mardi 20 janvier 2009
La jeunesse guinéenne face aux défis du changement
Mouctar Diaby

Lorsqu’un changement se produit, il s’accompagne, pour les personnes qui l’initient, d’un deuil des situations antérieures. C’est donc une rupture avec le passé, pour migrer d’un état à un autre. Le changement pour le progrès, est la chose du monde, la mieux partagée dans la Guinée d’aujourd’hui.

 

Après tant de souffrance de la population, le moment est venu qu’une réflexion se mène en profondeur pour voir quel trajectoire de progrès on veut donner à ce pays que nous aimons tant. Cette œuvre gigantesque, exigeante en rigueur et en organisation, ne peut se faire sans la jeunesse guinéenne, qui pendant longtemps, a été laissée à elle-même sans savoir quelle itinéraire prendre.

 

La jeunesse, pour tout État qui aspire au développement, devrait être ce vivier inépuisable d’énergie et de savoir que la nation utilise pour se construire et se développer. C’est à ce titre d’ailleurs qu’un illustre esprit affirmait : "Dis-moi quelle jeunesse tu as, je te dirais quel peuple tu seras".

 

Il vient alors que la grandeur de la nation guinéenne se mesurera à l’aune de sa capacité à donner à sa jeunesse les capacités nécessaires à son évolution. Ceci nous amène alors à voir de près cet univers des capacités nécessaires à l’éclosion d’une énergie constructive.

 

Dans un monde qui se singularise aujourd’hui par l’économie de l’intelligence, l’un des piliers importants de notre progrès social devrait être l’organisation et le renforcement de l’éducation. Selon l’UNICEF, le taux d’alphabétisation des adultes est de 30 % en Guinée, le taux de fréquentation de l’école primaire 51 % sur la période allant de 2000 à 2005. Ces chiffres, qui en disent long sur l’effort à fournir pour éduquer notre population, n’augurent pas encore le siècle des lumières.

 

C’est pourquoi, l’une des missions premières à prendre en compte par les nouvelles autorités, c’est la formation en capital humain. Ce pays regorge d’énormes potentialités en ressources naturelles dont une partie est exploitées de manière nébuleuse; ce qui amène certains à l’assimiler à un véritable "scandale géologique". La mise en valeur de l’ensemble de ces ressources requiert un investissement soutenu dans la formation des jeunes afin que le pays puisse posséder des experts avérés dans plusieurs domaines connexes.

 

Par ailleurs, depuis l’accession de la Guinée à la souveraineté, la jeunesse a été oubliée dans les plans de développement. L’absence de politiques d’intégration par le canal de l’emploi et la responsabilisation, fait que depuis longtemps, ils ont regardé la sphère des décisions comme un univers à la fois lointain et inaccessible.

 

Or, la jeunesse est nécessaire à toute entreprise de construction viable à long terme. C’est la raison pour laquelle le moment est venu de donner à cette jeunesse la foi en l’avenir par une politique d’intégration soutenue dans le tissu socioéconomique. De cette manière, une incitation à l’acquisition de la connaissance ("learn by doing") permettra l’émergence d’une nouvelle génération qui s’occupe des affaires. Il est temps de faire de cette masse inépuisable de main d’œuvre des entrepreneurs respectables, bien formés, et qui ont un sens élevé du "doing business".

 

Un autre tournant important de notre ère demeure les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTICS). Ne pas les posséder à notre époque c’est aller au contre courant de l’évolution de l’humanité. Ces nouvelles technologies ont cette capacité à rétrécir les écarts de connaissance entre le nord et le sud. L’information utile est désormais disponible à moindre coût, ce qui contribue à créer des externalités positives dans toute la société.

 

C’est la raison pour laquelle ce grand boulevard du savoir devrait être développé en Guinée par une politique volontariste. Dans le monde d’aujourd’hui le savoir se dirige vers les nations qui se donnent les possibilités et les moyens de les acquérir. Ceci explique d’ailleurs la raison pour laquelle la Chine et l’Inde sont devenus les vitrines des nouvelles technologies à l’échelle mondiale.

 

Tout cela passe d’abord par une éducation civique de notre jeunesse et de notre peuple à comprendre le sens du devoir.

 

A ce titre, le président J.F.Kennedy, dans son discours d’installation à la maison blanche le 20 janvier 1961 disait aux américains : "Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays".

 

La responsabilité apparaît alors comme une superposition de nos droits et de nos obligations. De la même manière que la jeunesse a droit à l’éducation et à l’emploi, il leur incombe aussi d’assumer leur devoir d’accomplir des tâches ponctuelles de nature civiques telles que contribuer à l’assainissement de leur cadre de vie, le respect des institutions du pays, la défense de la patrie, etc.

 

Lorsque nous aurions réussi à créer au sein de notre population cette dynamique bienveillante, notre chère Guinée nous apparaîtra alors plus grande, plus équitable et plus humaine.

 

Mouctar Diaby, Montréal
Administrateur économique et social
pour www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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