samedi 9 août 2008
La Guinée est folle
Ibrahima Diallo

La Guinée est folle ; pas notre Général ! En effet, Lansana Conté est constant dans sa désinvolture et son mépris des Guinéens. Comme tout individu, les défauts empirent avec l’âge au point de friser la sénilité ; si ce n’est déjà le cas pour notre Président. En Guinée, en 1985 et 1996, une partie de l’Armée lui a repris le Pouvoir, une autre le lui a restitué – quoiqu’en ce qui concerne 1985 il y a de nombreuses questions. En 2003, toute l’opposition décide de jeter l’éponge sous prétexte que les élections seraient fixées (tricher) d’avance, au lieu d’utiliser cette campagne électorale pour dénoncer Conté ; et surtout tenter d’ouvrir les yeux aux populations sur sa gouvernance. Ils auraient pu alors jauger leur popularité et décider s’il faut contester les résultats et l’affronter comme l’a fait Raila Odinga au Kenya contre Kibaki. Nous savons que la réponse aisée à cela est l’éternel : « la Guinée n’est pas le Kenya ! » Tout comme il n’y a pas deux pays semblables ; chaque pays est spécifique mais de nombreuses oppositions ailleurs trouvent les voies et moyens de déstabiliser les régimes totalitaires. C’est vrai aussi que dans ces nations, les sentiments partisans ont su céder la place au patriotisme. En janvier 2007, le Pouvoir était dans la rue mais aucun "sauveur" n’a eu le courage de le "ramasser". La parenthèse des 15 mois de la feuille de route échappatoire a permis à notre Général de reprendre du poil de la bête par manque évident de contre pouvoir, les syndicalistes discrédités et l’opposition égale à ele-même. Nous avons eu plusieurs opportunités de changer notre destin mais nous avons décidé de laisser faire « Dieu ». Ceci dit, le dernier caprice du Général qui n’est pas une provocation - car cela suppose s’attendre à une réaction - mais plutôt une saute d’humeur comme il en a de plus en plus avec "la fatigue" de l’âge devrait interpeller les partis politiques de la "coalition ad hoc" pour le gouvernement "d’ouverture" (la réalité est plus du marketing politique). En effet, le Rubicon a encore, une fois de plus, été franchi par ces nominations fantaisistes à but familial tout en levant "le majeur" en direction des syndicalistes - qui lui ont offert sur un plateau la corde (Kouyaté) pour les pendre. De là, à nommer prochainement M. Mamadou Sylla "Futurelec" à la tête de la Cour Suprême ou du Trésor ou mieux à la BCRG (banque centrale) ne nous étonnera pas ! Par contre, même si les femmes ne sont pas bien représentées numériquement au Gouvernement, elles dirigent le Pays malgré tout par "proxy" (par les hommes interposés) depuis 1984, tout au moins. Et par conséquent, elles sont les seules à pouvoir nous sortir de ce tourbillon infernal vers le "après moi, le déluge" que semble envisager notre Général. Notre salut ne viendra que des femmes même si c’est un homme qui sert de figure de proue. C’est la destinée de la Guinée ! Si nous nous fions à certains témoignages lus à propos des prémices du coup d’Etat de 1984, ce serait les femmes des officiers qui les auraient incités (et même leur auraient ordonné) à prendre le Pouvoir : c’était apparemment des militaires hésitants et indécis (sic). Néanmoins, cela ne doit pas retenir nos leaders politiques pour dire au Président que le moment n’est plus à l’amusement et qu’ils sont venus pour faire sérieusement un travail bien précis pour le Pays. Et si Lansana Conté n’est pas de leur avis, ils feraient mieux de lui rendre le tablier et le laisser avec notre ami Coplan diriger et gérer la Guinée. Il n’y a pas de honte à échouer surtout lorsque son action était guidée par un souci d’apaisement : un compromis est toujours (pour plagier Machiavel) un choix entre le pire et le moindre mal. Comme l’aurait dit notre tantôt notre Tonton Ba Mamadou : « en politique, on ne regrette jamais ». Encore une fois, l’heure ne doit plus être à la peur ; il est impératif d’envoyer au Général et aux "Premières" Dames un signal fort : soit vous nous laissez travailler ou vous venez faire le travail tous seuls ! Le moment n’est plus à la tergiversation ou à la fatalité ! Notre Général doit comprendre qu’il ne peut continuer ainsi : notre destin ne doit plus être lié au sien.

Lorsqu’un pays est en banqueroute totale (politique, financière, sociale et morale) avec les notions de citoyenneté et de nation "galvaudées" au point d’être réduites à de simples moyens politiques au service de la démagogie et de l’ascension sociale, le plus sage serait de repartir sur des bases complètement nouvelles : nom du pays, drapeau, constitution et Armée à re-inventer.

C’est le seul électrochoc efficace pour rompre avec le passé en termes de mentalité et de politique de mal gouvernance institué de facto en système de gouvernement.   

Espérons seulement que pour l’attitude des hommes politiques suggérée plus haut, cela ne soit pas qu’un rêve ! Mais dans de telles situations d’impuissance et de désespoir, le rêve fait du bien car il ouvre la voie à l’espoir qui maintient en vie (pas "fait vivre" dans notre cas en Guinée).

Ibrahima Diallo - "Ollaid" , Londres UK pour www.guineeactu.com 

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Vos commentaires
Bouba, mardi 12 août 2008
Tres belle analyse de la situation du pays,en tout cas BRAVO Mr DIALLO.
Ismael Souare, mardi 12 août 2008
Ne vous méprenez pas M. Diallo!Non seulement ces nouveaux Ministres ne pourront rien faire dans une telle constellation, mais ils ne démissionneront pas non plus. Entre vos lignes, on peut y lire une grande frustration. C`est compréhensible, d`autant que vous continuez toujours à vous accrochez à l`espoir que ces partis qui ont accepté de participer au Gouvernement Souare, peuvent mouvoir quelque chose dans ce pays, tout en oubliant que ce Gouvernement n`est "d`union nationale,ni de consensus, encore moins de large ouverture que. Les conditions dans lesquelles il a été formé, ainsi que les pouvoirs d`un PM bis en la personne du Secrétaire général à la présidence ne permettront à un tel Gouvernement d`être viable et fonctionnel. Préparez vous plut^t à l`éventualité de voir sous peu, une bonne partie des membres de ce Gouvernement remercié. Cordialement et bon courage
BARRY AMADOU, lundi 11 août 2008
Bonjour Mr DIALLO, En bon patriote voilà ce qui est bien écrit;je vous reproche seulement d`une seule chose :vouloir changer : le nom du pays,le drapeau,..... Tout autre changement telles que les mentalités des guinéens de tout genre ( diaspora et guinées de l`intérieurs ) et l`élaboration de rigoureuses lois contre les responsables à double facette (adminitrateur-politique et commerçant )en même temps.C`est le grand mal de la guinée : tous nos responsables sont commerçants. Il faut que l`on accepte de tourner la page tout en la marquant dans notre histoire. Sinon nous ne bougerons jamais ,si nul n`est bon (garder le tribalisme,le racisme,le tribalisme.... dans nos têtes mais ne pas se manifester quand il s`agit d`une lutte commune.Accepter tous les hommes capables de nous sortir de cette lithargie. La guinée ne mérite pas ce handicap que nous vivons par la faute des guinéens eux même. Je te salue et espère qui tu me comprendras ,je suis pour cet écrit de même avis que toi. Fraternellement
Barry A., dimanche 10 août 2008
Mr Diallo I., je pense que votre article aurait du être titré : Lettre ouverte aux ministres des partis dits de l’opposition du gouvernement Conté-Souaré. Pour que le message puisse les parvenir plus facilement. « Néanmoins, cela ne doit pas retenir nos leaders politiques pour dire au Président que le moment n’est plus à l’amusement et qu’ils sont venus pour faire sérieusement un travail bien précis pour le Pays. Et si Lansana Conté n’est pas de leur avis, ils feraient mieux de lui rendre le tablier et le laisser avec notre ami Coplan diriger et gérer la Guinée. Il n’y a pas de honte à échouer surtout lorsque son action était guidée par un souci d’apaisement « Je pense que tous les patriotes sont unanimes pour dire que ces ministres n’ont plus leur place dans ce gouvernement de pagaille. Et que leur démission redonnerait de la crédibilité à leur partis respectifs et fragiliserait davantage le régime. Par contre, s’ils cautionnaient cette pagaille, ils perdraient toute crédibilité comme les syndicats. Il ya aussi un bon temps pour se faire entendre. Celui de ces ministres cités plus haut est maintenant ou jamais.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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