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L’Ouzbékistan, c’est le pays habité par les Ouzbèkes. L’Afghanistan, c’est le pays habité par les Afghans. Le Turkménistan, c’est le pays peuplé par les Turkmènes et le Pakistan, c’est le territoire peuplé par les Pakistanais, Kurdistan, c’est le territoire peuplé par les Kurdes, Tadjikistan, peuplé par les Tadjikes et la Guinée serait le pays habité par les absurdes, d’où « la Guinée = Absurdistan ». En « Absurdistan », la République de l’absurdité où le ridicule ne tue guère, c’est cela la Guinée où le soleil se lève au Sud. Quant à savoir où il se couchera, c'est une autre question. Il n’y a pas de pires maux que ceux de l’esprit, nous dit-on. Un esprit sain dans un corps sain est une fontaine de vigueur, d’action et de productivité. Par contre un esprit malade même dans un corps sain, constitue une source de tragédie, de rétrogression et de « si, je savais ». La Guinée est dirigée par des hommes aux esprits malades, au point de transformer le pays en une peuplade d’absurdes. Car ce qui se passe en Guinée est au delà de toute imagination, au delà de toute compréhension par un esprit humain normal. De nos jours, l’argent est considéré comme l’essence même de la richesse et le centre de toute convoitise, et cela, quelque soit le moyen employé. La Guinée depuis son accession à l’indépendance, ne cesse de subir et de flirter avec l'impunité exacerbée par un tribalisme criant. Ce qui conduit de facto à la médiocrité, dont bon nombre d’acteurs politiques (si non la totalité) et ceux de l’administration à s’y illustrer et à y exceller. Les nombreux détournements de deniers publics, les assassinats gratuits ou politiques, en passant par des folies de grandeurs diverses, sont souvent restés impunis. En prenant des exemples de modèle de réconciliation, comme en Afrique du Sud, le peuple de Guinée aurait eu l’ultime l'opportunité de revisiter les ténèbres de son histoire, avec courage et lucidité, pour faire la lumière sur les atrocités commises depuis l’indépendance jusqu'à nos jours, identifier tous les fossoyeurs économiques du pays (anciens et nouveaux), ceux qui ont pillé et continuent de piller impunément les ressources du pays, ceux qui détournent les nombreuses aides financières dont le pays a bénéficié et qui continuent de rôder autour des différents régimes qui se sont succédés en Guinée. Mais, il n’en a rien été. Les guinéens continuent la fuite en avant. Alors qu’il faut tout disséquer avant de parler d'un pardon, même si ce pardon doit arranger pratiquement et politiquement Lansana Conté et son sérail. Il faut répondre aux questions suivantes : Qui a fait quoi ? Qui a demandé pardon à qui ? Le pardon, même symbolique, n'a pas de valeur sur la destinée du pays et sur la vraie réconciliation, si les Guinéens ignorent complètement l'objet de leur discorde et les implications sur le cours de l'histoire de leur pays. Au delà des discours hypocrites et des « minutes de silence », qu'est-ce que le gouvernement a fait pour rendre justice à ces morts qui regardent tout un peuple s’enfoncer dans la menterie ? Le point cardinal de toute vraie réconciliation ou de dialogue national est : chaque Guinéen a droit de se demander et de savoir qui est le fautif et qui est la victime. Avant de parler de pardon, il faut qu'il ait une reconnaissance, un mea culpa de la part des auteurs des détournements, des assassinats et autres crimes. Les victimes sont connues et cela n’épargne presqu’aucune famille, aucune région et aucune ethnie. La première victime toute désignée, c'est le peuple de Guinée. Les autres victimes sont : - Ces nombreuses mères de famille respectables qui ont été bafouées dans leur honneur, dans leur dignité de femme devant leurs enfants ; - Ces nombreux enfants orphelins et veuves, mères de familles qui, en plus d’être privés de la tendresse paternelle, maternelle et matrimoniale, ne savent pas ou sont enterrés leurs pères, leurs maris, leurs épouses. - Ces différents parents qui ont perdu des membres de leur famille dans des atrocités sans précédent en Guinée depuis l’indépendance jusqu’aujourd’hui, lors des campagnes de tueries presque avoisinant un génocide. - Ces nombreuses personnes (fils et filles) brutalisées, blessées, violées dans leurs corps, leurs âmes, par les « Tontons Macoutes » de Sékou Touré et Lansana Conté. - Et la liste des choses endurées par le peuple de Guinée, qui continue et s'allonge interminablement. Les différentes atrocités des deux régimes sont connues, délaissées, mais traînant les unes et les autres dans leur sillage, la désolation, la misère, voire la haine. En refusant de demander des comptes à toutes ces personnes ayant directement ou indirectement commandité ces atrocités, la Guinée a légitimé, voir institutionnalisé, l’impunité. Or, pour qu'une personne se rende compte de son erreur, de sa faute ou de son crime, rien ne vaut que de lui demander des comptes. Pour la simple raison que ceux qui ont commis des actes criminels n'ont jamais été inquiétés en Guinée, ni hier, ni aujourd'hui, il est logique de savoir que l'avenir ne sera que la continuité du passé, continuité renforcée par le présent. Ces mêmes criminels ou potentiels criminels n'hésiteront pas de refaire les mêmes choses et voire pire. S’il faut définir, de façon brève, la situation actuelle de la Guinée, elle se résume en cette courte phrase : le trouble est grand, la nuit est profonde, l’avenir est, non pas incertain, mais totalement perdue, si les Guinéens ne se réveillent pas de leur torpeur et de leur amnésie. La Guinée est un pays unique, tant il est incompréhensible de comprendre et de justifier le paradoxe guinéen. Il est important de savoir que le plus grand péril du pays, est la lenteur, l’aveuglement, l’obstination même des dirigeants politiques et administratifs qui ont brillé par leur refus catégorique de comprendre que la Guinée a besoin d’une nouvelle donne, d’une nouvelle orientation de la société, d’une autre façon de penser et de diriger. Il faut que les Guinéens laissent de côté leurs égos personnels et pensent à leurs enfants et aux enfants de leurs enfants, aux petits-fils. Il faut que les Guinéens imaginent et projettent un peu, quel pays voudraient-ils laisser à leurs enfants et petit enfants. Le Général Lansana Conté n’a jamais eu et n’a plus vraiment les aptitudes, l’intelligence, la conscience et les qualités physiques, intellectuelles et morales pour diriger ce beau pays, la Guinée. Les Guinéens doivent vite fermer cette parenthèse plus que scandaleuse, honteuse et tragique de leur histoire. Il y va de la survie du pays en tant que Nation. Le peuple parle, Lansana Conté et sa cour royale devraient l’écouter ! Le singe qui tombe de la branche d’arbre où il est accroché, ne voit pas son ombre ! Je serais heureux si les quelques lignes ci-dessus, ont contribué à jeter dans les ténèbres actuelles, une petite lueur sur la marche des Guinéens vers cet avenir rudimentaire et incertain. Mamadou Diallo, MD Membre Fondateur de l’ANDD et Administrateur de Guinea-Forum. pour www.guineeactu.com
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