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Le Parti Démocratique de Guinée (en réalité « Parti du Dictateur de Guinée ») a été de 1957 à fin mars 1984 une catastrophe nationale. Pourtant, rien ne le prédisposait à exercer exclusivement le pouvoir. Son monopole était un « accident » survenu en 1958 lorsque les autres formations politiques ont naïvement accepté leur suicide collectif. Erreur historique fatale ! Pendant plus d’un quart de siècle de règne sans partage, le PDG a tout contaminé, rendant presque tous malades ! Une certaine épidémie ! La disparition du « responsable suprême de la révolution » n’a pas empêché le PDG de continuer à nous empoisonner la vie. Une endémie certaine ! J’en veux pour preuve la récente sortie (pas une contribution !) d’un des plus vigoureux défenseurs du « parti-Etat » : M. Amadou Damaro Camara. La confusion insistante et persistante de ce « camarade permanent » vient d’être habilement contrée par le doyen Ansoumane Doré qui a stigmatisé par une foudroyante formule « ceux qui ont été nourris au nectar de la culture du PDG ». Cette contribution (car c’en est une !) a été suivie par une analyse pertinente de Lamarana Diallo, de Londres, mettant en garde ceux qui veulent « réduire l’histoire à un labyrinthe d’opinions ». La leçon de droit donnée par ce jeune montre que la relève est assurée. Le monde a changé, ce qui permet la pluralité d’opinions. Les souteneurs peuvent toujours causer, ils trouveront en face d’eux une réponse adaptée de la part de citoyens qui refuseront fatigue et fatalité. Dans un article, je m’étais félicité de la qualité des débats sur le Net et avais préconisé de remettre à plus tard le bilan de Sékou Touré, toute focalisation sur celui-ci étant du temps perdu dans la lutte contre le système actuel ! Je me demande si les provocations réitérées de certains militants ne sont pas l’œuvre du clan au pouvoir pour détourner l’attention de nos compatriotes ! Tout en restant vigilent ( le vrai enjeu est de se débarrasser du système actuel ! ), je vous livre ce que m’inspire le texte de M. Damaro qui, après avoir semé la confusion par le simplisme, soutient que le débat reste confus et, comble de ridicule, nous invite au sérieux . Est-il serein ? Je constate tout d’abord que le texte est bien rédigé, donc agréable à lire. Habitué au style moins fin de M. Damaro, je me demande s’il ne s’agit pas d’une œuvre collective d’un certain « bureau politique national » décidé à faire passer un message. Allons à l’essentiel, en examinant brièvement la forme et en analysant minutieusement le fond. 1°) la forme Bien que le texte soit bien écrit, je suis étonné de l’orthographe de certains prénoms. On dit qu’un nom propre n’a pas de faute mais comme certains m’en ont voulu pour avoir écrit « Lanciné » à la place de « Lansana », je fais attention aux détails. Beaucoup ont relevé que « Petit Barry » était Mamadou et non Boubacar. C’est étonnant comme erreur, compte tenu du soin particulier apporté au texte. Parlant du tyran Touré, connu sous les initiales AST, viendrait-il à quelqu’un l’idée d’écrire Abdallah Sékou Touré ou Amadou ? On écrira toujours Ahmed, prénom donné par Nasser ! Pour Faciné ou Facinet Touré, pourquoi écrire Fasciné ? M. Damaro était-il fasciné par autre chose ? Tout cela peut donner une connotation fascisante quand on a une réputation controversée ! 2°) le fond Je m’oblige à suivre le texte de manière linéaire. M. Damaro, dans son introduction, parle de la commémoration (ce terme est adapté !) le 18 octobre 2008 par des ayants droit de victimes du régime du Satan Sékou. S’estime-t-il victime ? Même si son oncle Bakary Camara était mort sans descendance, M. Damaro ne saurait se confondre à un ayant droit d’une victime du PDG. Son ardeur le trahit ! Par rapport aux vrais ayants droit, je crois qu’on est dans un cas de « prise illégale d’intérêt moral » de la part de M. Damaro ! Il y a bien des façons de s’estimer comme un ayant droit : soit on est fille ou fils naturel ou adoptif de victime, soit on se considère (c’est trop facile !) comme membre, au sens national, de la famille guinéenne, « une et indivisible » ! En ce sens, nous sommes tous des ayants droit. Dans cette tragédie, ceux-ci n’ont pas commémoré que leurs morts mais aussi les nôtres ! M. Bakary Camara ne méritait pas d’être fusillé ! L’expression « Plus jamais ça » ne signifie pas « Plus jamais que ça » car les crimes couvrent la période allant de 1958 à nos jours ! L’histoire de la Guinée ne commence pas en avril 1984 ! Quant à « Petit Barry », c’est un grand homme. Il n’a pas contribué à faire de Sékou un dictateur mais c’est plutôt le climat de dictature tropicale instauré par ce dernier qui a permis à des formules fertiles du genre « responsable suprême de la révolution et commandant en chef des forces armées populaires et révolutionnaires » de fleurir ! Je ne sais pas si Bah Oury a une « totale ignorance de l’histoire » mais ses propos ont une portée considérable sur le plan juridique : pour la première fois en Guinée, un membre de gouvernement en exercice (peu importe son rang car c’est le principe de représentativité qui compte) reconnaît publiquement, sans être inquiété (c’est un accord tacite de l’équipe au pouvoir !) la responsabilité de l’Etat. Cette responsabilité de l’Etat, en tant que personne morale, étant engagée, les citoyens disposent maintenant d’une base juridique pour faire valoir leurs droits et exiger de la puissance publique la réparation des préjudices subis (comme par exemple le dossier « Kaporo Rail »). En cas de non coopération de l’Etat, ce dernier peut être poursuivi devant la Cour Suprême. C’est très important, ce que je viens de souligner et il ne faut pas désespérer. Que chacun constitue rapidement son dossier sur la base du discours du ministre Bah, ce qui ne coûte rien ! Pour le moment, l’ « Etat » guinéen n’est pas un bâtisseur mais un casseur. L’Etat de droit sera instauré un jour ou l’autre. Revenons au texte de M. Damaro… Tout tourne autour du PDG ! Un parti réellement démocratique n’a pas besoin de porter ce qualificatif. C’est comme pour les Etats. Croyez-vous que la République Démocratique du Congo soit vraiment démocratique ? Remarquez que partout où le nom officiel d’un Etat comporte les adjectifs « démocratique » ou « populaire », c’est là où le peuple souffre le plus ! La Corée du Nord cumule le deux et souffre ainsi doublement : Je ne raffole pas du paradis de la République Démocratique et Populaire de Corée. Qui aurait la stupidité d’écrire les noms suivants : Confédération populaire Helvétique, Royaume Démocratique du Danemark, etc. Pourtant la Suisse (république fédérale) et le Danemark (monarchie constitutionnelle) constituent des modèles de démocraties enviables et enviées. Heureusement, depuis la chute du Mur de Berlin, les dictatures sont une espèce en voie de disparition, avec quelques poches de résistance en Afrique. Sur le dualisme victime/coupable cher à M. Damaro, je voudrais souligner que toute révolution est cannibale : elle dévore ses propres fils ! Elle ne signifie pas nécessairement évolution. Le « r » change tout ! Les noms Keita Fodéba et Telly Diallo ont été cités pour illustrer des propos. Le jeune Lamarana Diallo précité en a dit l’essentiel. Je me contenterai de n’ajouter que quelques éléments sur Telly que j’ai un peu connu ! Ah, ce Telly international que certains auraient voulu « régionaliste » ! Il croyait en Sékou, surtout en la Guinée au sein d’un continent. Sa candeur l’a perdu ! Les faits sont têtus, dit-on. Lors de l’indépendance de la Guinée, Telly avait déjà une stature internationale. Il doit son poste à Washington à Sékou mais nul n’ignore les efforts qu’il avait déployés pour l’admission de la Guinée aux Nations – Unies : la rupture avec la France était douloureuse parce que fraîche, l’ancienne puissance coloniale avait le soutien des Anglo-saxons, la République de Chine n’avait pas beaucoup d’expérience avec les Africains, seule l’Union Soviétique, dans le contexte de l’époque, soutenait inconditionnellement la Guinée, etc. S’agissant de l’OUA, Telly a toujours œuvré pour le rapprochement des groupes de Monrovia et de Casablanca (au sein desquels, l’unité n’était pas géographique ou linguistique mais résultait de l’entente entre leurs dirigeants respectifs) afin de réaliser l’unité continentale. Pour le Secrétariat Général, Sékou voulait que ce poste soit attribué à un Etat en laissant le soin à son chef de choisir le titulaire du poste ! On voit le but de la manœuvre ! En fait, Sékou voulait, par népotisme, y placer Ismaël Touré. Ce fut un échec ! Si Telly a dirigé l’OUA, c’est parce qu’il a été soutenu, pas par Sékou, mais par ses pairs dont Ben Bella, Nasser, Jomo Kenyatta, Haïlé Sélassié, NKrumah, Tubman, etc. Il avait fait ses preuves à l’Onu et était admiré par tous ou presque (suivez mon regard !) : Tafawa Balewa, Cyrille Adoula, Bourguiba, Senghor, Houphouët, etc. Pour le choc Telly/Sékou, le second a confondu Conakry et Addis Abeba ! Contrairement aux allégations de M. Damaro, Telly ne pouvait être l’ambassadeur de Sékou à l’OUA dès lors qu’il en était le Secrétaire Général. Il n’appartenait pas au «gouvernement de Sékou » mais représentait un continent et non son Etat d’origine ! Juridiquement, Telly avait raison de laisser siéger à l’OUA la junte tombeuse de NKrumah (qui avait révolutionnairement épuisé les Ghanéens, soit dit en passant !), l’organisation ayant comme membres des Etats et non des régimes ! Il avait signé, sans s’en douter, une décennie à l’avance, son arrêt de mort. Car Sékou avait la rancune tenace. Quand Telly arrivait à Conakry, la « Voix de sa Révolution » en parlait à peine. M. Damaro soutient que Telly n’avait pas désapprouvé ce qui se passait en Guinée ! Sait-il que la formule « qui ne dit rien, consent » n’est pas toujours vraie ? Le statut de Telly ne lui permettait pas de faire des déclarations publiques. Quand on est fonctionnaire international, on ne vocifère pas comme si on était au « Stade du 28 Septembre » ! On axe son effort sur la libération du continent (colonies portugaises, Rhodésie du Sud, Sud-ouest Africain, apartheid, etc.) Rentré en Guinée (lourde erreur stratégique), Telly pensait honnêtement changer le système de l’intérieur, non par la violence mais par le droit ! Par ailleurs, il faut le comprendre, même si ce n’était pas à faire. Telly avait vécu presque toujours à l’extérieur de la Guinée (Dakar, New York, Addis Abeba, etc.) et son pays natal qu’il a toujours servi lui manquait. Ironie du sort : nommé ministre de la justice par Sékou, il sera victime de l’injustice de ce dernier ! Enfin, bien qu’il me faille plusieurs tomes pour répondre, à mon souhait, à M. Damaro, je ne peux pas ne pas revenir sur le problème de paternité de la nation guinéenne. C’est agaçant pour lui mais tant qu’il persiste, je signe ! M. Damaro a utilisé un mot désagréable pour notre pays. Moi, je dis fièrement que la Guinée est légitime mais que c’est sa paternité qui est multiple. Si j’ai parlé, entre autres, de Yacine Diallo et de Mamba Sano, c’est parce que je suis Guinéen. L’indépendance d’un pays est nécessairement une œuvre collective, avec des acteurs plus ou moins affirmés. Sa gestation est unique mais l’insémination est toujours celle d’un groupe. Après plus de 40 ans de lutte, Jomo Kenyatta a réussi à tordre la queue du lion britannique mais pendant qu’il était en prison, d’autres, comme Tom Mboya, cassaient les griffes du même lion. Personne ne sous-estime le combat d’Houphouët, de NKrumah ou de Modibo. Je voudrais qu’on se souvienne aussi d’un Mamadou Dia, d’un Lamine Ngueye, d’un Fily Dabo Cissoko, d’un Ouezzin Coulibaly, d’un Obafemi Awolowo, etc. Deux noms difficilement prononçables dans notre pays seraient à retenir : Victor Biaka Boda et J.B. Danquah ! Nous sommes tous attachés à notre pays. Au lieu de nous regarder face à face, pourquoi ne pas regarder dans la même direction ? La Guinée souffre aujourd’hui et est déjà un pandémonium. Notre devoir est d’en faire un Etat de droit et non un « Sofalistan » ! Je vous salue. Ibrahima Kylé Diallo Directeur de guineenet.org pour www.guineeactu.com 07/11/2008
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