dimanche 23 mars 2008
La Guinée et la guigne par Tierno Monénembo
Jean-Claude Diallo

Baba Ibrahima Kaké, William Sassine, Siradiou Diallo, Alpha Ibrahima Sow, Katoucha et maintenant Jean-Claude Diallo! La loi des séries, la terrible patte de la guigne continue de frapper notre malheureux pays. Comme si le sort faisait exprès de nous arracher tout ce que nous avons de bon pour ne nous laisser que la détresse et les ténèbres. Nous sommes un drôle de pays : aucune chance pour la beauté et l’intelligence, la concorde et le bien-être !  Les hommes de culture et de vertu meurent vite chez nous. Ce sont les salopards et les brutes, les  brigands et les bourreaux qui y vivent longtemps, longtemps, longtemps, trop longtemps ! Hélas !

Il en va des sociétés comme des terres : les bonnes donnent les meilleurs récoltes ; les mauvaises, rien que des épines et du chiendent…

Comme beaucoup de nos illustres compatriotes, c’est en exil que Jean-Claude Diallo est mort ; comme beaucoup d’entre eux, c’est à l’étranger qu’il a eu l’occasion d’exercer son humanisme et son talent, sa bonté et sa joie de vivre.  Que voulez-vous ? Il est tellement plus facile de devenir maire-adjoint de Francfort que ministre de notre brillantissime Lansana Conté ! Et puis, le monde entier sait que l’Etat guinéen est trop intelligent pour utiliser ses cadres sauf pour les torturer ou les tuer, les humilier ou les désespérer. D’ailleurs à quoi peuvent bien servir la science et la technique, la morale et la raison du moment qu’au pays des deux Lansana, il suffit de voler pour manger, de mentir pour être  béni, de tuer pour être aimé et respecté de tous ?

Jean-Claude Diallo, à son tour, s’en est donc allé. Et notre cœur saigne de nouveau  parce que nous avons perdu un ami, parce que nous avons perdu un frère. Plus grave encore : parce qu’un bon pan du pays s’en va avec lui. Oui, tous ces hommes de bien, tous ces valeureux compatriotes emportent avec eux en nous quittant, un morceau de cette Guinée clairvoyante, prospère et fraternelle à laquelle, petits, nous nous attendions et qui, crétinisme politique oblige, ne viendra décidément pas de notre vivant. Pour la patrie tout entière, chacune de ces disparitions est une perte de sens, chacun de ces deuils, une perte d’utopie !

La mort de Jean-Claude Diallo ajoute à l’effondrement de la Guinée.

Tierno Monénembo

Retour     Imprimer cet article.    

Vos commentaires
Ansoumane Doré, dimanche 23 mars 2008
Je prie le lecteur de m`excuser d`avoir laissé passer enfin de la réaction ci-dessus et en deux fois de suite: "Ces vérités ne s`écrivent pas et ne se DISES pas...", puis " ces vérités ne se DISES pas". Que le lecteur me pardonne et il l`a déjà fait en lisant dans les deux cas "ne se DISENT pas". J`ai le défaut de rarement me relire. Merci!
Ansoumane Doré, dimanche 23 mars 2008
Je m`associe à l`hommage rendu à Jean-Claude Diallo par mon frère et ami Tierno Monénembo. J`adresse mes condoléances attristées à la famille du disparu. Je l`ai peu connu . Nous nous sommes trouvés côte à côte dans l`avion de la délégation du Rassemblement des Guinéens de l`Extérieur(RGE) conduite par le regretté Siradiou Diallo pour Conakry en avril 1984. De notre conversation au cours de ce voyage,j`ai retenu l`image d`un homme de qualités. Qualités qui l`ont conduit plus tard à renoncer à son poste de Ministre plutôt que de continer à participer à une équipe gouvernementale sans éthique politique. Après avoir cité la disparition de nos compatriotes: Baba Ibrahima Kaké, Willian Sassine,Siradiou Diallo, Ibrahima Alpha Sow, Katoucha dans son hommage, Tierno en humaniste et patriote, écrit que "Pour la patrie tout entière, chacune de ces disparitions est une perte de sens, chacun de ces deuils, une perte d`utopie!". Par delà, toute convenance en ce genre de circonstance, je vais me risquer à dire que ce n`est pas la patrie entière, mais la vraie qui a été touchée par la disparition des noms cités. Il y a en effet dans notre pays de solides " frères Caïn" qui ont toujours estimé dans leur for intérieur que certains guinéens de par leur niveau de formation, leurs activités, étaient une gêne pour eux,ils leur faisaient de l`ombre et par conséquent leurs disparitions étaient une aubaine d`épanouissement.Ces vérités ne s`écrivent pas et ne se dises pas mais c`est sur cet espoir que beaucoup au gouvernement et hors gouvernement ont fondé leur ascension sociale en Guinée notamment sous la Iere République et après.Ces vérités ne se dises pas,je le répète, mais pour l`observateur attentif, c`est la situation qu`on vit depuis 1958.Je n`ai donc aucune illusion de compassion là-dessus. Que Jean-Claude Diallo repose en paix; Amen!

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
© Tous droits réservés guineeActu.com 2011