurs qui rapportent beaucoup plus pour les caisses de l’Etat.
Monsieur le Président pense ainsi que tous ceux qui le mettent en garde et qui voudraient qu’il renoue avec des mesures justes, progressistes et démocratiques vont à contresens.
Dès lors il ne peut être cohérent – de par ses prises de position, qui ressemblent de plus en plus à celles de l’extrémiste qu’il est – et il ne peut dire ouvertement qu’il adopte ce genre de posture pour des raisons purement électoralistes et personnelles. Il n’arrête pas de se contredire. Habitué à se disputer par média interposé, il pense pouvoir polémiquer en disant n’importe quoi et en invoquant la “mafia” et les “commerçants”. Mais ce discours révolu a déjà suffisamment été exploité par Sékou Touré en son temps sans aucun effet.
Si Monsieur le Président veut se battre comme un Président, qu’il le fasse avec la visibilité d’un chef d’Etat ! En ce début de votre mandature, vous paraissez si irrespectueux des “valeurs démocratiques”. Vous avez même récemment déclaré la guerre à ceux que vous êtes sensé protéger en dépit de tout, car citoyens de votre pays. Vous déclarez des contrevérités en voulant absoudre des criminels au nom de je ne sais quel pardon. Nous disons oui au pardon, mais la justice d’abord et avant toute chose. Vous ne pouvez pas déclarer que les crimes du 28 septembre sont pardonnés ! Vous n’êtes ni victime, ni même acteur direct dans cette tragédie pour cause de fuite ! Vous voulez le pardon alors nous vous disons justice d’abord. Vous voulez la paix alors renoncez à l’injustice, et commencez par respecter le peuple et ses lois. Renoncez à l’arbitraire et au harcèlement contre les peuls, ils ne sont pour rien dans vos malheurs. Considérez-vous que les femmes violées en Guinée, que les gens morts ou handicapés soient moins importants ? Les crimes que vous dénonciez jadis sont devenus des marques de récompenses, n’est-ce pas la raison de la présence de ceux que le peuple a vomis dans votre gouvernement ? Considérez-vous ainsi que les prédateurs dont vous vous êtes entouré sont moins répréhensibles que l’opérateur économique qui dispose d’un bail avec l’Etat ? Cela signifie que, partout où il y a une violation des lois ou des préjudices pour notre pays, vous allez respecter les procédures légales pour vous y opposer. C’est bien ce qu’on attend de vous si vous êtes vraiment sincère, juste et cohérent.
Je vous rappelle que la bravoure consiste à affronter les puissants et non à écraser les faibles. Pourquoi n’avez-vous pas adressé le moindre reproche à ceux de l’armée qui ont violé des citoyennes innocentes, qui ont tué des Guinéens dont le seul crime était de manifester dans un stade ? Que faites-vous de cette génération de « milliardaires spontanés » qui vous entoure contrairement aux commerçants qui sont vos cibles ? Que ferez-vous de tous ces biens illégalement détenus par des gens qui vous sont aujourd’hui proches mais que vous combattiez jadis ? Pourquoi, au moment où notre pays essaie de s’en sortir en adoptant des lois pour régir son fonctionnement, ne trouvez-vous rien d’autre à faire que de violer ces mêmes lois ? Pourtant votre serment vous engage à respecter et à faire respecter les Lois de la République au risque de parjure !
La réponse est claire. Les élections approchent. En adoptant le discours populiste, vous manifestez l’intention de grignoter des voix en trompant l’opinion comme à la distribution du riz à 20.000 GNF le sac (qui se transforme en 160.000GNF). Les Guinéens vous avaient pourtant adopté dans les années 90 car vous paraissiez être un homme juste et courageux. Ils vous avaient soutenu parce que vous aviez promis de faire de la Guinée un pays plus libre et plus juste. Mais, maintenant, vous vous attaquez à de pauvres commerçants en les qualifiant de mafieux alors même que les vrais mafieux pullulent dans votre entourage. Vous développez un discours ethnique et haineux à l’encontre de vos compatriotes qui ont choisi un autre camp. Le peuple a été floué par tout le monde jusqu’ici et il a fallu que vous vous y mettiez aussi. En tout cas le peuple ne vous reconnaît plus et on regrette déjà vos discours d’antan comme celui dans lequel vous dénonciez l’armée guinéenne et tous les clans qui s’étaient constitués autour du pouvoir que vous appeliez « prédateurs » et qui sont aujourd’hui vos principaux collaborateurs.
Ousmane DIALLO
www.guineeactu.com
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