 |
Parmi les débats et sujets qui ont dominé l’actualité nationale ces dernières semaines, certains ont particulièrement retenu mon attention. Notamment, le programme minimum d’urgence du gouvernement, le symposium minier prévu à l’occasion du cinquantenaire, et enfin les caprices exécutoires du Chef de l’Etat. 1- Du programme minimum d’urgence : à la lecture du compte rendu du conseil extraordinaire des ministres tenu le 29 juillet 2008, quatre points ont retenu mon attention : - La volonté d’œuvrer pour l’annulation de la dette du pays : en espérant que l’ensemble des membres du gouvernement travaille dans cet état d’esprit, c’est une initiative à saluer et à encourager. Cependant, au lieu que ces intentions ne soient de l’ordre des propagandes, mise à part les recommandations à la moralité dans les dépenses publiques, il serait louable que le premier ministre étale les mesures concrètes par lesquelles il entend réguler les dépenses publiques. Compte-t-il donner l’exemple en publiant son salaire et ses avantages ? Compte-t-il réduire le train de vie du gouvernement ? Compte-t-il conditionner le décaissement de toutes dépenses dépassant un certain seuil à la triple signature du premier ministre, du ministre des finances et du gouverneur de la banque centrale ? Nous demandons ainsi au premier ministre, pour croire à sa volonté d’arriver au l’annulation de la dette, d’étaler ses mesures de lutte contre la corruption car il serait utopique de croire à toute annulation de la dette quand la corruption est devenue la règle de gouvernance.
- Le fonds pour l’emploi des jeunes : à ce niveau également, il y a lieu de se réjouir sur le fait que l’emploi des jeunes figure parmi les axes prioritaires du gouvernement. Cependant, nous espérons qu’il ne s’agit pas d’un fonds pour corrompre les jeunes, de même, avant toute libération d’un quelconque fonds, nous demandons aux autorités de définir clairement les critères d’éligibilités des projets susceptibles de bénéficier de ce fonds. Il ne s’agit pas de concentrer ce fonds à Conakry tout en oubliant qu’il y a énormément de jeunes à l’intérieur du pays qui, le plus souvent, n’ont besoin que d’une avance pour débuter leurs propres affaires, si petites soient-t-elle. Ainsi, je suggère que le mode d’utilisation de ce fonds réponde à une logique de microfinance pour de très petites structures ou des PME, sans obligation d’avoir effectué des études pour les porteurs de projets. Ainsi, il est nécessaire qu’il y ait des structures publiques, ou une coopération avec les ONG spécialisées dans le domaine, pour sensibiliser et aider les jeunes volontaires à monter des projets viables.
- L’état de l’insécurité : Tout d’abord, je tiens à déplorer les attaques successives dont ont été victimes Mme Hadja Rabiatou Serah Diallo ainsi que l’ex-ministre de la santé, Mme Maïmouna Bah. Certes, ce sont avant tout des citoyennes comme tous les autres, mais quand des actes de ce genre arrivent à des responsables publics dans un pays, cela dépasse le cadre de l’insécurité ordinaire, nous sommes même tenté d’affirmer que ce ne sont que des actes de milices organisées. Nous rappelons au gouvernement en place que tous les efforts et toutes les actions engagées seront vaines si l’insécurité continue à persister dans nos cités, car aujourd’hui, le premier facteur de croissance d’un pays repose sur la capacité des autorités publiques à garantir la sécurité des personnes et des biens sur l’ensemble du territoire national. En dépit du fait que nous approuvons l’objectif d’un policier pour 1000 habitants en 2010, le recensement des bars dancing et des débits de boisson, les 13 véhicules mis à la disposition des forces de sécurité ; cependant ça ne se voit pas que la lutte contre l’insécurité et le trafic de drogue est un objectif primordial de ce gouvernement. Quand à l’époque, avec les « matias », les autorités publiques ont pris la décision de ramener la sécurité dans la cité, en moins de 6 mois l’objectif fut atteint. Par exemple, il est nécessaire de créer des « centres indépendants de plaintes » dans chaque quartier et de responsabiliser les chefs de quartiers par rapport à l’évolution du nombre de plainte. Un chef de quartier est censé être un responsable qui connaît tous les recoins de son quartier, qui connaît tous les jeunes et tous les ghettos de son quartier, s’il n’arrive pas à réduire le nombre de plaintes pour cambriolage et autres agressions, qu’il soit démis de ses fonctions. Pour ce qui est des crimes organisés et des vols à mains armées, les centres auxiliaires peuvent venir en aide. De ce fait, l’insécurité sera combattue de bas (dans les quartiers) en haut (centres auxiliaires).
- La restauration de l’autorité de l’Etat : cet objectif est une nécessité et il est logique qu’il soit parmi les priorités du gouvernement. La décision de réhabiliter les édifices publics va dans ce sens. Cependant, nous rappelons que la restauration de l’autorité de l’Etat ne se fera jamais à Conakry. L’autorité de l’Etat se construit de bas en haut, notamment en commençant par redéployer, au niveau de chaque localité, les services sociaux de base (assainissement, eau, électricité, santé, éducation, lieux de loisirs, …), tout en se montrant à l’écoute face aux besoins très élémentaires des populations. C’est ainsi que nous avons appuyé l’initiative de la « Quinzaine de la décentralisation » et approuvons la tournée du ministre de la décentralisation à l’intérieur du pays dans ce cadre. Cependant, je rappelle que l’ultime action pour la restauration de l’autorité de l’Etat est l’organisation de consultations électorales transparentes et démocratiques. Or, nous craignons à ce niveau que le gouvernement néglige cet aspect en dépit du fait que sa survie dépendra, non seulement du respect des échéances, mais également, de la crédibilité des prochaines élections législatives.
Ce sont là les principaux points qui m’ont interpellé suite au compte rendu du conseil des ministres du 29 juillet 2008. Si le programme minimum d’urgence porte sur une année (août 2008 – août 2009), cependant le gouvernement sera jugé dès la proclamation des résultats des prochaines élections législatives. 2- Du symposium minier prévu à l’occasion du cinquantenaire : à ce niveau aussi, c’est une très bonne initiative surtout à une époque où le prix des matières premières flambe, et où la révision des contrats miniers est à l’ordre du jour en Guinée. Ce symposium devrait permettre à la Guinée de diversifier ses clients, de se rapprocher des pays exportateurs de matières premières et de mettre en valeur son potentiel minier. Si le secteur minier est le levier du développement économique de la Guinée aujourd’hui, cependant, je ne partage absolument pas la pensée commune selon laquelle « le développement économique et social de la Guinée repose, pour les 50 prochaines années, sur le secteur minier ». Le secteur minier est certes l’un des premiers pôles de recettes publiques en Guinée, mais c’est aussi l’une des causes de la médiocrité des autorités publiques en Guinée, c’est le gros poisson de la grande corruption, et c’est le premier frein au développement du secteur privé, moteur du développement de tout pays. Le secteur minier a fait que les autorités publiques guinéennes ont complètement négligé des secteurs aussi porteurs que l’agriculture, la pêche, l’élevage et surtout le secteur privé. C’est ainsi que la question du secteur minier en Guinée doit être intégré à un plan d’émergence de la Guinée de telle sorte que les gouvernants soient contraints, pour bénéficier de la manne minière, à fructifier d’abord les autres secteurs d’activité en Guinée. Dans ce plan, une Assemblée nationale restructurée et dotée de nouveaux pouvoirs jouera un rôle central. 3- Enfin, les caprices exécutoires du Chef de l’Etat : tantôt ce décret tantôt cet autre, nous rappelons simplement au Chef de l’Etat que si les syndicats étaient responsable du gouvernement d’il y a un an, aujourd’hui il est le seul responsable de son gouvernement. La guerre des clans qui rodent autour de lui ne fait que commencer, or c’est sa lucidité et sa capacité à crédibiliser ce gouvernement dit d’ouverture qui déterminera si c’est par la porte ou par la fenêtre qu’il sortira. D’ailleurs, ce genre d’attitude relance le débat sur la nécessité, oui ou non, d’institutionnaliser le poste de premier ministre ; car, il serait difficile de faire avancer les choses en Guinée si d’une part il y a des clans présidentiels qui font figure de gouvernement fantôme, et d’autre part, un premier ministre qui joue le rôle de fusible politique. C’est ainsi que je clos mes appréciations de l’actualité nationale en Guinée tout en exhortant mes compatriotes à ne plus rester à la marge des décisions qui nous concernent, et surtout de ne plus jamais laisser personne défendre nos intérêts à notre place. « Les plus petits esprits ont les plus gros préjugés » Victor Hugo « Le véritable changement, c’est quand les rôles changent et pas seulement les titulaires » Gilbert Cesbron « Les politiciens sont les mêmes partout. Ils promettent de construire un pont même s’il n’y a pas de fleuve » Nikita Khrouchtchev « Vive la voix de la jeunesse guinéenne, ensemble pour la lutte contre l’insécurité, pour que vive la Guinée » Mamadou Oury Diallo, Maroc pour www.guineeactu.com
|
 |