lundi 30 mars 2009
La leçon du peuple sénégalais à ses dirigeants

En 2000, le peuple sénégalais, las de 40 ans de têtes identiques, a permis à une équipe dirigée par un homme, Maître Abdoulaye Wade, de prendre les rênes du pouvoir.

 

Très vite, cet homme s’est trouvé de nouveaux amis de la  vingt cinquième heure, tous venus « d’en face » et promus conseillers spéciaux auprès du Président de la République.

 

Ces laudateurs professionnels ont fait du démocrate Wade, un monarque qui, en 9 ans, a transposé la rue au palais et a transformé la République en royaume.

 

Les hauts fonctionnaires de toutes les hiérarchies sont devenus des vassaux, à la recherche par tous les moyens, de prébendes. Il fallait tout faire et tout dire pour faire plaisir à la cour et en tirer le maximum de retombées financières, foncières et de strapontins.

 

L’arrogance, la prétention, l’incurie, l’ignorance, la malhonnêteté, la ruse, le mensonge, la calomnie, la dénonciation, l’hypocrisie furent élevés au rang de qualité. Le peuple fut assimilé à un bien, et sa carte d’électeur eut un vil prix enchères.

 

Pour accueillir le roi revenu de voyage, des cars s’alignaient devant les marchés et à des chômeurs affamés, il leur était proposé des tee-shirts à l’effigie de la famille royale, un sandwich et 1500 pauvres francs dévalués, pour avoir des applaudisseurs convaincus, qui seront placés devant les caméras de la télévision nationale, complice, pour crier « vive le roi ».

 

Plus il y avait de sandwichs et plus il y avait d’applaudisseurs. Et plus grande était la conviction chez le roi et sa famille, qu’ils étaient adulés par ce gentil peuple, un peu niais peut être, mais si bon, et grâce à qui, la «  flèche de Sangomar » pouvait nous permettre d’aller faire des emplettes » un peu partout dans le monde.

 

Quand Iba  parle, on s’exclame tout mielleux : «  oh qu’il est gentil, c’est bien, voici pour toi. Tout doux ».

 

Mais quand Mody Niang avertit, on se fâche : « il est méchant, il est jaloux de nous, il a de la haine dans son cœur, le vilain !».

 

Puis, c’est quand même les élections reportées à tour de bras et de pieds, des élections où ce brave peuple, niais à souhait, le sandwich et les 1500 frs en mains, sanctionne les corrupteurs, les voleurs, les tricheurs, les menteurs, les dealeurs et autres …eurs.

 

Et c’est la stupeur chez le roi et sa famille, qui vont respirer de l’air frais chez nos cousins, les gaulois.

 

Les …eurs restés au bled, battent des pieds et des mains pour leur désigner les responsables : « c’est x et y qui n’ont pas fait le travail. Il faut les sanctionner en leur ôtant tous privilèges et en les expulsant du parti. Nous, il faut nous pardonner et nous redonner les immenses moyens que vous aviez mis à notre disposition. Au besoin, si vous pouviez les augmenter, 2012 sera la bonne. Ne vous lassez pas de nous passer l’argent du peuple, c’est dans votre défaite que vous êtes devenus grands. Tout compte fait, vous devez nous dire merci de vous avoir induit en erreur, car tout enduit de boue que vous êtes, vous êtes rentrés dans l’histoire du Sénégal ».

 

Une vérité que personne ne peut nier : «  quelque soit la dimension de la porte d’entrée ou de celle de sortie, la famille Wade est rentrée dans l’histoire du Sénégal ».

 

Cette leçon du peuple sénégalais à ses dirigeants, est une leçon que fera chaque peuple africain martyrisé par des dirigeants despotes, à leurs classes politiques.

 

Inexorablement, l’Afrique se libérera du joug des despotes, depuis 20, 30 ou 50 ans à la tête de nos états avec leurs épouses, maîtresses et progénitures, avec rang non pas de ministres, mais de véritables présidents. En Afrique, le boy d’un président est un ministrable.

 

La gifle magistrale que 5 ministres d’Etat ont reçue à Saint Louis, de la part de la population, dirigée par un « enfant politique », aurait entraîné des démissions en cascades. Mais non, tous ces ministres sont chez le féticheur du coin de la rue pour implorer les djinns, leur maintien au pouvoir.

 

Ils doivent être révoqués, puis audités. Tous leurs biens mal acquis doivent être saisis et restitués au peuple. Ce n’est pas un jeu de «  qui perd gagne » mais bien un jeu de «  qui perd débarrasse le plancher ». Comment Abdoulaye Wade peut-il continuer à diriger avec une équipe de loosers ?

 

Il n’y avait personne en face d’Abdoulaye Wade, que ses adversaires traditionnels. C’est pour cela que ces adversaires ont, eux aussi, ramassé le pouvoir.

 

Depuis dimanche dernier, c’est une joie indescriptible dans ce camp. Le pouvoir était à terre. Les caisses sont vides. Les grèves sont récurrentes. Le sous emploi est endémique. Le chômage a atteint son apogée. Les fleurons de notre industrie ont coulé. Notre agriculture hiberne. Notre élevage est inexistant. Nos poissons nagent sous d’autres océans. Nos jeunes préfèrent barssac. Nos sœurs ne trouvent pas maris. Les villes de l’intérieur n’ont plus de carburant. Partout dans le pays, l’eau saumâtre est imbuvable. La bougie a fait apparition dans les ménages.

 

Sur le plan international, le terme le plus usité est «  crise » : crises au Nord, aux Etats Unis, en Asie. Epuisement des ressources financières. Réchauffement de la planète. Le sida, le paludisme, la tuberculose et toutes les maladies opportunistes, en progression géométrique.

 

Un militaire au nord en Mauritanie, un militaire à l’est au Mali. Un militaire au cœur du Sénégal, en Gambie. Un militaire en Guinée Conakry. Quoique l’on en dise, un militaire en Guinée Bissau. Les requins de l’océan atlantique à l’Ouest. Nulle part où aller, et c’est pourquoi personne ne ricane plus au Sénégal.

 

Alors dites-moi, pourquoi Tanor, Moustapha, Bathily et Dansokho qui a un dentier neuf,  sourient-ils aux anges ? Ce n’est pas seulement parce que les bleus ont perdu la majorité du pays. Il y a forcément autre chose dans cette victoire.  Il y a anguille sous roche, et comme demain il fera jour, le peuple sait qu’il a sa carte, malgré les futurs sandwichs et 1500 frs qui, en fait, ne sont qu’une partie de ses biens.

 

Cette leçon du peuple sénégalais, je la dédie à tous les présidents d’Afrique, en leur rappelant : 

 

« ...Apprenez que tout flatteur


Vit aux dépens de celui qui l'écoute :


Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute. »


Le corbeau honteux et confus

 
Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.

 

   

Professeur El Hadj Hamidou DIALLO     

Secrétaire Général du BRDS

pour www.guineeactu.com

 

Notes :

-         Iba, Tanor, Moustapha, Bathily et Dansokho sont des noms de sénégalais, pris au hasard. Donc, toute ressemblance… serait pure coïncidence.

-         Mody Niang est un analyste politique, que les Wade gagneraient à écouter.

 

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Vos commentaires
Abdoulaye Daka Diallo, dimanche 5 avril 2009
Mr. Diallo; C`est toujours un excellent plaisir pour moi de vous lire. Ne vous fatiguez surtout pas et aussi, si vous Guineen je vous prie de consacrer plus de temps et d`effort a publier regulierement sur des themes relatifs a "Notre Chere Guinee". Bien a vous. A. Daka Diallo (302 345 9911)
Moussa Konaté @ Toronto, Canada, mardi 31 mars 2009
Oui Doyen Hamidou, cette defaite du PDS est une victoire pour l’opposition. En Mars 2000, les senegalais avaient élu un democrate. Apres 9 ans d’alternoce, il retrouve un monarque qui veut imposer son fils. Krim comme le nomme Talla Sylla, à non seulement montré ses limites de leader mais il a aussi remis en cause les fondements du PDS qui veut maintenant fondre la G C dans ses instances. L’opposant historique s’est transformé en monarque absolu. Wade n’a pas fait que tué la democratie senegalaise, il a eu le merite de tromper les nombreuses et tres puissantes confreries religieuses du pays qui lui sont toujours venues à la rescousse. Mais cette fois aux locales, le “Ndiggeul” n’est pas passé et tant mieux. Cette defaite montre un nouveau visage du paysage politique du pays avec la percée de l’APR-Yakaar de Macky Sall et la perte de vitesse de Idrissa Seck. Sous l’alternoce, des coursiers de Madame Wade comme Farba Senghor se sont retrouvés ministres tandisque Karim Wade, Abdoulaye Baldé et leurs amis de la generation du concret se sont enrichis avec la machine à sous qu’est l’anoci. Laye Wade est un fin manipulateur politique et c’est pourquoi les opposants traditionnels que sont Bathily, Niasse, Dansokho doivent etre prudents, ne pas dormir sur leurs lauriers et surtout ne vouloir d’aucune alliance. Les communistes de Khar yalla n’ont pas grands moyens comme les autres opposants et c’est pourquoi leur chef Landing savané qui a toujours accepté la main tendue de Wade lorsque ce dernier est en mauvaise passe, doit etre intrangisant pour ne pas sacrifier cette victoire du peuple. L’enseignement que je tire de cette victoire du peuple senegalais, c’est sa maturité politique. Les senegalais ont compris que 1500 cfa et un sandwich c’est du bluff. Ils veulent des elus qui se pencheront sur leurs problemes, pas des acheteurs de consciences. Ils ne veulent pas de marchandisation du vote et c’est pourquoi, je l’ai dit plus haut que les consignes de reiligieux n’ont pas étés ecoutés et ce message fort des talibés sera entendu par les marabouts. Il faut separer le temporal du Spirituel

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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