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Baba Ibrahima Kaké, William Sassine, Siradiou Diallo, Alpha Ibrahima Sow, Katoucha et maintenant Jean-Claude Diallo! La loi des séries, la terrible patte de la guigne continue de frapper notre malheureux pays. Comme si le sort faisait exprès de nous arracher tout ce que nous avons de bon pour ne nous laisser que la détresse et les ténèbres. Nous sommes un drôle de pays : aucune chance pour la beauté et l’intelligence, la concorde et le bien-être ! Les hommes de culture et de vertu meurent vite chez nous. Ce sont les salopards et les brutes, les brigands et les bourreaux qui y vivent longtemps, longtemps, longtemps, trop longtemps ! Hélas ! Il en va des sociétés comme des terres : les bonnes donnent les meilleurs récoltes ; les mauvaises, rien que des épines et du chiendent… Comme beaucoup de nos illustres compatriotes, c’est en exil que Jean-Claude Diallo est mort ; comme beaucoup d’entre eux, c’est à l’étranger qu’il a eu l’occasion d’exercer son humanisme et son talent, sa bonté et sa joie de vivre. Que voulez-vous ? Il est tellement plus facile de devenir maire-adjoint de Francfort que ministre de notre brillantissime Lansana Conté ! Et puis, le monde entier sait que l’Etat guinéen est trop intelligent pour utiliser ses cadres sauf pour les torturer ou les tuer, les humilier ou les désespérer. D’ailleurs à quoi peuvent bien servir la science et la technique, la morale et la raison du moment qu’au pays des deux Lansana, il suffit de voler pour manger, de mentir pour être béni, de tuer pour être aimé et respecté de tous ? Jean-Claude Diallo, à son tour, s’en est donc allé. Et notre cœur saigne de nouveau parce que nous avons perdu un ami, parce que nous avons perdu un frère. Plus grave encore : parce qu’un bon pan du pays s’en va avec lui. Oui, tous ces hommes de bien, tous ces valeureux compatriotes emportent avec eux en nous quittant, un morceau de cette Guinée clairvoyante, prospère et fraternelle à laquelle, petits, nous nous attendions et qui, crétinisme politique oblige, ne viendra décidément pas de notre vivant. Pour la patrie tout entière, chacune de ces disparitions est une perte de sens, chacun de ces deuils, une perte d’utopie ! La mort de Jean-Claude Diallo ajoute à l’effondrement de la Guinée. Tierno Monénembo
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