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Le 22 décembre 2008, le Lion noir que Camara Laye a décrit dans son roman Dramous, nous a précédés sur le chemin de Dieu, chemin plus difficile que celui que nous empruntons à la naissance. Le Lion a voulu ce départ dans son lit, où il s’était levé vingt-quatre ans plus tôt, la nuit du 3 avril 1984, pour présider le destin de notre chère patrie la Guinée.
Nous ne devons pas oublier qu’avant lui, tant d’autres personnes connues ou ordinaires, ont subi cette loi naturelle qui n’est autre que la mort. Contrairement à son illustre prédécesseur, ce n’est pas Conakry, sa dernière demeure. Une ville qu’il trouvait, dans ses dernières années, pleine d’adversité, de haine et des ressentiments.
Ainsi, il choisit le village qui l’a vu naître, il y a soixante quatorze ans, loin des regards hostiles ou amicaux des hommes. Ces mêmes hommes qu’il a tenté de servir avec abnégation et loyauté, sans y parvenir, comme eux auraient souhaité.
C’est là, la principale difficulté lorsqu’on est désigné premier des hommes, pour conduire la conduite des autres. Une tâche sans aucun doute noble, laborieuse, cependant peu gratifiante.
Désormais, à Loumbaya, ce n’est pas seulement l’homme du 3 avril 1984 qui s’y repose pour l’éternité, mais aussi son combat, ses échecs, ses regrets, ses humeurs et son humour. Une simple tombe pour matérialiser la présence d’un homme de secrets et de terre, qui a enfin rejoint ses premiers amours. « Que la paix soit avec lui ! »
Quant à moi, un anonyme parmi les anonymes, je dirais que le feu-Président Lansana Conté manquera à la presse guinéenne. Cette presse qui est née sous son règne, qui s’est exercée sur l’homme et son régime, avec un progrès considérable. Fory Coco manquera aussi à la rédaction du célèbre journal satirique « le Lynx », comme il manquera à l’humoriste SOW Baïlo qui lui, le désignait en montrant ses quatre doigts.
Je vous dirais sincèrement, qu’en dépit de son impopularité compréhensible dans ces dernières années, l’histoire retiendra que le Général Conté a été l’homme qui nous a restitué « notre petite liberté ». Si de nos jours, cela paraît peu pour un individu, elle est et restera essentielle pour la nation guinéenne.
Hier, soi-disant amis du feu-Président Conté, ils sont aujourd’hui à la recherche d’une nouvelle paternité au Camp Alpha Yaya Diallo, nouveau lieu de pèlerinage des prédateurs, siège des nouveaux hommes forts du CNDD.
Objectif des prédateurs : obtenir l’amnistie générale, en échange de leurs ralliements et la reconnaissance du pouvoir des nouvelles autorités. Heureusement, le CNDD et son Président restent opposés à cette proposition indécente.
Monsieur le Président de la République, le Capitaine Moussa Dadis CAMARA, ses frères d’arme, le Général Mamadouba Toto Camara, le Colonel Konaté et l’armée guinéenne dans son ensemble, je vous conjure à l’unité et au patriotisme car, vous n’aurez pas droit à l’erreur face aux hommes qui sont prêts à tout, pour survivre et garder les privilèges de la corruption.
Le CNDD doit aussi faire attention aux marabout-conseillers, aux manipulateurs, aux femme-appâts, à la corruption de l’argent, à l’ethnocentrisme, qui rendent nos dirigeants inconscients et irresponsables.
LE CONSTAT
Comme nous le savons tous, ce sont les différents gouvernements de notre pays qui sont responsables de la situation actuelle. Le patriotisme et l’éthique morale ont été bannis dans la gestion de la chose publique, au profit de l’égoïsme destructeur.
Cela a commencé depuis les privatisations. Les intellectuels guinéens n’ont pas été patriotes. La friche industrielle la plus fournie de l’Afrique occidentale (un héritage laissé par le premier Président) a été bradée.
Nos ressources minières, le secteur tertiaire, la téléphonie (secteur très lucratif) ont subi le même sort. Il est aussi dramatique de constater sur le territoire de notre République, des entreprises et sociétés qui font abstraction aux lois guinéennes, y compris fiscales.
Certains observateurs soulignent que la reconversion de la majorité des hauts fonctionnaires aux affaires, en politique, dans la société civile, dans les syndicats, fait que notre pays est aujourd’hui pris en otage par une forme de confréries multidirectionnelles et transversales dont le seul but est le self service sur l’intérêt général.
Le CNDD aurait-il le soutien indéfectible du peuple pour mettre fin à cette réalité ?
N’est-il pas envisageable d’accorder l’amnistie générale aux prédateurs, contre la paix et la stabilité dans le pays ?
C’est la question et c’est aussi le défi que le peuple de Guinée doit relever, pour être maître de son destin.
Ensemble, deux étapes à franchir :
1 * Mettre en place une structure gouvernementale adéquate pour la transition
Les situations économique et politique exigent des nouvelles autorités, une gestion efficiente et responsable. Ce qui veut dire un gouvernement restreint de dix huit à vingt deux membres, y compris les secrétaires d’Etat.
Nous devons éviter la création de multiples organisations gestionnaires de la transition, comme nous l’avons connu lors des précédentes crises. Pour l’étendue et la complexité de la crise, un régime d’exception serait souhaitable pour assainir la situation.
Pour la formation du nouveau gouvernement de la transition, le Premier ministre aura la responsabilité de proposer des personnalités compétentes, avec un casier judiciaire vierge. Il peut proposer certains anciens ministres et hauts fonctionnaires, connus et reconnus pour leurs compétences et leurs intégrités morales.
Il faut aussi signaler l’existence de cadres guinéens compétents en France, en Suisse, en Allemagne, aux USA, etc. Ils peuvent être d’un apport considérable pour une mission si difficile et si compliquée. C’est la crédibilité du PM qui est en jeu dans cette affaire.
Dans la communication du PM, il nous a confirmé le chiffre de 80 millions de dollars de déficit du budget 2009. Il faut attirer l’attention des citoyens sur le fait que le budget 2009 a été conçu pour un gouvernement de 36 membres parmi lesquels, certains se demandaient sur les objets réels de leurs ministères.
J’espère que le futur gouvernement ne dépassera pas 22 membres, avec des cabinets restreints, cela générerait une économie budgétaire non négligeable.
Le PM devrait faire de l’année budgétaire 2009, une année zéro. Il devrait revoir tous les rattachements des dépenses de fonctionnement, chapitre par chapitre, article par article. Revoir tous les restes à réaliser. Les dépenses sans objet réel, à supprimer.
Après ce travail, mettre sous scellés les documents comptables des quatre directions de l’économie nationale, BCRG et les administrations publiques en général pour le besoin de l’audit.
2 * Audit des administrations
Le choix des hommes et l’intervalle de temps dans laquelle s’appliquera l’audit, seront déterminants pour sa pertinence.
En Guinée, nous avons l’habitude de commander les audits dont les résultats sont sans suite. Je peux vous en citer trois :
1. En 1998, l’audit confié au cabinet Price WaterHouseCoopers sur la gestion de l’usine de Friguia. Un constat accablant pour les gestionnaires de l’époque. Dossier vite enterré.
2. En Mai 2007, le premier Ministre de consensus, Lansana Kouyaté, lance son audit des administrations sur la période 2006-2007. Quelques milliards de francs guinéens pour financer l’opération, dont le seul mérite n’a été que de nous apporter les données chiffrées sur la mauvaise gestion des administrations. Ce qui n’était un tabou pour personne. Il nous annonça aussi l’existence de treize milles fonctionnaires fictifs.
3. Estimant que l’audit commandé par Kouyaté manquait d’impartialité, constatant aussi que ce dernier se permettait des pratiques qu’il condamnait par ailleurs, l’Assemblé Nationale lança aussitôt son enquête parlementaire sur la gestion Kouyaté. Le rapport est accablant contre l’homme. Il est débarqué et il quitte le pays, avec la rumeur qu’il possède des dossiers sur la gestion de notre pays, dont les révélations feraient tomber la République.
Comme vous le constatez, les audits n’ont jamais été suivis de sanctions, ni changer le mode de gestion dans notre pays. Ils font toujours l’objet de contresens et l’éternel long silence.
Mais aujourd’hui, dans notre pays, rien n’est plus bruyant et plus pesant que ce silence !
Après le 23 décembre 2008, peut-on espérer qu’il en soit autrement ? Je n’ai pas la réponse de la question !
Cependant, j’exhorte les autorités au respect de ces cinq critères pour le choix des auditeurs :
1. L’audit doit être externalisé, c’est-à-dire les auditeurs ne doivent pas être des gestionnaires et cela, pour le souci d’éviter d’être juge et partie.
2. Tout auditeur guinéen doit être en règle dans ses obligations fiscales conformément à la loi fiscale guinéenne, il doit faire la déclaration de ses biens et justifier les acquisitions.
3. Tout auditeur doit avoir un casier judiciaire vierge.
4. Tout auditeur ne doit pas avoir un lien de parenté ou d’affaires avec aucun des responsables de l’Administration auditée.
5. Tout auditeur doit prêter serment et exécuter sa mission en toute conscience. Toute tentative de dissimulation de la réalité sera pénalement sanctionnée.
Quoi qu’il arrive, j’ose espérer que notre pays est aujourd’hui une Nation qui a atteint une certaine maturité politique. Dans cette condition, l’unité, la paix et la prospérité sont des progrès humains qui ne peuvent résulter que de l’application du principe : « la justice pour tous ».
Cette justice, le peuple la réclame aux nouvelles autorités de notre pays. Ce sera çà ou le retour de la médiocratie.
Vive le peuple de Guinée !
Vive la République !
Lansana Bangoura pour www.guineeactu.com
Paris, le 12 janvier 2009
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