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 | Ibrahima Diallo- ‘’Ollaid’’ |
Depuis qu’un anonyme du nom de Moussa Dadis Camara s’est emparé (sans ‘’effusion’’ de sang bien sûr ! Puisqu’il n’y a pas eu de résistance mais allégeance couarde et immédiate de tout le monde : où est l’exploit ?) du pouvoir, vacant en Guinée depuis plusieurs années mais “ théoriquement” et constitutionnellement occupé par un Général mourant, presque tout Guinéen se sent investi d’un destin national que nous appellerons, le ‘’phénomène Dadis ‘’.
Tous ceux qui ont un peu de fonds se voient présidentiables: si Dadis a pu s’imposer Chef de l’Etat par la force, pourquoi pas moi avec de l’argent et un peu de chance. Cela semble être la tendance aujourd’hui en Guinée.
Après avoir battu le record africain et peut être mondial (certainement, sans avoir vérifié) du nombre d’anciens ministres en 50 ou 24 ans, la Guinée est sûrement bien placée pour le challenge de celui de plus de partis politiques rapporté à la population.
Il est même ridicule désormais de se présenter en tant que leader de formation politique tant leurs multitude et superposition sont ridiculement banales. Ce qui frappe n’est pas le nombre de partis mais leur rythme effréné de formation, en générations spontanées.
Des individus qui n’ont jamais dirigé plus d’une dizaine de personnes, qui n’ont jamais milité nulle part (association ou parti), qui n’ont aucune notion de la manière dont une administration fonctionne a fortiori un Etat se sentent ambitieux au point de vouloir diriger la Guinée (des casse-tête presque insurmontables) que nous connaissons !
La Guinée a besoin de talentueux hommes politiques quelque peu expérimentés dans la gestion des affaires de l’Etat. Nous avons trop de retard et des problèmes socio-économiques complexes pour donner du temps à un novice pour savoir ce qu’il faut et comment faire faire les choses : la bande d’amis constituant le CNDD en est la preuve.
Ce phénomène Dadis est inquiétant et offensant dans la mesure où cela révèle à quel point une partie non négligeable de Guinéens sont coupés de la réalité et ne voient le Pouvoir qu’en terme d’ambition personnelle (folie des grandeurs) et d’assouvissement d’un ego disproportionné.*
Dans un pays où presque tout le monde affiche ostentatoirement sont titre, devenu commun, de "Docteur" (j’en suis un aussi), ‘’Professeur’’, ‘’Maître’’ ou à défaut ‘’El Hadj’’, rien d’étonnant après tout : comme les Français, chaque Guinéen se croit une ‘’lumière’’ !
Pas surprenant non plus qu’il faille convoquer tout le pays dans une salle (et beaucoup ont répondu à l’appel !) pour trouver une solution au problème d’eau et d’électricité ! A propos : Eh ! Mon président, il y a des experts et consultants dont c’est le métier, en Guinée même !
Même moi qui suis plus dans la science des animaux, je pourrais vous trouver la solution si vous m’en donner les moyens. La collection de diplômes n’est pas une condition sine qua non de progrès et de développement pour un pays même si cela peut aider : à l’indépendance, le Sénégal (sans parler du Dahomey, du Ghana et de la Guinée où la politique de leur(s) dictateur(s) biaise mon raisonnement) avait beaucoup plus de cadres diplômés que la Cote d’ivoire mais cette dernière a su surpasser économiquement le pays de Senghor malgré son handicape ‘’intellectuel’’. Ce qui compte, ce sont les talents pragmatiques et les professionnels (pas forcement académiques) : des gens qui réalisent des choses et qui ne font pas que penser !
Cela dit, néanmoins, je n’ai toujours pas compris pourquoi tous ces prétendants présidentiables n’ont pas créé leur(s) parti(s) sous Conté (certains pourraient en avoir plusieurs comme pour les sociétés). Pourquoi maintenant ? Le jeu serait –il plus ouvert avec plus d’espoir que sous Conté ? Probablement ! Mais Je ne vois pas d’explication logique et sensée car pour des patriotes, cela aurait dû être la motivation principale pour entrer en politique sous Lansana Conté ! Bon ! Je constate, encore une fois, à mes dépends que la Guinée a sa propre logique qui défie la mienne ! Le maigre financement des formations politiques par l’Etat ne peut quand même pas en être la cause, entre autres ? Est-ce du ‘’business politique ‘’ ou ‘’politique business’’ ? Je pensais que cela coûtait financièrement plus que cela ne rapporte surtout s’il n’y pas d’élections ou qu’on les perd. Il y a encore des choses à apprendre !
Il y aurait plus de 80 visions et/ou idéaux politiques différents pour la Guinée ? J’en doute ! C’est encore une singularité guinéenne : il faut paraître plutôt que d’unir nos forces et moyens pour le pays, surtout à ce stade. Il aurait été heureux de voir les personnalités guinéennes connues et entrées en politique s’unir au sein d’une même formation par amour de la patrie plutôt que d’aller en rangs dispersés et souvent antagonistes. Hélas, en Guinée, paraître (tout comme, être ou rester ministre) est plus important que l’avenir de la nation.
Avoir un parti politique permet de sortir de l’anonymat en espérant, avec un peu de chance, être en position de monnayer quelque chose et être célèbre/ connu (ce qui se voit d’ailleurs aussi sur le Net guinéen).
Néanmoins, contrairement à ceux qui pensent, encore en 2009, que la politique se divise en ‘’droite’’ et ‘’gauche’’ comme les Occidentaux l’on arbitrairement fait, il ne serait pas sensé du tout de limiter unilatéralement le nombre de formations politiques à deux ou trois. Mais plutôt, il faut appliquer, comme partout, des critères stricts attestant l’adhésion d’un minimum d’électorat et de représentativité nationale (pour ceux qui le veulent, nous pouvons leur donner des détails). En effet, voir la politique de nos jours en « droite », « gauche » et « centre » est totalement anachronique : qu’est ce qu’une politique de gauche, de droite ou de centre avec des politiques qui se superposent et se confondent ? Sans parler des’’ verts’’ ou ‘’écologistes’’ et autres tendances émergentes.
Par exemple, la politique des Démocrates américains serait plutôt jugée de « droite » dans beaucoup de pays du monde. Ces critères idéologiques sont encore utilisés stratégiquement en Occident pour créer des alliances et blocs plus en tant que ‘’marketing politique’’ que comme real politik. Et Comme l’a si bien dit Tony Blair (ex Premier Ministre britannique, ‘’ menteur de guerre’’) : « une politique n’est ni de gauche ni de droite mais une politique est bonne ou mauvaise » (paraphrase).
Cela dit, pour revenir à notre sujet, les élections législatives devraient, au moins, permettre de décanter l’atmosphère politique en éliminant tous les partis ayant eu moins de 5 % des voix si la loi était amendée dans ce sens. Bien que, ne serait- ce que des audits et enquêtes sur l’origine du financement des partis politiques en élimineraient une très grande majorité. Même en Guinée de Dadis, la politique ne devrait pas être synonyme de ‘’pagaille’’ et de ‘’libertinage’’ politiques !
Cette floraison de groupes ‘’politiques business’’ va nous conduire à une constellation politique malsaine pour l’avenir car tout excès nuit. Or nous avons besoins d’une démocratie apaisée dans l’ordre et la discipline pour concentrer nos efforts sur notre progrès et développement au lieu d’être distraits par des palabres et autres diversions politiciennes.
Pour finir, admettons humblement que nous, les Guinéens, sommes prédisposés à la dictature et tout aussi coupables que nos dictateurs par nos soutiens sibyllins et attitude pusillanime et de compromission permanente dès qu’on espère ou que le Pouvoir nous offre un quelconque portefeuille : la constante est que la Guinée passe toujours après nos intérêts personnels !
Pauvre Guinée ! Apres Sékou et Conté, voilà un autre : Dadis qui ne sera certainement pas Moise ! Il serait donc vrai que « jamais deux sans trois » ? Espérons et prions que Dadis soit le dernier dans ce registre !
Ibrahima Diallo- ‘’Ollaid’’ pour www.guineeactu.com
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