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L’héritage que les deux administrations ont légué à notre pays, devient de plus en plus lourd, et risque de devenir fatal pour la nation. Moins de trois mois depuis l’avènement du CNDD à la tête de l’Etat ou de ce qui en reste, sous la direction du capitaine Moussa Dadis Camara, il est facile, non seulement de se rendre compte de l’échec enregistré en matière de formation d’hommes capables à gérer ce pays, mais aussi de s’inquiéter sur l’avenir de notre nation. Ce constat se lit sur les agissements du chef de la junte, que bon nombre de compatriotes n’arrivent toujours pas à comprendre.
La gouvernance que la Guinée a connue depuis son indépendance, était fondée sur un système d’exception, avec une méthode d’endoctrinement basée sur le culte de la personnalité : Le Chef = l’Etat.
Cette politique d’abrutissement qui a entaché notre foi religieuse même, fait de nous, non pas des citoyens responsables, mais des militants faciles sans parti, ni cause. Nous ignorons totalement les concepts moraux de portée universelle.
Le capitaine Dadis Camara qui avait insulté dans sa déclaration de prise du pouvoir le 23 décembre 2008, les guinéens, et nié la vérité historique en vantant l’œuvre de celui qui a ruiné la Guinée pendant plus de 24 ans, et qu’il plaint comme étant d’ailleurs la victime de l’entourage, est perçu comme étant le sauveur.
En janvier et février 2007, le peuple de Guinée avait durant le soulèvement général qui a couté au pays près de deux cents morts, des centaines de viols et des milliards de dégâts matériels pour se débarrasser de celui dont le capitaine Dadis chante les louanges aux guinéens comme aux étrangers qui se rendent sur les ruines dans lesquelles il laissé le pays. En regardant les différentes mises en scènes que les téléspectateurs voient dans les différents feuilletons quotidiens, il est facile de remarquer les investigations indiquent la même piste, la faille Conté et pour tous les délits : vols, détournements, trafic de drogue, etc.
Etant facilement endoctrinables, nous ne cessons de nous sentir impressionnés par cet individu qui est en train de se donner une image trompeuse alors qu’il a un passé partagé avec ceux qu’il est en train de trimballer devant les caméras de télévision et qu’il indexe comme étant les seuls coupables de crimes contre le pays.
Et ce qui est plus inquiétant, c’est quand des observateurs superficiels de la scène nationale voient en Dadis celui qui veut nettoyer le bled et y moraliser la vie publique, pendant qu’il protège les vrais maitres coupables. Qui peut indexer des criminels que ce soit dans le vol des deniers publics, le trafic de drogue, la corruption et épargner la famille Conté qui se trouve au centre de toutes les malversations durant leur règne ? Qui ne connait pas que la préoccupation essentielle du feu général Conte fut la course à l’enrichissement personnel et par tous les moyens ? Qui n’a pas noté la différence entre le train de vie de la famille Conté en 1984 et aujourd’hui ? Pour qui le capitaine Dadis et ses flatteurs veulent prendre les guinéens ?
L’arrestation du capitaine Ousmane Conte, ami et protecteur de longue date de Dadis (qui s’assemblent, se ressemblent, dit-on) ne signifie rien devant tous les crimes commis par son père et leur famille. Surtout, il ne faut pas se hâter d’apprécier car Ousmane n’est pas encore condamné.
« Parlant de l’arrivée du capitaine Moussa Dadis Camara au pouvoir, Henriette Conté a estimé que le nouvel homme fort du pays avait des relations privilégiées avec le Général Lansana Conté. « Ils avaient de très bonnes relations. Il (Ndlr : Le capitaine Moussa Dadis Camara) est comme un enfant qui prend l’héritage de son père », (www.africaguinee.com du 9 février 2009).
Le capitaine Dadis ne peut inspirer confiance tant qu’il continue de protéger les principaux criminels que sont ses amis Conté. Il ne faut pas s’attendre à une meilleure méthode de gouvernement par rapport à la 2eme république, dans la mesure où, comme feu son père adoptif, Dadis aime humilier les membres de son gouvernements et nourrit une haine viscérale pour les intellectuels et comme lui, il fait faire croire que lui seul est patriote. Il vous souviendra comment feu le général Conté avait tenté d’instruire l’ex ministre de la justice Mr Bassirou Barry en 1987 sur la profession de magistrat.
Une différence entre les deux: Conté était prudent et laissait faire tant que ses intérêts n’étaient pas menacés alors que Dadis est impulsif et inconsistant et aime faire la vedette dans toutes les circonstances. Son style est marque par des improvisations et la vulgarité comme sous Sékou Touré. Ses limites sur les plans intellectuel et professionnel constituent une source sérieuse d’inquiétude pour la nation. Au lieu de laisser le premier ministre qui est un technocrate dont l’expérience n’est plus à démontrer, il concentre tous les postes stratégiques dans ses mains alors comme on l’a vu dans le feuilleton avec les anciens ministres, il est loin de comprendre les affaires gouvernementales. Il a été facilement séduit et impressionné par la façon dont ces derniers ont manipulé la langue de Molière ainsi que par leurs justifications. Il semble n’avoir confiance en personne et veut diriger l’Etat comme il gérait les carburants de l’armée.
Baba Shérif (USA) pour www.guineeactu.com
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