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Ecrire aujourd’hui sur la Guinée, c’est comme photographier un enfant turbulent ; le temps du clic, il a bougé et la situation du pays s’est dégradée !
Je vous livre, en vrac, quelques réflexions sur ce qui se passe en Guinée, sujet inépuisable !
1) Des militaires seraient aux arrêts de rigueur
Depuis quelques jours, on parle d’arrestations au sein de la Grande Muette ! Certains militaires seraient logés contre leur gré à l’île de Kassa. Ne sachant pas nager, aucun risque qu’ils s’en échappent. C’est curieux de constater que c’est au moment de s’embarquer pour la Libye que Dadis découvre « le premier complot » contre son régime. Bravo pour la performance de ses services de sécurité ! J’espère que ce n’est pas une réédition du fameux complot permanent contre le peuple vaillant de Guinée….
Je crois que Dadis devrait, comme son « père » Conté, se méfier de Kadhafi et de Compaoré. Ce qui intéresse le premier, ce n’est pas celui qui dirige notre pays mais le territoire guinéen avec toutes ses potentialités naturelles et humaines. Il veut que le navire « Guinée » batte pavillon libyen, quelque soit le pilote à bord, un de nos compatriotes tenant déjà le mât ! Quant à Compaoré, spécialiste comme chacun le sait de la « rectification sanglante », il est devenu le « cube maggi » de toutes les tensions de l’Ouest africain. Finalement, Kadhafi et Compaoré, c’est la même sauce ! Le « messie » Dadis n’a rien à gagner avec le « mossi » Compaoré, bien au contraire! Je souhaite, non pas la rupture, mais la suspension des relations diplomatiques avec la Libye et le Burkina Faso ! En attendant de respirer mieux !
2) Des maisons seraient marquées
Plusieurs maisons auraient été condamnées sans jugement et marquées de croix en vue de leur destruction ! Où est l’Etat de droit ? Nos militaires sont-ils venus au pouvoir pour construire ou détruire sans discernement ? Je me suis longuement exprimé sur ce point. Il y a une continuité de l’Etat qui ne devrait spolier aucun de ses citoyens. Et puis, une simple question de bon sens : pourquoi ne pas attendre que les propriétaires des maisons à détruire s’en construisent d’autres, avant de tout raser ? La Guinée a suffisamment de place et de terrains constructibles, probablement plus que le Burkina Faso, pourtant plus vaste. On n’a pas à envier Monaco ou Singapour en matière foncière mais plutôt en moyens financiers.
Si nous détruisions toutes les maisons marquées d’une croix, même La Croix Rouge ne pourrait rien faire pour nous.
3) Des négociations avec les institutions financières
Le général Mamadouba Toto serait actuellement à Bruxelles, à la tête d’une forte et lourde délégation ! Je ne mets pas en doute la sincérité de cet officier, sans pour autant le caresser dans le sens des galons. Mais saura t-il répondre directement à ses interlocuteurs sur les indicateurs économiques de notre pays et les moyens de les améliorer ? N’est pas bon négociateur qui veut ! Pour chaque négociation particulière, des acquis sont requis.
Ainsi, quand on négocie avec des Etats, on a besoin de diplomate. Un bon diplomate ne dit jamais « non » lorsqu’il n’est pas d’accord ; il amène son interlocuteur à l’accord le mieux adapté aux intérêts de son Etat. Quand on négocie avec des multinationales (celles de la bauxite, par exemple), on a besoin d’économiste et tout tourne autour du mot « possible » car on arrive toujours à un accord plus ou moins favorable à l’une des parties. Mais dans le cadre multilatéral des bailleurs de fonds, on a davantage besoin de financier car c’est plus complexe. Leurs engagements sont fonction, non pas contrairement à ce qu’on croit aux possibilités de remboursement de l’Etat emprunteur, mais à la compétence et à la qualité du leadership dudit Etat. L’équipe de Sankara était plus crédible que celle, folklorique, de Bokassa ! L’idéal serait d’être polyvalent, c’est-à-dire diplomate, économiste et financier comme un Blaise Chérif ou un Issa Diallo, plus discrets mais aux carnets d’adresses bien fournis alors que d’autres, plus visibles et très nuisibles, n’ont, en guise d’adresses que par des cartons de « Guinness » !
Donc, à mon sens, le PM Kabinet Komara était le mieux à même de conduire la délégation guinéenne à Bruxelles, dans ce cas spécifique. Il l’aurait briefée mais ce n’était pas suffisant. Il faut quand même reconnaître à Komara une connaissance approfondie des procédures de négociations avec les institutions financières internationales.
Heureusement, dans la délégation, il y a un certain Dr Ousmane Kaba, ancien du FMI. Cet universitaire de haut niveau est l’auteur du document « Guinée Vision 2010 » qui constitue une référence de la Banque Mondiale pour les PVD. Un atout majeur pour le pays.
Oui, n’en déplaisent à certains, je récidive en citant d’autres : Blaise, Issa, Ousmane,….Cela relève de ma compétence que me « mandatent » mes droits de citoyen. Je n’ai pas de délégation de signature mais je persiste. Mon rôle n’est pas de désigner qui que ce soit, cette « science » revenant pour le moment à Dadis qui est, de facto, à la tête de l’Etat ! Ce qui m’intéresse, ce ne sont pas des « ascenseurs » mais de savoir si des citoyens seront délogés sans pouvoir faire valoir leurs droits. Je n’ai pas besoin d’ascenseurs au fonctionnement défectueux alors que des « monte-charges » fiables me sollicitent… !
Maintenant, que devrait faire Dadis ?
Il faut arrêter toute hypocrisie ! Dadis a osé et réussi en ce mois d’avril 2009, malgré ses apparences, à enlever sa tenue sans l’ôter ! Pour la clarté des débats, il faut impérativement un décret indiquant les dates précises des prochaines échéances électorales. On veut savoir, sans « mamaya » interposée qu’il confirme sa candidature à la présidence de la république. Une période de transition est, par essence, de courte durée en vue de mettre à plat tous les problèmes dont la résolution incombe à un gouvernement issu d’élections libres et transparentes. Les militaires doivent rentrer dans les casernes et non s’accrocher à des ministères qui leur ont servi de récompense pour leur fidélité active et non pour leurs compétences réelles. Un gouvernement civil est plus à même d’assurer une transition.
Comme l’épée de Damoclès, Pivi est l’exemple type de l’épais de Dadis qui est suspendu sur l’avenir du pays.Avec la meilleure volonté du monde, « son excellence Dadis » ne sera pas en mesure de redresser notre pays. Il a montré ses limites et ce n’est pas de sa faute. Sa faute serait de se cramponner au pouvoir en écoutant des compatriotes, soi-disant leaders d’opinion, alors qu’ils ne représentent qu’eux-mêmes ! Quel manque de modestie ! En ne filant que du mauvais coton à Paris, pourraient ils tresser de bonnes lianes en Guinée ? Pour ma part, je ne suis leader que de mon noyau familial et c’est déjà beaucoup ! Il m’arrive souvent de donner mon opinion, sans hargne, sur des sujets mais je ne prétends pas être toujours dans le vrai. En plus, une opinion n’aboutit pas forcément à une décision.
Je répète que nous perdons du temps, le CNDD ne pouvant apporter la démocratie, encore moins développement. Je persiste à croire que notre constitution n’étant pas sale, elle n’a pas besoin de grande toilette mais d’une retouche mineure, l’habit ne s’ajustant plus au corps !
Avec ou sans Dadis, que Dieu sauve la Guinée !
Je vous salue.
Ibrahima Kylé DIALLO Directeur de www.guineenet.org partenaire de www.guineeactu.com
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