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M. Aliou Barry a été blessé, mais Konaté perd tout crédit en laissant s’instaurer un cycle de violence
La garde présidentielle de Konaté s’en est prise violemment, lâchement et sans en mesurer les conséquences à Mamadou Aliou Barry samedi 23 octobre à Conakry du côté de Hamdallaye.
A l’évidence la horde présidentielle a voulu faire taire un témoin gênant. Monsieur Barry est sur le terrain miné des élections-qui-n’en-finissent-plus-de-durer pour observer, comptabiliser et dénoncer les nombreuses exactions perpétrées contre de paisibles citoyens guinéens dont le seul tort est de manifester et de défendre leur idéal démocratique.
Courageux et lucide sur la situation guinéenne, Aliou Barry a décidé depuis plusieurs années maintenant de s’engager pleinement pour l’instauration d’une vraie démocratie, comme soldat des droits de l’homme et spécialiste de la résolution des crises et des conflits. Il est en première ligne, plus activement depuis trois ans, sur le front du combat démocratique en Guinée.
Quand on sait que le pays ne connaît que la loi du plus fort, c’est une entreprise hautement risquée pour laquelle il a abandonné femme et enfants. Ce don de soi pour la patrie est à porter au crédit de M. Barry ; d’autant plus qu’il porte sa réflexion et son action sur des domaines sinistrés par 52 ans de mauvaise gouvernance : l‘état de l’armée, la question des droits de l’homme et la justice. Il sait de quoi il parle dans ses trois secteurs vitaux pour la bonne marche du pays et qui constituent un préalable à l’instauration d’une vraie démocratie et à la mise en place de notre développement économique. Voici un cadre honnête et expérimenté dont le pays aurait tout à gagner à utiliser les compétences reconnues unanimement à l’échelle internationale.
On voit bien que l’armée guinéenne, que ce soit les officiers ou les simples soldats, est incapable de gérer le pays. Les militaires qui se distribuent les grades sans vergogne n’ont ni les épaules ni la tête pour diriger notre Guinée. Les conseillers de l’ombre et les ministres véreux sont comme des sauterelles qui se jettent goulûment sur les restes des plats des militaires.
De fait, l’exemple de Dadis n’a servi à personne dans le cercle du pouvoir. Konaté suit la même voie faite d’entêtement et d’aveuglement. Il se perd dans des alliances occultes où la Guinée n’a rien à gagner. Mieux conseillé, il doit chercher à en finir rapidement avec cette précaire et dangereuse période transitoire, et partir avec les honneurs. Pour l’heure, on ne voit rien qui ressemble pour lui à une sortie honorable. Quant à rentrer dans l’histoire, lui et les Guinéens en ont perdu le chemin depuis longtemps.
Sa garde présidentielle et les services de sécurité sèment la terreur et la mort dans les rues au mépris des droits de l’homme. Il n’a aucune vision pour son pays. Même la mission capitale d’assurer la transition lui échappe complètement. Le petit gamin de Boulbinet qui avait notre sympathie apparaît maintenant comme le chef de la redoutable mafia qui saigne le pays depuis si longtemps. Ce n’est ni un officier digne de ce nom, ni un homme d’Etat. Il faut dire qu’il est à l’image de la Guinée et des Guinéens : pas vraiment patriote, et d’une médiocrité affligeante face au défi de l’histoire pour construire un Etat de droit.
L’élection, à travers le pourrissement du second tour, s’est transformée en une entreprise de destruction de l’unité nationale. Les discours haineux et les petits calculs machiavéliques sapent les fondements même de la Guinée. Toutes les conditions d’une guerre civile sont réunies aujourd’hui.
Ils veulent nous enfermer dans des considérations ethniques qui non seulement ne sont pas pertinentes mais sont surtout dangereuses. Ils frappent nos pères et nos mères, ils violent nos femmes, ils tuent nos enfants. Tout le pays et tous les Guinéens devraient se lever pour contrecarrer ces dérives. L’opposition doit prendre une plus grande consistance pour contrebalancer le rapport de force à l’intérieur du pays entre les incendiaires assoiffés de pouvoir et tous ceux qui luttent pour le développement du pays autour de l’idéal démocratique et de l’amélioration de la vie quotidienne.
Si l’on se laisse faire, si on laisse réduire au silence des témoins comme M. Barry, eh bien la partie est perdue. La patrie ne s’en relèvera pas.
C’est sans doute consciente de cela que la diaspora parisienne, choquée par ce qui est arrivé à M. Barry, a manifesté immédiatement sa réprobation en se réunissant dans le Ve arrondissement de Paris. Un collectif contre la violence politique a vu le jour sur le champ ; et dans les échanges nourris qui ont suivi il a été question de rédiger et diffuser largement un communiqué interpellant des Etats et des organismes internationaux sur la situation guinéenne. Il faut tout faire pour imposer un Etat de droit, seul bouclier contre la pente naturelle à la violence des systèmes dictatoriaux. Quant à ceux de nos dirigeants qui exportent biens mal acquis et familles à l’extérieur, il a été question de les traquer et de les harceler jour et nuit pour ne pas les laisser dormir tranquille sur le trésor amassé au détriment de la population.
Comme quoi M. Barry n’est pas seul. Il faut dire qu’il représente dans son cheminement le sort des exilés guinéens. Même bien intégré à l’extérieur, on a mal au pays et on ne voudrait pas être exclu de la marche du pays natal. Au-delà d’une inquiétude légitime et d’une prudence qui ne doit pas confiner à la lâcheté, il est de notre devoir d’être là-bas, ou de peser sur les événements même de loin.
Konaté et ses sbires ont donc essayé de faire taire M. Barry à coups de crosse et de botte militaires; eh bien, c’est raté. Car du fond de son lit d’hôpital, même cabossé, défiguré et le bras gauche en bandoulière, il a témoigné sur la violence folle et aveugle de la garde présidentielle et les risques de guerre civile.
Martyrisé dans sa chair, et plus que jamais légitime sur le champ politique guinéen, il demeure un exemple pour tout un chacun. Nous sommes plus que jamais renforcés dans nos convictions : il faut se battre et témoigner pour que la Guinée ne meure.
Alimou CAMARA
www.guineeactu.com
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