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Depuis la tuerie du 28 septembre dans le plus grand stade de Conakry, les différents clans militaires de l'armée se surveillent, jour et nuit? La Lettre du Continent dresse la carte géo-ethnique des chefs de cette armée qui ont pris la population en otage après avoir été fêtés par les leaders de l'opposition au président Lansana Conté comme des libérateurs.
Les Guerzés de Dadis Camara : un pour tous, tous pour lui ! Le capitaine Moussa "Dadis" Camara se bunkerise avec sa propre garde d'ethnie guerzé. Le chef de la junte a pris ses distances avec le clan du lieutenant Claude Pivi "Coplan" (sur la photo), ministre chargé de la sécurité présidentielle. D'ethnie toma (un des trois clans forestiers avec les Guerzés et les Kissis), "Coplan" a moyennement apprécié que deux des siens aient failli se faire "rafaler" à la sortie d'une audience présidentielle. Depuis, ce colosse spécialiste des arts martiaux ne se déplace plus qu'avec ses propres gardes du corps dont les noms se terminent par "I". (Chez les Tomas, les noms courants sont Pivi, Zoumanigui, Onipogui, Bolivogui, Beavogui, etc.). Chez "Dadis", il vaut mieux avoir un nom qui se termine par "A". (La plupart des noms guerzés finissent ainsi : Kamara, Loua, Thea, Kourouma, Saa, etc.). A l'exception de son garde du corps malinké Toumba Diakité (originaire de Mandiana), les soldats du premier cercle de "Dadis" viennent de son fief de Nzérékoré et Macenta (Guinée forestière). Le chef de la junte a également recruté dans les deux milices mandingos forestières du Liberia : l'Ulimo d'Aladji Kromah et l'URD de Sékou Damate Koné. Le troisième clan militaire de la forêt est d'ethnie Kissis dont les noms finissent par "O" (Karman, Tolna, Mi limono, Feindrons, Tombolo, etc.). Il comprend d'anciens éléments de la garde présidentielle, dont l'ancien aide de camp Jacob Tolna. Ce clan, qui était puissant sous le régime Conté, a été affaibli après la mutinerie de 1996 du commandant Gbagbo Zoumanigui.
Le général Sékouba Konaté contrôle le BATA. Ancien patron de "Dadis", le général Sékouba Konaté, numéro deux de la junte et ministre de la défense, est né d'un père malinké (formé dans l'ex-URSS sous le régime Sékou Touré) et d'une femme métisse, originaire de la forêt. Sékouba Konaté possède sa propre équipe baptisée le groupe de Meknès (Maroc) où il a suivi l'essentiel de son cursus militaire. Ses hommes sont le colonel Bondoukou Code, commandant du BATA (Bataillon autonome des transports aéroportés, unité d'élite) dont Konaté a longtemps été le patron ; Moussa Sanok, le chef d'état-major des armées ; et Ansoumane Kabba, le chef d'état-major de l'armée de terre. Sékouba Konaté contrôle en outre le renseignement militaire et une partie de la garde présidentielle de l'ancien président Lansana Conté. S'il est malinké, celui-ci a grandi dans le quartier populaire soussou de Boulbinet à Conakry, d'où sa "fluidité" au sein de l'élite militaire issue de cette ethnie de la garde présidentielle.
"Toto" Camara, le général Soussou marginalisé. Formé à l'Ecole de guerre à Paris, le général Mamadou "Toto" Camara, St-Cyrien, avait été exilé fin 2006 par Lansana Conté comme attaché de défense à Washington. A la mort de l'ancien président, il apparaissait donc (du moins à Paris !) comme une carte maîtresse? Mais dans ce climat militaro-ethnique, il a vite été bridé. Pire, il s'est récemment fait bastonner devant l'entrée du camp par la garde forestière de "Dadis" Camara. Le clan militaire soussou n'en reste pas moins en embuscade. Une partie de ses officiers sont en prison dans l'île de Kassa, d'autres au camp Alpha Yaya, les plus chanceux vivant encore au camp Samory Touré, ex-résidence officielle de l'ancien président. La plupart ont été formés par des instructeurs occidentaux, en particulier aux Etats-Unis. L'un de ces groupes basé en Haute-Guinée, à Sogoniko (pays malinké), s'est mis au service de Sékouba Konaté. Un autre groupe de soldats soussous formé par les Chinois est resté au camp de Kindia où Moussa "Dadis" Camara n'a (prudemment) jamais mis pied, à 145 kilomètres de Conakry.
La lettre du continent N° 573 du 08/10/2009
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