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La Guinée est malade de son passé, ce n’est ni en l’occultant, ni en le refoulant qu’elle se réconciliera avec elle-même.
Pourtant, le préalable obligatoire [et imposé par notre passé douloureux] pour trouver la voie du développement passe nécessairement par la réconciliation de tous les Guinéens.
Depuis l’indépendance, les Guinéens sont réduits à la mendicité avec des pénuries en tout genre et vivent encore dans l’injustice et la décadence. Or, ne dit-on pas que les peuples qui n’ont pas compris leur vécu sont condamnés à le revivre ?
Effectivement, la stratégie politique des dirigeants successifs de Sékou Touré à Lansana Conté fut le « nettoyage par le vide » pour pérenniser leur pouvoir, par la clochardisation voire par l’extermination de l’élite.
Leur tactique a donc consisté à transformer la Guinée en un véritable « désert humain ». Ainsi, plus personne n’osait lever le petit doigt pour critiquer, à plus forte raison demander la fin du pouvoir tyrannique. Les règles objectives dans le choix des responsables ont été bafouées pour laisser la place à des pratiques malsaines telles que le népotisme, le favoritisme ou encore le clientélisme.
C’est cet exercice du pouvoir qui a compromis l’idée nationale. Car, l’intérêt général a finalement cédé la place aux considérations d’ordre tribal, clanique et même familial. C’est bien ce constat d’évidence, qui a amené SAKO KONDE dans son best seller « La Guinée le temps des fripouilles » à dire que : « La lutte contre le despotisme ne peut en aucun cas être gagnée dans les marécages du tribalisme, du contre-tribalisme ou du sectarisme ethnique ; elle ne peut en aucune manière être ni une occasion de conserver on ne sait quel monopole, ni la revanche de tel groupe ou de telle région sur les autres. Elle sera ou bien l’affaire des Guinéens qui croient en leur pays, ou bien un confuse mêlée fratricide.» On est malheureusement au regret de constater que le CNDD s’est engagé dans cette logique malsaine, qui ne peut que nous conduire au désastre.
Aujourd’hui, les Guinéens ont appris à leurs dépens qu’accepter l’installation durable de l’illégalité au pouvoir, c’est promouvoir les voyous et les escrocs. C’est bien dans cette voie que le pouvoir illégal, illégitime et immoral du CNDD s’est encore engagée. Nous devons enfin sortir de notre naïveté suicidaire et légendaire pour dénoncer toutes les dérives du CNDD, le faire ou le dire ne veut pas dire que l’on est contre le CNDD et son chef DADIS.
Alors je dirais que nous sommes loin de sortir de l’auberge si nous n’obligeons pas le CNDD maintenant à rectifier le tir avant qu’il ne soit trop tard.
Pour mémoire, rappelons un certain 03 avril 1984, lorsque les néophytes ont remplacé leurs maitres, avec l’ex CMRN [qui était composé d’anciens tortionnaires, tous déshumanisés et sortis des camps de la mort, où ils exercèrent leur « art » avec une bestialité sans commune mesure]. Mais, il convient de poser une question élémentaire, qu’aurait dû faire le CMRN et Conté en 1984 ? C’était simplement de faire un véritable « état des lieux » et promouvoir la Justice. Ce qui ne fut pas le cas. La conséquence fatale de ce mauvais choix, a donc été de voir les sbires sans aucune connaissance du mode de gestion d’un Etat, perpétuer les errements des dignitaires du PDG, pour aboutir à une gestion chaotique et mafieuse avec son cortège de souffrances, de destructions et de mal développement.
Autre temps, autre sigle, voici venu le temps du CNDD depuis le 23 décembre 2008, qui affiche sa prétendue volonté d’instaurer la Démocratie et d’assurer le Développement. Souvenons-nous, de la citation de feu Williams Sassine dans ses chroniques assassines : « Vous vous croyez libres, mais vos bourreaux se pavanent partout ». Il illustre à merveille la situation Guinéenne. En effet, c’est d’abord Sékou Touré [le Libérateur] qui s’était mué en castrateur du Peuple.
On se rappelle un de ses premiers crimes qui remonte en avril 1959, lorsqu’un jeune homme de 22 ans du nom de Chérif, accusé de vol, fut fusillé dans l’enceinte de l’école de Sandervalia, une après-midi. Dans l’euphorie de la liberté retrouvée personne n’avait protesté. On connait la suite, avec la manœuvre du « Complot permanent » et ses innombrables et scandaleuses exécutions sommaires qui atteignirent leur paroxysme lors des monstrueuses pendaisons publiques de Janvier 1971 que l’on baptisa alors « le carnaval » de Conakry. Drôle de carnaval !
Ensuite, c’est Lansana Conté [le Justicier] qui avait promis de « Réhabiliter les martyrs de la dictature sanglante de Sékou Touré. » et surtout que « Nul ne sera inquiété en Guinée pour ses idées. ». Il se révélera aux Guinéens pour ce qu’il a toujours été, à savoir un assassin de masse.
Enfin, c’est Moussa Dadis Camara [le Sauveur] qui promet maintenant la Démocratie et le Développement. Cependant, il oublie que la Démocratie est née du refus de l’arbitraire avant d’être un programme électoral.
Or c’est par l’arbitraire que le CNDD gère la Guinée depuis sa prise de pouvoir. Les exactions commises par les bandes armées du nouveau pouvoir ne se comptent plus. Sous le fallacieux prétexte de récupération des domaines de l’Etat on casse tout sans aucune forme de jugement. Cette stratégie du CNDD ressemble plus à des règlements de compte qu’à une quelconque mesure de salut public, en feignant d’ignorer les coupables, qui ne sont nullement inquiétés et qui roulent carrosse à Conakry en narguant les paisibles populations miséreuses.
Il ne faut pas se voiler la face. Le chef de la junte n’a ni la volonté, ni la vision nécessaire pour développer la Guinée. Dadis s’est inscrit dans les errements de ses prédécesseurs, se comportant en roitelet arrogant entouré de courtisans tous plus zélés les uns que les autres, très habiles dans l’art de lui lécher les bottes et, prompts à la génuflexion. Comme son Parrain Lansana Conté il croit dur comme fer que la Guinée est sa propriété privée qu’il peut gérer à sa guise. Il a fait main basse sur toutes les régies financières et distribue de l’argent comme son prédécesseur, dans un dessein inavoué que tous les Guinéens savent. Erreur qui peut lui être fatale car les temps ont changé et la Guinée aussi.
W.A.LEWIS ne disait-il pas à juste titre que : « L’histoire de la Démocratie est l’histoire des efforts faits par les hommes honnêtes pour tenir en échec les hommes malhonnêtes, et pour les hommes d’Afrique occidentale, comme pour ceux de toutes les parties du monde, l’apprentissage sera laborieux » La Guinée est retombée dans les abus et les scandales des régimes précédents, ce qui est socialement insupportable et humainement dégradant. Décidément la bêtise humaine est impénitente !
Il ne faut pas se bercer d’illusions. Lansana Conté et Dadis [avec sa bande armée] appartiennent naturellement à la même espèce assoiffée de pouvoir, corrompue et corruptrice, génératrice de haine et de misère que le satanique Sékou Touré a fait germer en Guinée. Tous nos trois Présidents sont des vindicatifs, qui n’ont malheureusement que la culture de la violence et du mensonge. Le dire n’est pas un mépris à leur endroit, c’est un constat d’évidence. C’est cette réalité qui doit nous conduire à plus de méfiance à l’égard de notre Sauveur qui s’est mué en Destructeur. Par conséquent, le CNDD qui est composé d’une horde d’incultes superficiels et creux, ne peut en aucun cas instaurer une quelconque Démocratie, ni assurer le Développement de la Guinée. Nous savons tous que le préalable à la Démocratie et au Développement en Guinée passe nécessairement par notre réconciliation.
Mais, actuellement, la stratégie politique du CNDD compromet dangereusement cette réconciliation en aggravant les maux dont souffre le pays depuis l’indépendance et surtout en instaurant un climat de trouble et de peur. Pourtant, le prix Nobel de la paix 1991, la Birmane AUNG SAN SUU KYI nous enseigne que : « La peur de perdre le pouvoir corrompt ceux qui l’exercent et la peur des matraques corrompt ceux qui y sont soumis ».
Toutes les mesures répressives du CNDD n’ont qu’un but : c’est de nous asservir davantage en nous réduisant à l’état de zombie, pour mieux piller le pays et se maintenir au pouvoir.
Hélas ! Présentement, le Président auto proclamé Moussa DADIS et le CNDD sont aux abois et ils ne reculeront plus dans leur stratégie de fuite en avant. Ils recourent massivement d’une part, à la violence pour s’arroger l’intégralité des ressources de l’Etat et d’autre part, à la corruption, pour absorber coûte que coûte à leur profit exclusif le champ politique. Mais, plus le temps passe plus les Guinéens s’impatientent pour plus de justice et pour l’amélioration de leurs conditions de vie et plus l’impéritie de la junte au pouvoir apparait au grand jour face à cette demande pressante des Guinéens. Ce qui explique, un climat de plus en plus délétère.
Aujourd’hui, il est incontestablement admis que la Guinée a besoin de changements profonds, mais surtout d’un changement radical de sa classe dirigeante. Car, ses dirigeants successifs depuis l’indépendance ont prouvé leur incapacité à faire le bonheur des Guinéens.
Le Guinéen peut changer dès aujourd’hui s’il se trouve des dirigeants dotés de la volonté, de la compétence et bien sûr de la vision nécessaire pour amorcer le Développement. Cela passe par l’organisation d’élections libres, équitables et transparentes.
C’est pour conquérir le droit de choisir leurs dirigeants et d’établir des institutions démocratiques à leur convenance en s’exprimant librement, que la jeunesse Guinéenne a payé le prix fort, avec les victimes des évènements de Janvier-Février 2007. Nous devons donc leur rendre JUSTICE.
Je le redis, la Guinée se trouve véritablement à la croisée des chemins, soit le pays rompt définitivement avec les pratiques avilissantes des systèmes antérieurs en entrant de pleins pieds dans le concert des nations démocratiques, soit elle sombre dans l’anarchie et le chaos.
Force est de constater que la Guinée est devenue un casse tête pour l’opinion internationale et cette déclaration du Commissaire Européen au Développement M. Louis MICHEL, le prouve s’il en était besoin : « Nul n’ignore que la Guinée, sur la carte de tous les partenaires au développement, se trouve dans la zone rouge, c’est-à-dire fait partie des rares pays où il est hautement déconseillé d’investir à cause de la poudrière sur laquelle le pays s’est confortablement installé et qui risque à tout moment d’exploser. »
Par exemple, une des priorités du moment, c’est l’accès à l’emploi, surtout pour la jeunesse, qui est la relève de demain. Or il ne peut y avoir d’emploi pour les jeunes sans l’incitation à l’Investissement productif, avec une amélioration de l’environnement juridique et administratif, qui inspire la CONFIANCE. Ce qui permettra à notre pays d’éviter des pseudos-investisseurs du type GUIDO SANTULLO [le pauvre cordonnier de GAETANO en Sicile qui s’est bâti une fortune colossale sur la misère du Guinéen]. C’est loin d’être un cas isolé.
D’ailleurs, on s’interroge aujourd’hui sur l’action menée par les pouvoirs publics Guinéens en matière d’infrastructures de base, de désenclavement des zones de production agricole, ou de promotion de zones franches en faveur des PME-PMI ? Parce qu’en réalité, c’est seulement le choix de la bonne gouvernance avec la mise en place d’un véritable Etat de droit, sans oublier la gestion vertueuse des finances, qui permettront d’asseoir une politique de Développement fondée sur des objectifs précis suivants :
- Mise en place d’une ambitieuse Politique Macroéconomique,
- Eclosion d’un Secteur Privé fort pour créer des emplois durables,
- Valorisation et dynamisation de l’Agriculture qui reste la grande richesse de tout pays,
- Restauration de l’Appareil Judiciaire, pour son indépendance et sa crédibilité,
- Eradication de la Corruption qui gangrène la société,
- Augmentation substantielle des revenus des Populations,
- Réorganisation de l’Enseignement pour un épanouissement de la jeunesse, mais surtout des femmes car il est démontré que plus les femmes sont alphabétisées moins les enfants sont en péril.
- Dynamisation du système de Santé Publique pour une meilleure efficacité etc.…
L’avenir du pays, passe incontestablement par l’amorce d’une politique de Développement, qui vise à atteindre ces objectifs en permettant aux Guinéens de partager le sentiment d’un destin commun. A défaut, c’est le perpétuel recommencement.
Or, nous sommes au regret de constater que cette immense tâche, ne peut pas être relevée par le CNDD et son Président, malgré leur proclamation d’intention, car ils n’ont malheureusement ni le statut, ni la compétence, pour relever ce défi du Développement, que les Guinéens attendent depuis des lustres. Sans aucun mépris force est de reconnaitre, que la junte au pouvoir n’en a ni la vision encore moins l’expérience et la probité.
Par conséquent, il reviendra à nos futurs dirigeants [nécessairement élus au suffrage universel] de comprendre que pour atteindre ces objectifs, ils doivent être de solides administrateurs, avec une réputation de gestionnaires avisés et bien sûr de probes et rigoureux gouvernants.
Mais, la Guinée d’aujourd’hui est un pays dont la gestion publique est désastreuse avec un Etat en cessation de paiement et une administration en déliquescence totale.
Aucun pays au monde ne s’est développé sans être adossé à un véritable Etat, avec un vrai leadership. C’est-à-dire, un pays dirigé par un Président visionnaire, capable de faire adhérer à son projet de société, une élite patriote, crédible et donc responsable.
C’est en pensant à nos ancêtres, aux générations sacrifiées, martyrisées, et en puisant au plus profond de nos racines que nous trouverons l’énergie pour mener notre combat contre la tyrannie. Lentement mais sûrement la « statue » du grand Sauveur s’effrite inexorablement. Il n’en restera bientôt qu’une vaine poussière et le souvenir d’une immense forfaiture ficelée dans une imposture.
Je ne peux boucler ce texte sans avoir une pensée émue pour celui que les Guinéens ont appelé affectueusement « le Doyen » ou encore « le Combattant ». Je veux nommer Bah Mamadou Banque Mondiale, qui n’est plus de ce monde. Le Doyen s’en est allé en laissant des milliers d’orphelins, dont je me réclame. Tout a été dit et écrit sur lui. Je dirai seulement, « Que la terre te soit légère » dans cette Guinée toujours meurtrie que tu as aimée et défendue jusqu'à ton dernier souffle.
Pour ce qui me concerne, j’essaierai d’être à la hauteur des espoirs que tu as toujours placés en chacun de nous, dans le combat contre l’injustice, la tyrannie et l’obscurantisme, pour l’édification d’une Guinée rassemblée et pacifiée.
Dr Abdoul Baldé (Rouen)
Pour www.guineeactu.com
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