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J’écris sur le Net pour la première fois. Et peut-être bien pour la dernière. En général, je préfère lire qu’écrire. Et en matière de lecture, je suis plutôt gâté ces derniers temps : les sites guinéens fleurissent et les débats sont de plus en plus passionnants ! Je dis bien passionnants ! Certes, les propos sont parfois excessifs : injures, agressions à caractère ethnique etc. Cela choque certains, moi, je trouve cela plutôt normal et même encourageant ! Normal : les Guinéens n’ont pas l’habitude de parler, encore moins de se parler. Pendant 50 ans leurs médiocres dirigeants leur ont bouché l’esprit et cadenassé la bouche. Ils sont comme ces graves accidentés de la route auxquels les infirmières réapprennent à parler et à manger. Les premiers mots sont forcément maladroits. Mais encore une fois, cela n’a rien de grave, notre liberté de parole encore très embryonnaire mûrira avec le temps. Encourageant : la parole la plus mauvaise vaut toujours mieux que le silence. Le silence n’a jamais rien de constructif : il ne génère que la suspicion, la méfiance et la rancœur. Les propos de nos internautes sont souvent choquants : tant mieux puisqu’ils évoquent les vrais problèmes que notre société vit depuis 1958 : la répression, l’injustice, la misère, l’ethno-stratégie érigée en règle de gouvernement. Dénoncer les tares de notre société, vilipender les mauvaises habitudes de nos gouvernants n’a rien de condamnable, au contraire ! Condamner l’injustice n’a rien de dangereux pour l’unité nationale ; s’en accommoder, si ! D’ailleurs, je suis d’accord avec le doyen Ansoumane Doré : notre unité nationale n’est pas menacée. Elle est née de l’Histoire et non des basses manœuvres politiciennes. Historiquement et culturellement, nous sommes une des sociétés les plus homogènes d’Afrique de l’Ouest. Chacune de nos ethnies est le produit de l’autre. Aucune n’est capable de vivre sans l’autre (elle en crèverait de nostalgie). Nos dirigeants sont tribalistes mais notre société ne l’est pas : c’est cela qui nous sauve. Les discours haineux de Sékou Touré et de Lansana Conté n’ont pas entraîné notre pays dans la guerre civile : ce ne sont pas quelques engueulades sur le Net qui le feront. Et puis, franchement, les guerres tribales, mieux vaut les faire sur le Net que dans les rues ! Je suis même sûr que si l’on mettait tous ces braves tribalistes (qui agitent virtuellement les couteaux) dans une même pièce, ils ne se toucheraient pas un cheveu : au contraire, ils mangeraient le bourakhé et danseraient la mamaya. Après tout, chacun d’entre nous a besoin de se défouler avec tout ce que nous avons vécu comme stress, frustrations et humiliations de toutes sortes. Des pays entiers sont devenus dingues pour moins que ça : cf, le Rwanda, la Somalie, la Sierra-Léone, la Côte d’Ivoire et tout récemment, le Kénya. Je dis chapeau à mes compatriotes : ils ont jusqu’ici su raison garder malgré le caractère démentiel de leur histoire. Non, moi ce n’est pas l’unité nationale qui m’inquiète : c’est notre propension à brimer nos compatriotes et à encenser les étrangers. Regardons un peu nos places et nos édifices publics. Cet hôpital- ci s’appelle Ignace Deen, ce lycée- là, Hô Chi Min ou Ben Bella, cette université, Gamal Abdel Nasser. Rien pour nos martyrs du Camp Boiro : Camara Loffo, Keïta Fodéba, Barry Diawadou, Baman Matthos etc. Aucun centre de santé pour évoquer Dr Accar, Saïdou Conté ou Alpha Oumar Barry ! Nos grands hommes qui sont reconnus et célébrés partout sont inexistants chez nous. Pour qui donc ont oeuvré Camara Laye et William Sassine, Alpha Ibrahima Sow et Ibrahima Baba Kaké sinon pour nos enfants ? Parlant d’étrangers, deux personnalités m’irritent particulièrement : il s’agit de André Levin (je songe en le disant aux deux excellents articles de Messieurs Sy Savané et Doré) et de Guido Santullo. Il n’y a qu’en Guinée (mais jusqu’où iront notre lâcheté et notre démission, bon dieu ?) que ce genre de personnages peut agir ainsi sans crainte ; ailleurs, il n’aurait pas osé. Le premier se targue de gérer notre mémoire collective et le second, notre économie. C’est révoltant ! Monsieur Guido Santullo a une excuse : il est venu, comme tout homme Blanc relativement rusé, se remplir les poches au pays des Nègres. Il sait que n’importe quel Rmiste parvenu en Afrique peut (avec les maboules de dirigeants qu’on nous impose) devenir rapidement millionnaire, châtelain et avec un peu de chance, proconsul. Il est mû par la perversité du ventre. Alors que Monsieur André Levin lui, est mû par la perversité de l’esprit. Un ambassadeur qui tombe amoureux du tyranneau auprès duquel il est accrédité jusqu’à militer pour sa réhabilitation, c’est tout de même quelque chose ! La pudeur, la retenue, la subtilité, le respect des droits humains ne sont donc plus des vertus chez les diplomates ? Monsieur Levine fait-il partie de ces Occidentaux qui n’aiment que les « bons Nègres » : c’est- à-dire cruels, sanguinaires, folklorique ou scandaleux ? Il est temps de dire la vérité à tous ces réseaux d’opportunistes et de démagogues qui veulent gérer notre mémoire à notre place : Sékou Touré, c’est notre affaire, ce n’est pas la vôtre. C’est nous qui l’avons mis au pouvoir, c’est nous qu’il a réprimés. C’est à nous de savoir s’il faut le réhabiliter ou non. Ce n’est pas à vous. Il paraît que ce André Levin est d’origine juive. Si cela est vrai, alors son cas est encore plus grave. Comment un Juif peut-il soutenir le tortionnaire du camp Boiro, l’homme qui a menacé d’anéantir (sic !) une partie de son propre peuple ? Monsieur Levine a-t-il perdu des parents à Auchwitz ? Dans tous les cas, nous qui savons bien ce que souffrances et humiliations veulent dire et qui pour cela, avons le plus grand respect pour le peuple juif, nous garderons bien de traiter de « débordements », les crimes des barbares nazis. En nous humiliant, Monsieur Levine humilie aussi les victimes d’Hitler. Non, franchement, je n’ai aucun respect pour ce André Levin. Pâthé Baldé, Espagne.
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