mercredi 11 février 2009
La Guinée est elle prête pour la démocratie ?
Ibrahima Diallo

Cette période de transition m'a encore permis d'observer la réaction et le comportement de mes compatriotes, et de me demander si nous sommes prêts à faire bon usage des avantages de la démocratie.  Ma préoccupation, aujourd'hui, est moins Dadis mais plutôt l'attitude des Guinéens envers lui.  De quoi s'agit-il en fait ?

 

Plusieurs signes révélateurs montrent que la Guinée reste encore, en 2009, un terreau très propice à la dictature, à cause des mentalités qui persistent et refusent de progresser, à l'inverse de pays comme le Mali, la Côte d'Ivoire, etc.  En effet, à chaque mention du nom de Dadis lors de  rencontres officielles, il y a une salve, plutôt des salves d'applaudissements sans que, j'en suis sûr, ce dernier en demande autant. Cela peut paraître anodin ou banal, mais montre à quel point les séquelles de 50 ans de  conditionnement mental de soumission à l'autorité persistent : les gens applaudissent machinalement.

 

Que ce comportement se limite au peuple Lambda, ce serait moins alarmant ; mais cela va bien plus loin : aucune personnalité administrative ou dans le privé, des intellectuels  avertis, ne commence son intervention, désormais, sans remercier le Président de la République, Chef des armées, président du CNDD (bientôt, "le Messie" ou le "Sauveur" et autres), et souvent, on se demande pourquoi : il n'est là que depuis le 23 décembre 2009 seulement. 

 

Le "pauvre" Dadis a fait ce qu'il pensait devoir faire, et son opération s'est déroulée certainement beaucoup mieux qu'il ne l'espérait. Avons-nous besoin d'en rajouter avec de l'hypocrisie démagogique, spontanément et individuellement ?

 

Le terme générique " démocratie" englobe à la fois, des notions de libertés individuelle, collective et d'expression, des concepts avec surtout, une culture de dignité humaine et estime de soi (self-esteem), par lesquelles le "Chef" n'est pas une idole mais un humain –mortel et faillible- auquel on confie une responsabilité limitée dans le temps (et dans l'espace, d'autres ajouteront aussi) ! 

 

Autrement dit, il ne peut y avoir "démocratie" sans une certaine défiance et désintéressement aux honneurs dévolus à celui/celle qui incarne le Pouvoir. C'est le verrou mental permettant d'accéder en acteur, dans la cour de la démocratie, qui doit sauter, sous peine de demeurer des gouvernés et "dictés".  Dans cas, il n'y a aucun espoir non plus de progrès par la bonne gouvernance : tout reposera sur la volonté unique du dictateur, "éclairé" (Houphouët-Boigny) ou égoïstement despotique (Sékou Touré). 

 

Pourquoi en Guinée, avec toute notre histoire tournant autour de la dignité de l'Homme -«Noupréférons la pauvreté dans (…) dans l'esclavage »-, continuons-nous à fabriquer de force nos bourreaux ?  Quelle différence pour le peuple que l'oppresseur soit Guinéen ou Occidental ?  Une oppression reste une injustice et un crime des droits de l'Homme, quelle que soit son origine raciale ! 50 ans de dictatures générées et entretenues par nous  ne nous ont donc rien enseigné encore ? 

 

Le plus grand danger politique de cette transition est, pour moi sans doute, le peuple idolâtre de Guinée et non Dadis Camara, qui semble jusqu'à présent (sincère ou non) vouloir être "fair-play" dans ce jeu démocratique. 

 

Je ne serai point surpris que certains opportunistes lancent sous peu, des marches et motions de soutien, demandant que notre Dadis se maintienne, en se présentant aux élections présidentielles en tant que civil.  Ce d'autant plus, fait très rare dans le Monde, il semble résister aux différentes tentatives de corruption, si nous nous fions à ses révélations sur celles d'Ashanti Gold (20 millions de Dollars). Néanmoins, l'expérience montre que rien n'est définitif dans la nature humaine, comme le General Conté à son début - si (…) avec des villas, c'est qu'on a volé »- ; et nous savons la suite. 

 

Donc aidons Dadis à rester serein, et qu'il soit respecté pour ses actes, mais pas adoré comme une idole.

 

Précisons encore une fois, que le problème est plus la tendance du peuple, du moins une grande partie de celui-ci, à se comporter en "batoulah" (lèche bottes), et non  vraiment Dadis.  Quoique  notre actuel Président de la République a lui aussi le défaut ou la qualité de vouloir faire plaisir, en tout cas verbalement, à tout le monde : ayez la chance de lui parler et demander la lune, il vous dira d'accord et s'engagera à vous l'offrir. 

 

L'expérience Kouyaté aurait dû lui servir de leçon : il ne faut pas promettre au-delà de ses possibilités, surtout lorsqu'on est censé n'assurer qu'une transition. Il rend hommage et fait des éloges à tout le monde, en allant jusqu'à mélanger les genres (bourreaux et victimes). C'est peut-être une stratégie de réconciliation, mais qui ne résout pas les frustrations et ne redresse pas les torts. Il simplifie l'histoire, la responsabilité des dictatures et la mal gouvernance en Guinée à quelques lampistes, criminels financiers. Or, la vérité remonte au cœur des Pouvoirs successifs.

 

Pour revenir sur notre sujet, la démocratie et la liberté ne se décrètent pas ni ne s'imposent à un peuple mais s'acquièrent par un acte volontaire, à travers la lutte (qui n'est pas forcément confrontation) ! 

 

En Guinée, les citoyens n'ont jamais fait la différence entre soutenir les actions du gouvernement et être soumis, points et pieds liés, au Chef de l'Etat. Aidons Dadis, en lui montrant du respect pour sa fonction et non de l'adoration.

 

Le Chef de l'Etat a besoin de garder la tête froide, surtout qu'il monopolise tous les secteurs névralgiques du Pays, en termes militaires et financiers. Si nous lui faisons perdre l'esprit, tant pis pour nous encore ! 

 

En plus, Dieu et nos parents nous donnent la vie avec leurs bénédictions, et nous en retour, nous blasphémons à longueur de journée, en remerciant de façon opportuniste, un autre humain, simple Chef, en espérant rétribution. Pourquoi pensez-vous que le Tout-Puissant  a-t-il  oublié les Guinéens pendant 50 ans ?  Notre destin est entre nos mains et non entre celles de Dadis !  A nous de savoir ce que nous voulons ! 

 

Pour finir avec une boutade, le CNDD devrait faire un communiqué interdisant les applaudissements intempestifs, et même, toute manifestation après la prononciation du nom du Président "Dadis Camara". Il aura rendu ainsi le plus grand service à la Guinée.

 

D'ailleurs, allons à l'extrême, en passant une loi dans ce sens pour les futurs chefs d'Etat. Bien sûr, c'est une blague pour ce dernier point, mais les acteurs politiques doivent éduquer à tout prix les Guinéens sur cet aspect, car les mauvaises habitudes ont la vie dure. Le complexe d'infériorité face au Landôh (chef, dans le sens du roi) hérité de notre passé féodal, cause beaucoup de préjudices à l'émancipation du peuple.

 

 

Ibrahima Diallo « Ollaid »

pour www.guineeactu.com

 

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Vos commentaires
Tabara, lundi 16 février 2009
Ollaïd, et si tu faisais circuler un pétition via le net pour que ta "boutade" soit effectivement un communiqué ou un décret( denrée usitée quotiennement au pays pour des causes bien moins salutaires)? PETITION: Interdiction des applaudissement servils en Guinée Je signe 1. Ollaïd 2. Tabara
tsdiallo, samedi 14 février 2009
Mon frere ALLAID il faut revenir en angleterre tu est entrain de maigrir a conakry faute de bonga.Cette photo montre combien de fois t`a perdu du poids. en ce qui conserne ton article, nous dirons que le pleuple guineen est tres en retard raison pour laquelle les gens continuent d`applaudir des leaders comme KADAFI
Fodé Tass Sylla, vendredi 13 février 2009
Alors, "... Aidons Dadis à rester serein... le Chef de l`Etat doit avoir la tête froide... Si nous lui faisons perdre l`esprit, tant pis pour nous encore!" Ouuuffff !!! Merci Ollaid. je souhaite que les conseillers du Président Dadis lui fassent lire les textes de ceux qui lui adressent de tels conseils désintéressés: ni contre lui ni pour l`encenser, mais pour la bonne marche de la Guinée. Voyez-vous, on peut ramener toute personne à la raison (chef ou pas chef). C`est la façon de s`adresser à lui qui fera l`effet. Or, beaucoup de nos compatriotes sur les sites internet pensent faire le héros en n`employant que des mots qui claquent et choquent, des phrases désobligeantes, des menaces et injures, des appels au chaos général pour leur pays, cette misérable langue des clans et des camps. Non seulement ils ne seront pas entendus, ils ne réussiront à mobiliser personne mais surtout, ils finiront par ébouriffer ceux-là qui ont la force publique en mains en cet instant précis. Où est-ce que ces retroussements de manches, ces biecps, ces vociférations vont-ils conduire le pays. Avec le changement, la sagesse voudrait que l`on change nos discours vers le positif, le constructif, le rassembleur, l`éclaireur, le conseiller, le bâtisseur d`unité et de paix. C`est dans le calme que l`on pourra juger les injustices passées, assainir la Constitution, organiser des élections crédibles etc... Ce ne sera certainement pas dans les cris d`oiseaux de malheur ni de menaces de vengence ou de revanche (contre qui et pourquoi, bon sang?!): il n`y a plus de partis d`opposition ni de mouvance présidentielle depuis la mort de Lansana Conté. Mais alors, que veut-on en appelant à la vendetta, aux sanctions internationales contre la Patrie de nos ancêtres, aux mouvements de foule dans nos rues? Contre qui, pour qui et pourquoi nos vieilles, tantes, soeurs et tous nos parents qui ne peuvent pas courir devant le feu, doivent-ils mourir? Quand on m`aura donné les motivations enfouies et les objectifs cachés, je choisirai avec raison. Encore merci, mon cher Ollaid !
A. T. Diallo, jeudi 12 février 2009
Mon cher Ollaid, encore une fois, tres bien dit; je suis sur que meme si on mettait Charlie Chaplin comme president en Guinee, en 10 ans il deviendra un dictateur sanguinaire. Je rappelle que les delires publics de Dadis sont alles croissants jusqu`a son "Dadis Show" a la Douane...apres cela je suis sur qu`il a du recevoir des coups de batons sur les doigts et il a diminue ses conneries en public immediatement...Il faut que tout le monde (en commencant par son PM et ses ministres) l`appellent tout juste President du CNDD; tout le reste n`est que vanites et illusions...
BALDE MS, jeudi 12 février 2009
Mon frere, vous allez vous fatiguez yo!. le PEULS DISENT "Mo mara ko nyama fenay, woudjai, mbatoto" litteralemnt traduit: celui qui n`a pas a manger, mentira, volera, et fera la courbette. Mr Diallo, tous ces gens la sont a la recherche de poste au mangeoir. ILs donnent a UN MORTEL PECHEUR GUINEEN TOUTE LES QLTIES: MOISE. MESSI, PROPHETE, bientot il vont lui denomeR ALLAH. Avec ce probleme avec SAG (2MILLIARDS) que Dadi fait allusion, c`est du bullsh@#*, sinon, ces corrupteurS devaient servir de l`example aux autres: Le president devait porter plainte contre ces company pour (briberie) ou tentative de corruption, qui est une violation des lois dont les sanctions varient en f(x) des pays. Apres jugement de ces derniers, le taux de corruption allais baisser

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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