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Depuis le 23 décembre 2009, Nous assistons en Guinée au spectacle d’un groupe de militaires conduit par un jeune homme qui, à l’écouter, lui et ses thuriféraires, veut nous faire croire qu’il est le messie que nous attendions pour définitivement régler les problèmes de notre malheureux pays. Il s’agit bien sûr du Capitaine Moussa D. Camara, le président autoproclamé de notre chère République bananière.
Les Guinéens sont un peuple bizarre en ce sens que nous n’apprenons jamais rien du passé pour en tirer les leçons qui s’imposent au présent. Depuis 58 nous continuons à écouter et suivre des « dirigeants » qui nous promettent le paradis dès leur arrivée au pouvoir et qui, invariablement, finissent par nous mener en enfer ici-bas. L’adage dit qu’il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre. Nous aurions dû nous poser des questions dès la première interview donnée par notre Dadis national.
Revenons un peu aux premières déclarations de Dadis, d’abord il affirme haut et fort son allégeance à Lansana Conté, ensuite il dit qu'il a pris le pouvoir parce que les Généraux voulaient le tuer et, seulement après, il dit qu'il a voulu éviter l'effusion de sang au pays. Nous n’avons pas demandé de quel sang il s’agit, car le sang des jeunes avait déjà été versé à flots par ses amis et compagnons d’armes.
Quel patriote (du Latin "patriôta", et du Grec “patriôtçs” - Celui qui aime et qui défend son pays) attend la mort du despote qui a présidé à la destruction du pays avant d'accomplir son devoir ? En vérité, nos vaillants soldats n’ont du courage que contre le cadavre du chef ou des civils sans armes.
La souffrance du peuple ne méritait-elle pas plus de considération ? Un scenario à la tunisienne n'aurait-il pas été approprié si Dadis tenait à sauver l’honneur de son mentor ? Il déclare qu’il aurait pu prendre le pouvoir depuis 2003, c'est-à-dire 5 ans avant que le pays n’atteigne le fond de l’abysse où il se trouve. Quel genre de patriote laisse son pays pourrir avant de le sauver ?
Ha ha ! « Pour ne pas humilier le vieux ? » Notre grand problème est notre extrême tolérance. C‘est vrai peut-être que le Capitaine DADIS est venu avec les meilleures intentions au monde mais… Le chemin de l’enfer est pavé de bonnes intentions.
Après 7 mois d’observation de la manière de gouverner du CNDD et de son chef, les Guinéens se trouvent devant un réel dilemme. Le choix entre une classe politique pour la plupart compromise, lâche, égoïste et désespérante et un jeune militaire inexpérimenté, dans la quarantaine dont le maintien au pouvoir aura pour conséquence au moins 30 années d’une nouvelle dictature Kaki qui ne brille déjà pas par sa compétence. IL FAUT EMPÊCHER CELA A TOUT PRIX !
Certains de nos « leaders d’opinion », des pseudo-intellectuels, nous chantent à longueur de journée qu’il faut laisser le temps aux "jeunes militaires patriotes qui ont pris le pouvoir", qu’il faut les soutenir pour qu’ils puissent finir leur travail de remise en état du pays parce qu’ils sont préférables aux « prédateurs » reconvertis en politiciens. Franchement, à part des déclarations et aussi (il faut l'admettre) quelque actes posés le plus souvent dans le désordre, il n'y a rien dans les actions du CNDD qui mérite un soutien aveugle. Qui peut nous garantir que ces jeunes militaires ne vont pas faire comme leurs aînés qui nous avaient fait les mêmes promesses ? Jusqu'à preuve du contraire, les déclarations et les actes posés par le chef de la junte ne valent pas un chèque en blanc ou même un chèque tout court.
L’homme, au contraire me semble être un roublard (je souhaite me tromper). D’un côté, il déclare urbi e orbi qu’il ne se présentera pas aux élections en 2009, de l’autre, il ne fait et ne dit absolument rien pour nous rassurer que les élections auront lieu cette année et qu’il ne sera pas candidat l’année prochaine. Sur un autre registre, son homme de main, le Commandant Moussa Keita déclare exactement le contraire de ce que dit son patron (qui se garde bien de le contredire). Ces derniers temps celui-ci va même jusqu’à s’essayer au chantage, « il ne sert à rien d’organiser des élections Lundi pour avoir un coup d’état Mardi » ou « Les élections n’ont jamais rien résolu en Afrique ». Peut-être mon Commandant, mais les régimes militaires non plus. En outre, lorsque vous déclarez que c’est vous qui avez pris des risques, puis-je vous demander quels risques ? N’êtes-vous pas des soldats ? Permettez-moi de vous rappeler que nous vous nourrissons, vous habillons et vous armons pour que vous preniez des risques pour nous défendre. Pas pour prendre les armes achetées avec notre sueur pour les retourner contre nous.
Si le Capitaine Dadis est le patriote qu’on dit, hé bien il organisera des élections propres en arbitre impartial et se retirera dans l’honneur et le respect dû à l’officier qui aura respecté sa parole d’honneur contrairement à son prédécesseur. Le dicton latin ne dit-il pas à juste titre : « Cedant arma togae, concedat laurea laudi. » -- « Que les armes cèdent à la toge (le pouvoir civil) et qu'on concède les honneurs à la gloire civique ».
Il faut pour une fois qu’on fasse confiance au peuple, qu’on lui donne l’occasion de séparer le bon grain de l'ivraie. Il est vrai que nos leaders politiques sont ce qu’ils sont mais, eux au moins doivent nous convaincre de choisir l’un d’entre eux pour nous diriger. Eux n’ont pas de kalachnikovs pointés sur nos têtes. LES CITOYENS NE SONT PAS AUSSI BÊTES QUE CERTAINS NOUS FONT CROIRE. Chacun sait où se trouve son intérêt.
Le pouvoir Kaki ne produit que très rarement la démocratie et seulement quand il succombe à la pression. La vigilance est donc nécessaire si nous voulons sortir de la situation qui fait qu’aucun de nous n’est fier de ce qui se passe dans notre Pays.
Bocar Madani Thiam
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