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C’est très peu dire cela de cette Guinée actuelle, tant le pays est en lambeaux. « Le pays va mal » dirait Tiken Jah Fakoly. Le nier par des raccourcis trop irréalistes du genre «la Guinée est une famille » (peut-on tuer ou violer ses propres frères ou sœurs de même famille ?), ou « la Guinée est un véhicule à 4 roues indispensables les unes aux autres », etc., n’est pas rendre service du tout à la Guinée. Tout n’est pas toujours harmonieux en famille, un véhicule tombe en panne, les hommes naissent, vivent et meurent. Et alors ?
Depuis bien avant ce 07 Novembre qui a vu l’avènement d’Alpha Condé à la présidence de la république, je ne reconnais plus mon pays. A l’état catastrophique de la Guinée et son corollaire de misère absolue du fait de la gestion chaotique des 52 ans d’indépendance est venue se greffer une autre poisse - mère de tous les maux de la terre - : l’ethnocentrisme et ses ravages. À force de militantisme politique ethnique entretenu par l’ignorance des masses guinéennes, exacerbé par nos politiciens véreux, sans passé réel et avides de pouvoir et de richesses, nous y sommes parvenus.
Reclus dans nos méchancetés ethniques et politiques insensées, nous avons tout réduit à l’ethnie qu’on a utilisée comme une arme contre d’autres Guinéens. Peuhls et Malinkés, compatriotes vivant ensemble dans le même pays, ne s’adressent plus la parole aujourd’hui à cause du pouvoir. Les Forestiers et les Soussous sont divisés entre les deux (2) camps rivaux (triste rappel des alliances entre nations lors des deux guerres mondiales !). On parle de scission du pays. Les Guinéens divisés se livrent un dialogue de sourds qui a atteint son paroxysme et risque de laisser leur pays à feu et à sang. Que j’avance le moindre mot, on ne voit qu’un autre Peuhl militant déçu de l’UFDG. On mélange tout : ethnie et politique, pouvoir et ethnie, politique et ethnie, politique et religion, ethnie et démocratie. Grands et petits ne parlent plus le même langage. On a fait payer aux enfants le prix. Les sages, faute de sagesse, n’ont plus de crédibilité. La faute toujours à l’autre ethnie. Les Guinéens ont perdu la raison. Leur dernière invention : le cyber-ethnocentrisme. Quoi d’autre demain ? Où allons-nous ? Cet intégrisme politique et ethnique aveugle là nous pourrira d’abord la vie comme un sale virus incurable, avant de nous faire crever comme de pauvres cons, si l’on n’y prend garde.
Le pire c’est qu’Alpha Condé qui promettait le changement, foule le droit aux pieds (lui le soi-disant ex-professeur de droit à la Sorbonne), plébiscite la même clique militaro-civile qui a ruiné ce pays, et se livre à des règlements de comptes (Alsény Barry, Koureyssi Condé). L’ethnie peuhle est la cible du nouveau président guinéen qu’il faut abattre à tout prix.
On ne peut plus continuer à vivre dans ce climat malsain de défiance permanent, de « ni guerre ni paix », et feindre que rien ne s’est passé. Afin de pouvoir continuer à vivre harmonieusement ensemble, il nous faut dorénavant trouver dans toute équité un pacte social, un modus-vivendi entre les différentes composantes ethniques de la Guinée. Un consensus dans l’accession et la gestion du pouvoir, une armée neutre et dépolitisée, un organe électoral impartial et indépendant, une vraie constitution. Il n’y a guère d’autre issue.
Mais avant, il nous faut impérativement répondre à la seule question qui vaille : Qui et comment (en faisant quoi) a mis « le tissu social en lambeaux » ? Puis sanctionner les Guinéens connus de tous qui ont sciemment fait du mal à d’autres Guinéens.
Soyons la paix (par les actes), soyons la vérité (toute la vérité sans concession) soyons la justice (toute la justice sans partialité), soyons la réconciliation (entièrement), soyons la démocratie, soyons le progrès, soyons la Guinée, soyons le développement.
Oury Baldé, France Etudiant
www.guineeactu.com
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