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On sait que la maladie est un équilibre. Les psychanalystes en ont tiré une conséquence doublement efficace et pragmatique. La cure sur le divan, très longue, juteuse pour certains médecins, permet au patient de prendre son mal en patience, pas plus !
La plupart du temps, il s’agit d’une névrose. Un complexe de symptômes insupportables. A moins d’avoir les moyens de s’installer dans le velours moelleux et coûteux du divan d’un psychanalyste. D’après les « malades » américains qui « vont au psy comme au dentiste », pour parler comme M. Dupont, le jeu en vaut la chandelle, vu le rapport prix qualité.
Ainsi en est-il de cette longue transition où languit le peuple de Guinée. Qu’est-ce que 7 ans d’une cure analytique à côté de cinquante ans d’une transition dans les détritus de l’Histoire où moisit le peuple de Guinée, puni ainsi d’avoir choisi un NON de malédiction.
Après la dictature sanglante de Sékou Touré qui n’a pas seulement coûté 50.000 morts ou disparus, mais 26 ans d’immobilisme économique, donc de recul et enfin, logiquement, de pertes économiques qui se chiffrent en milliards de dollars de manque à gagner. Il suffirait de dire « qui n’avance pas recule », pour réfuter l’argument selon lequel « Sékou, au moins, n’a pas dilapidé les biens de tous ordres de la Guinée, dont le sous-sol est intact ».
On pourrait ajouter son sol aussi l’est. Hélas ! Même chose pour le cheptel. Encore hélas ! Ce n’est pas du temps de Lansana Conté qu’a commencé la chute libre de la production de la banane, la meilleure de la sous-région, le meilleur café de la sous-région, le meilleur cacao, etc. Je laisse le soin aux économistes de préciser l’argument précité qui ne tient pas la route.
La virginité du sol et du sous-sol laissée par Sékou Touré est loin d’être une vertu. C’est une calamité qui a fait le lit de la seconde république. Cela d’autant plus facilement que Sékou Touré avait également préparé « l’homme nouveau ». Un être sorti d’un terrifiant lavage de cerveau, mithridatisé et prêt à approfondir le trou abyssal dans lequel l’avaient jeté 26 ans de terreur et de pensée unique de « l’Homme peuple ».
Certes, il a fallu une solution de continuité pour poursuivre l’œuvre de destruction massive entamée par le P.D.G. La seconde république l’a trouvée et mise en œuvre en la formule : « le P.D.G. plus le libéralisme ». Cette « solution » a trouvé ses limites en juin 2006 et surtout en janvier 2007.
Une véritable insurrection populaire quand, même les mendiants ont crié leur ras-le-bol, en hurlant « trop c’est trop, nous voulons le changement ! ».
Après quoi, nous avons eu droit à un gouvernement dit de consensus qui, très vite, a montré ses limites. Il a été limogé. Le nouveau gouvernement dit de large ouverture est plutôt remarquable par sa béance où se sont engouffrés tous ceux qui ont fait la ruine de la République. Tous les prédateurs ou presque sont là. Sauf ceux qui sont morts, souvent de mort naturelle.
Beaucoup parmi les geôliers de la première et de la seconde républiques ont tiré leur révérence. Dans l’impunité.
Cela dit, la vengeance, même si elle doit poursuivre le crime, n’a rien bâti. Elle tue l’espoir.
Mais tous les acteurs criminels, ou présumés innocents ou coupables, victimes ou héritiers de victimes, s’ils ne sont pas tous vivants, auront pour leur défense, des Guinéens, juristes ou non, mais aussi de simples et honnêtes gens qui auront le souci du devoir de mémoire.
Cela ne sera possible que si nous organisons ce vrai débat, cette prise de parole collective, courageuse, afin que nous nous regardions en face, que nous nous disions les quatre vérités.
Il y a moins d’une semaine, lors d’un séjour privé à Conakry, je me suis fait littéralement lapider par des auditeurs, d’une station populaire très écoutée me dit-on, dont le panel relèverait (hasards du direct), de la sociométrie de « la vengeance poursuit le crime, il va voir ce qu’il va voir cet anti-guinéen ! ». Puisque probablement, l’invité est annoncé quelques heures auparavant. Et même serait-ce l’effet du hasard du direct, il est pour le moins surréaliste de baver tant de haine, alors que chaque famille guinéenne ou presque, compte un Guinéen de l’extérieur, qui envoie au moins 10 euros par an aux siens. Et si c’état 10 euros par mois ? Et pourquoi pas 100 ?
C’étaient des « qu’est-ce que vous foutez là-bas, qu’est-ce que vous apportez à la Guinée ?! Ce Prétendu Président de l’Assemblée nationale (sic), ce Kassory (encore sic) qui se vante d’être allé à Harvard… ».
Impossible d’arrêter la logomachie où voulait m’embarquer cet auditeur, pour lui dire qu’il mélangeait tout, depuis que Sékou Touré lui avait lavé le cerveau avec du fiel directement trait d’un foie (d’une foi ?) malade, en phase terminale.
Nous sommes 3 millions à l’Extérieur. Cette haine-là ne peut, en aucun cas, être représentative des 2/3 de Guinéens restants. Elle est tellement irrationnelle, absurde, qu’elle se retourne en une paradoxale rationalité de l’instrumentalisation par les quelque 200 tueurs d’espoirs, négateurs de la nation, qui sont bien connus. Les mêmes qui ne veulent pas entendre parler d’un Lansana Conté tranquillement mis au repos pour se soigner. Au contraire, après les inévitables et récurrentes rumeurs sur sa santé défaillante, on vient de le ré exposer sous son fromager, comme une étrange survivance, un increvable dinosaure.
Avec cette Guinée sonnée par tant de misères, humiliée par des accords tripartites tripatouillés par la malgouvernance revenue en force, nous en sommes encore à errer sur des chemins de traverse, dans des colloques, des forums, des études, des expertises où les principaux concernés sont poliment ignorés, en attendant les deux ou trois « journées de restitution », où quelques cooptés autoproclamés représentatifs des trois millions de Guinéens de l’Extérieur, seront invités à goûter les petits fours et les amuse-gueules, en emportant les brochures emballées dans des sacs-cadeaux bien à propos en ces jours de fête où l’on aurait dû être en deuil.
La tenue d’Assises des Guinéens de l’Extérieur ouvrant de larges débats en commissions et en plénières, devrait remettre les pendules à l’heure. Non pas l’heure de Washington ou de Paris, mais notre retour dans le tempo de ce que toute la planète guinéenne a vécu et suivi en janvier-février 2007.
Une radioscopie exhaustive des deux républiques, leurs réussites et leurs échecs. Suivie des perspectives pour l’horizon 2010. En espérant qu’il n’est pas plutôt besoin d’un scanner pour un malade en phase terminale. Même quand on l’aura trouvé ce rare gadget en Guinée, il sera trop tard, si l’on se laisse surprendre par une troisième « Tempête du désert » où nous plongera « Le Golfe persique » (nos faubourgs).
On ne peut pas évacuer tout un peuple !
Il a fallu le secours du Tout Puissant pour aider Moïse à sauver son peuple de 400 ans d’esclavage. D’ailleurs, il n’aura vu « La Terre Promise » que de loin.
Pensons seulement que Lansana Conté a au moins huit héritiers putatifs. Combien font 8 fois cinquante ? Vous savez, en ces temps bibliques, l’homme vivait ses mille ans bon pied bon œil !
Faudra-t-il attendre 400 ans pour que Le Très Haut « descende » à notre secours ? A-t-on oublié que la prophétie est scellée depuis 14 siècles par le Prophète de l’Islam ? Le Messie alors. Lequel ? Le Mahdi des musulmans ou celui d’Israël ?
Attendre la fin des temps ?
« Je ne change rien au destin d’un peuple tant qu’il n’y a pas mis du sien » (1), a dit Celui Qui donne le Pouvoir et le retire.
Saïdou Nour Bokoum, signataire de la ci-dessous pétition
Note : (1) Traduction libre et personnelle d’un verset coranique.
Post-scriptum : Je viens d’apprendre que Monseigneur Coulibaly, quelques jours ou quelques heures après mon passage sur les antennes de cette même station privée très populaire, a martelé le long de toute son intervention, l’incontournable tenue d’Assises de l’ensemble des acteurs du changement social, disqualifiant implicitement (je crois même qu’il les a évoquées) les fameuses institutions, artisans d’un certain accord suivi d’un comité de veille, tous ensemble aujourd’hui, barbouillés de sommeil. Institutions dont il fait partie, ce qui est tout à son honneur. Cette lucidité-là rime avec patriotisme.
Pour signer la pétition cliquez ici ou allez sur le lien URL suivant :
http://www.lapetition.be/sign_petition.php?petid=3333
Pour voir les signataires cliquez ici ou allez sur lien URL suivant :
http://www.lapetition.be/list_signs.php?petid=3333&page=1
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