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La situation politique en Guinée inquiète aujourd’hui plus d’un observateur. La population qui vient, une nouvelle fois, de subir une répression aveugle et brutale, de la part de l’armée dont elle a pourtant accueillie l’avènement le 23 décembre 2008, dans l’euphorie ne sait plus où donner de la tête. L’ultimatum de l’Union africaine (UA), lancé au capitaine Moussa Dadis Camara et au CNDD, pour qu’il ne présente aucune candidature à la prochaine présidentielle a expiré. Et on attend de voir ce que l’institution réserve à la junte. Quant à la CEDEAO, son embargo sur les armes, est perçu comme une indulgence à l’égard de Conakry.
Après 51 ans d’indépendance, la Guinée se cherche encore et les guinéens n’arrivent toujours pas à apercevoir le bout du tunnel. De l’espoir au rêve, le peuple vit désormais dans le désenchantement et le désespoir total. L’accession à l’indépendance a suscité beaucoup d’engouement et d’espoir au peuple révolutionnaire de Guinée. Mais la suite vous la connaissez. Mieux vaut donc laisser le pan de cette histoire aux gardiens du passé. C’est-à-dire les historiens qui sont mieux placés pour la décrypter.
Le 3 avril 84, le peuple de Guinée sorti, par la volonté divine, des affres d’une dictature Sékoutourénne a applaudi le nouvel homme fort du pays. Le colonel Lansana Conté, choisi par la troupe et porté à la tête de l’Etat. C’est le nouveau ‘’messie» qui s’inscrit comme principale mission de sauver son peuple. Après plus de 24 ans de règne sans partage, on s’est rendu compte que seule la face de l’empire a changé. D’une dictature civile, on est passé à une dictature militaire. La ‘’révolution» a cédé la place au ‘’libertinage». De la ‘’rigueur» on vire vers le ‘’laisser aller et le laisser faire». Le couteau à la gorge, le peuple se débat pour débusquer le mal. Les événements de juin 2006, et janvier et février 2007 font trinquer le pouvoir mais ne l’assomme pas.
Le 22 décembre 2008, avec la disparition de Conté, on s’attend à l’avènement du changement. Le ‘’koudeïsme» venait de sombrer, a-t-on pensé.
Le lendemain 23 décembre, un groupe de jeunes officiers s’empressent de prendre le pouvoir, sans aucune résistance. Sans tirer les leçons du passé, le même peuple qui a applaudi Conté avant de le décrier, réserve la même chaleur à ces putschistes.
Avec à leur tête un jeune capitaine au beau sourire. C’est le nouveau ‘’messie» ou encore le ‘’Moïse» que le ciel a envoyé pour sauver son peuple. Voilà ce que de nombreux observateurs ont dit dans la cité.
L’espoir est donc permis avec cet homme perçu comme celui qui allait rompre avec le passé, marqué par la malgouvernance.
Mais neuf (9) mois après, entre le ‘’sauveur» et son peuple, on sent plutôt une sorte de divorce, provoqué par la répression sanglante qui a eu pour cible des civils aux mains nues le 28 septembre dernier.
L’espoir s’est vite transformé en désespoir. Venu au pouvoir sans effusion de sang, comme le rappelle-t-il souvent dans ses discours, le capitaine Moussa Dadis Camara a-t-il toujours les mains propres ? Voilà une question que tentera de répondre l’enquête qui fera la lumière sur les tueries. La répression a fait en tout cas 157 morts et plus 1200 blessés, selon les ONG de défense des droits humains.
L’opinion nationale et internationale ne pouvait qu’être dépassée par l’ampleur des dégâts. Les forces vives, composées de leaders politiques, syndicats, d’organisations de la société civile, et le peuple réprimé réclament des sanctions contre les auteurs, le départ du chef de la junte et la dissolution du CNDD.
Faut-il compter sur la communauté internationale ?
Comme pour sécher les larmes chaudes du peuple, la communauté internationale parle d’une même voix, condamne la répression sanglante à Conakry. Elle demande au chef de la junte, capitaine Moussa Dadis Camara de s’en aller et indique qu’aucun membre du CNDD ni du gouvernement ne doit prendre part aux futures échéances électorales. En d’autres termes, le CNDD doit respecter les engagements pris à son avènement au pouvoir. L’UA avait d’ores et déjà donné un mois au capitane Dadis de réitérer son engagement, cette fois ci par écrit, qu’il ne se présentera pas aux élections. Et comme réponse, le capitane président exige que sa candidature ne soit pas séparée des points à discuter entre les forces vives et le CNDD, sous les auspices du médiateur de la crise guinéenne, Blaise Compaoré. La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), elle, pour sanctionner la junte, impose un embargo sur les armes contre la Guinée. Ce qui est perçu par bon nombre d’observateurs comme une faiblesse de la communauté internationale. Et comme le présagent déjà certains, la situation guinéenne promet des perspectives difficiles. Ce qui sous entend que les guinéens se trouvent sur une pente glissante. Seul Dieu pourra nous éviter le pire.
Samory Keita L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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